Les animateurs de l'emblématique journal "Podium", notamment les frères Drabo, Mamadou Kouyaté dit Jagger et notre professeur Mamadou Diarra devraient avoir un souvenir ému en redécouvrant Boubacar Fofana dit Ivoirien dans la rubrique "Que sont-ils devenus ?"
Parce que "Podium" était à son firmament au milieu des années 1980 au moment où ce joueur était au sommet de sa carrière. Véritable animateur de l'attaque électronique des Scorpions, Boubacar Fofana a aussi fait les beaux jours de l'équipe nationale en tant que professionnel en compagnie d'Abdoulaye Kaloga et Amadou Pathé Vieux Diallo qui évoluaient à l'époque au Sporting Club du Portugal. Cela fait des décennies qu'il s'est exilé en France, mais grâce à ses anciens coéquipiers de l'AS Réal nous l'avons interviewé pour parler de sa carrière. Quelle analyse fait-il de l'élimination des Aigles à la Can-2025 ? Quelle recette propose-t-il afin de donner une impulsion victorieuse à notre football ? Comment prépare-t-il son retour au pays ? L'enfant du quartier populaire d'Hamdallaye n'a pas ménagé ses efforts pour nous entretenir de tout ça.
dama Fofana dit Agny, Boubacar Kanté et Boubacar Fofana constituaient ce trio d'avants de l'AS Réal de Bamako que le doyen Demba Coulibaly a surnommé "Attaque électronique". En son temps pas de replis pour les défenseurs adverses face aux incursions d'Agny à gauche, les pénétrations de Fofana à droite et le surgissement de Kanté dans l'axe à l'improviste. Toutes ces actions étaient soutenues par la technicité d'Amadou Pathé Vieux Diallo et la régulation d'Ousmane Doumbia dit Man. Et voilà pourquoi le doyen Mamadou Diarra titrait dans "Podium" "Quand le Réal renoue avec le bon principe".
Actualité oblige la Can-2025 s'est invitée dans notre interview avec Boubacar Fofana. Passionné et grand supporter des Aigles, il a suivi avec une grande émotion le parcours de notre équipe nationale. Cependant, il estime qu'avec l'élimination des jeunes, le bon sens voudrait qu'on évite de remuer le couteau dans la plaie. Seulement il retient que l'équipe peut mieux faire, parce que, dit-il, il y a des joueurs talentueux, techniquement bons et physiquement au milieu. Autre constat ? Beaucoup de lacunes défensives, déclare-t-il. "C'est bien dommage de jouer ultra défensif, avec un attaquant esseulé devant sans soutien. Cela est un gâchis. Le bilan de cinq matches sans victoires reflète notre niveau et explique notre arrêt au stade des quarts de finale".
Une carrière
Boubacar Fofana surnommé Ivoirien en référence à ses nombreuses vacances scolaires à Abidjan, était un ailier droit de métier qui avait le don du démarrage en trombe, le secret du dribble éliminatoire, l'art de la précision et une vision claire pour déborder. Il ne reculait jamais avec le ballon. Quel que soit l'obstacle, Fofana l'affrontait. Dans la plupart des cas, il s'échappait. T
rès discipliné sur le terrain, il n'a pas souvenance d'un carton jaune ou rouge écopé au cours de sa carrière. Pour lui, un attaquant est investi d'une mission : mener des actions offensives répétées pour déstabiliser l'adversaire et faire douter un bastion défensif. Cette volonté s'adosse à un bon mental durant les 90 minutes.
La dernière fois où nous l'avons vu date de 1989 à la veille du déplacement de l'équipe nationale en Côte d'Ivoire pour le dernier tour des éliminatoires de la Can de 1990 jouée en Algérie. Les Aigles après avoir éliminé les Lions de l'Atlas butent sur les Eléphants de Côte d'Ivoire à Abidjan au retour d'un match nul de deux buts partout à Bamako.
Ingratitude
Il affirme que cette époque consacre effectivement sa rupture avec les Aigles. Et pour cause !!! "Je supportais mal le dédain de l'encadrement technique à mon égard. Aussi l'Etat ne remboursait pas les dépenses que j'ai engagées pour venir au Mali. En réalité j'étais professionnel avec des charges locatives, d'études. J'ignorai les primes de matches de mon club durant mon séjour avec les Aigles. Je ne regrette pas du tout. Parce que la patrie m'est chère.
Seulement faudrait-il qu'en retour je sois dans mes droits par rapport aux dépenses préfinancées. Sinon nos primes en équipe nationale à l'époque n'atteignaient pas 25 000 F CFA. J'ai dit de façon diplomatique à Amadou Diakité, secrétaire général de la Fédération ma volonté de me consacrer à mon club et à mes études pour ne pas tout perdre".
Originaire du quartier populaire d'Hamdallaye, Boubacar Fofana fit ses débuts au FC Santos en compagnie de Moussa Kéita dit Dougoutigui et autres copains de quartier. Très jeune, il intègre directement la catégorie senior de l'AS Réal pour deux saisons (1983-1985). Un passage qui a enregistré un titre de champion en 1983, et des matches internationaux inter clubs, lors de la saison 1983-1984.
Dès sa première année au Réal, il est sélectionné en équipe nationale à la faveur du jubilé de Cheick Fanta Mady Diallo du Stade malien en décembre 1983. Il y reste pour le tournoi Amilcar Cabral et la Coupe Cédéao. Subitement, en peine forme, il quitte le Réal pour la France. Une fois dans l'Hexagone, Boubacar Fofana entreprend des études pour deux ans, et joue à Châteauroux de 1985 à 1987.
Au terme d'essais non concluants à Auxerre sous la houlette de Guy Roux, il signe deux ans de contrat à Niort nouvellement promu en première division. En 1989, il quitte les Chamois Niortais et s'engage avec un club de quatrième division, Tavaux, situé dans l'Est de la France à côté de Dijon.
Pourquoi un tel choix alors qu'il avait l'opportunité de jouer dans une autre équipe de première division ? Boubacar Fofana soutient avoir agi en tenant compte de ses ambitions et l'orientation qu'il voudrait donner à sa vie, c'est-à-dire entreprendre des études supérieures en électricité dans l'industrie. C'est dans cette ville que sa carrière de footballeur prend fin après avoir joué de 1989 à 2010, passé des diplômes d'entraîneur, coaché l'équipe réserve de Tavaux.
"A ton appel Mali"
De 2015 à 2022, il est membre de l'encadrement technique. L'année 2022 sonne sa retraite sportive à tous points de vue. Parallèlement technicien supérieur en électricité dans l'industrie, l'ancien sociétaire de l'AS Réal de Bamako est aussi à la porte de la retraite administrative.
Marié et père de deux enfants, il reste attaché au pays et projette de rester toujours dans la dynamique de faire la navette entre la France et le Mali. Cependant, en sa qualité d'ancien joueur de haut niveau qu'est-ce qu'il peut proposer concernant la gestion des Aigles afin que le football malien sorte enfin sa tête de l'eau ? "Est-ce que je suis assez qualifié pour juger ou donner des recettes ? A mon avis la Fédération devra trouver un entraîneur qui a une bonne expérience de l'Afrique, lui laisser le temps de bâtir une équipe dans la durée et non par campagne (une Can ou une qualification de Coupe du monde). Un entraîneur qui a un vrai vécu du football pour la mise en place d'une équipe plus offensive", conseille-t-il.
Sa riche carrière est liée à de bons souvenirs : sa première sélection en équipe nationale avec toute cette attention particulière à l'internat des aînés, malgré la grande rivalité entre les clubs ; le jubilé Cheick Fanta Mady Diallo qui lui a donné l'occasion de côtoyer de grandes star du football africain.
Dans la vie, il aime sa famille, le sport en particulier le football et le cinéma. Il déteste la malhonnêteté, la méchanceté et le mensonge.