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Procès Paramount–Embraer : La dernière ligne droite
Publié le dimanche 1 fevrier 2026  |  Mali Tribune
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© aBamako.com par MS
Cour d`Appel de Bamako
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Le très attendu procès dit Paramount–Embraer est entré dans sa phase décisive ce lundi 26 janvier 2026, devant la chambre criminelle spécialisée en matière économique et financière.

Cette audience a été marquée par les réquisitoires du représentant du contentieux de l’État et du ministère public, ouvrant ainsi la dernière ligne droite d’un dossier emblématique de la lutte contre la corruption et la délinquance financière au Mali.


Dès 9 heures, le président de la chambre, le magistrat Samba Tamboura, a donné la parole au représentant du contentieux de l’État, Aliou Maïga, conformément à la procédure. Dans un réquisitoire ferme et méthodique, ce dernier est revenu sur les faits reprochés aux 18 accusés, en s’appuyant sur l’arrêt de renvoi. Il a soutenu que les contrats Paramount et Embraer ont été conclus en violation flagrante des règles de passation des marchés publics et qu’ils ont donné lieu à des faits caractérisés de détournement de deniers publics.

Au terme d’une heure d’exposé, Aliou Maïga a requis le maintien de tous les accusés dans les liens de l’accusation, y compris ceux en fuite, visés par des mandats d’arrêt internationaux. Il a exigé le remboursement de 11 milliards de FCFA au titre des sommes détournées et réclamé 18 milliards de F CFA de dommages et intérêts au profit de l’État.

Un réquisitoire « musclé » du ministère public

Le ministère public, représenté par Mohamedine Ag Houssa, procureur général près le Pôle économique et financier, a ensuite pris la parole. Dans un réquisitoire solennel et offensif, il a rappelé que l’urgence d’une commande publique ne saurait, en aucun cas, justifier la violation de la loi.

Le parquet a mis en évidence de graves dysfonctionnements dans la conclusion des contrats Paramount–Embraer. Selon le procureur général, ni le Conseil de défense nationale, ni le Conseil des ministres n’ont été saisis, alors que les montants en jeu l’exigeaient. Il a également dénoncé des paiements effectués sans livraison effective de matériel, en violation des clauses contractuelles.


Mohamedine Ag Houssa a par ailleurs remis en cause la validité des procès-verbaux de réception, affirmant qu’aucune commission de réception n’a été formellement constituée. Les premières livraisons de matériel, notamment des avions Tucano destinés à l’armée de l’air, se seraient effectuées directement à l’aéroport, sans respect des procédures réglementaires.

Le parquet a accusé les 18 prévenus d’avoir monté une opération financière frauduleuse impliquant détournement de fonds publics, atteinte aux biens, faux et usage de faux, complicité et blanchiment de capitaux. Il a évalué le préjudice subi par l’État à 11 milliards de F CFA pour le contrat Paramount et 7 milliards de F CFA pour le contrat Embraer.

Une similitude troublante entre les deux contrats

Le procureur général a insisté sur la similitude frappante entre les contrats Paramount et Embraer. Selon lui, l’analyse démontre que les deux accords ont échappé à toutes les règles de passation des marchés, traduisant une gestion opaque et irrégulière. Il a souligné que les mêmes acteurs ont conclu ces contrats en recourant à un mode opératoire identique.

C’est précisément cette convergence des faits et des responsabilités, a-t-il rappelé, qui a conduit la chambre criminelle spécialisée du Pôle économique et financier à joindre les deux dossiers afin de les juger conjointement, dans le souci d’une meilleure cohérence judiciaire.

Des réquisitions lourdes


Après près de trois heures d’exposé qualifié de « musclé », le ministère public a requis la réclusion criminelle à perpétuité contre les accusés en fuite : Boubou Cissé, Mamadou Igor Diarra, Tiéman Hubert Coulibaly et Babaly Bah.

Il a également requis dix ans de prison ferme contre les 13 accusés présents, parmi lesquels Tiénan Coulibaly, ancien ministre de la Défense, ainsi que les généraux Mahamane Touré, Bemba Moussa Keïta et Moustapha Drabo, pour faux, usage de faux, atteinte aux biens publics, blanchiment de capitaux, complicité et manquement à leurs obligations professionnelles.

Pour le public présent dans la salle d’audience, ces réquisitions ont résonné comme un avertissement solennel. « La fuite ne saurait effacer ni les faits ni les responsabilités », a martelé le parquet, soulignant que nul n’est au-dessus de la loi, quelles que soient les fonctions occupées.

« Ces réquisitions, lourdes et portées avec fermeté, visent à marquer les esprits et à réaffirmer l’engagement de la justice dans la lutte contre la corruption et les détournements de fonds publics », confie un ancien magistrat à la retraite.

Place à la défense

Alors que la parole devait revenir aux avocats de la défense, Me Mountaga Tall a sollicité un délai de 48 heures afin de préparer les plaidoiries et répondre aux réquisitions du parquet. Une demande acceptée par le président de la chambre, le magistrat Samba Tamboura.


Les plaidoiries des vingt avocats de la défense ont débuté ce jeudi 29 janvier 2026. Elles s’annoncent offensives, la défense ayant déjà entamé la déconstruction des réquisitoires du contentieux de l’État et du ministère public, tout en plaidant pour la relaxe de l’ensemble des accusés.

Ousmane Mahamane

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