Tenus du 9 au 11 janvier 2025 à Bamako, au Fugaba, les États généraux de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme constituent l’un des actes structurants majeurs de la Transition dans le champ culturel et identitaire.
Leur ambition affichée était claire : jeter les bases de l’élaboration d’une nouvelle Politique nationale de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme pour les vingt prochaines années.
À l’issue de trois jours d’échanges intenses, les assises ont débouché sur 89 recommandations fortes, censées répondre aux besoins profonds et aux aspirations longtemps exprimées par les acteurs des trois secteurs. Un chantier stratégique s’ouvre désormais : celui du passage des recommandations à l’action publique durable.
Ces États généraux interviennent dans un contexte national particulier, marqué par une volonté politique affirmée de refondation du Mali à travers le concept de Mali Kura. Dans cette dynamique, la culture, l’artisanat et le tourisme ne sont plus perçus comme des secteurs marginaux, mais comme des piliers de souveraineté, de cohésion sociale et de développement économique.
Pendant longtemps, ces domaines ont souffert d’un déficit de vision à long terme, d’un éclatement institutionnel et d’un manque de reconnaissance de leur potentiel réel. Les États généraux ont ainsi servi de cadre d’expression collective, réunissant autorités publiques, professionnels, artistes, artisans, opérateurs touristiques, chercheurs et acteurs de la société civile.
L’un des acquis majeurs des États généraux réside dans leur approche participative. Les débats ont permis de dresser un diagnostic sans complaisance des insuffisances structurelles : faiblesse du financement, précarité des acteurs, insuffisance des infrastructures, protection limitée du patrimoine, informel persistant dans l’artisanat et sous-exploitation du potentiel touristique.
Les 89 recommandations issues des travaux couvrent un large spectre : gouvernance des secteurs ; réformes institutionnelles et juridiques ; financement et structuration des filières ; professionnalisation des acteurs ; valorisation du patrimoine culturel matériel et immatériel ; promotion du tourisme culturel et communautaire ; intégration des territoires dans la dynamique de développement.
Cette vision transversale traduit une volonté de rompre avec les politiques sectorielles fragmentées, au profit d’une politique nationale cohérente, intégrée et prospective.
L’horizon de vingt ans assigné à la future Politique nationale de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme est en soi un signal fort. Il traduit la reconnaissance que les transformations culturelles et sociétales exigent du temps, de la constance et une stabilité des orientations stratégiques.
Les États généraux ont également mis en lumière la dimension souverainiste de ces secteurs. La culture est un instrument de résistance identitaire, l’artisanat un vecteur de valorisation des savoir-faire endogènes, et le tourisme un moyen de projection positive de l’image du Mali.
Dans un contexte de recomposition géopolitique et de quête d’autonomie stratégique, ces secteurs peuvent contribuer à renforcer la souveraineté culturelle et économique du pays, à condition qu’ils soient pleinement intégrés aux politiques de développement national.
Comme souvent, le principal défi réside moins dans la formulation des recommandations que dans leur mise en œuvre effective. Les 89 recommandations constituent un socle ambitieux, mais leur impact dépendra de plusieurs facteurs déterminants : la volonté politique réelle de les traduire en actes ; la mobilisation des ressources financières ; la coordination interinstitutionnelle ; et l’implication continue des acteurs de terrain.
Alexis Kalambry
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Politique nationale de la culture, de l’artisanat et du tourisme (2025-2044)
Vingt ans pour refonder un secteur stratégique
L’élaboration de la nouvelle Politique nationale de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme du Mali marque une étape déterminante dans la volonté de refondation engagée par les autorités de la Transition. Conçue sur un horizon de vingt ans (2025-2044), cette politique se veut à la fois structurante, prospective et transversale, à la mesure des enjeux identitaires, sociaux et économiques auxquels le pays est confronté.
Le document-cadre de la nouvelle politique est directement issu des travaux des États généraux de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, tenus au CICB, à Bamako, en janvier 2025. Ces assises avaient permis de poser un diagnostic sans complaisance des trois secteurs et de dégager 89 recommandations majeures, traduisant les attentes des professionnels et des territoires.
Cette phase fondatrice a donné lieu à un travail de consolidation technique et stratégique aboutissant à un document-cadre appelé à devenir la boussole de l’action publique pour les deux prochaines décennies.
L’atelier national de validation du document-cadre s’est tenu le 23 juin 2025, réunissant l’ensemble des parties prenantes des trois secteurs : administration publique, collectivités territoriales, opérateurs privés, artistes, artisans, professionnels du tourisme et société civile.
La démarche revendique une dynamique public-privée, rompant avec l’approche strictement administrative qui a longtemps limité l’impact des politiques sectorielles. Cette ouverture constitue un signal fort : la réussite de la nouvelle politique dépendra de la coresponsabilité des acteurs et d’une gouvernance partagée.
En optant pour un horizon 2025-2044, l’État malien reconnaît une réalité souvent occultée : les transformations culturelles et sociales s’inscrivent dans le temps long. La culture, l’artisanat et le tourisme ne peuvent être soumis aux aléas des cycles politiques sans perdre en cohérence.
Cette projection sur vingt ans vise à stabiliser les orientations stratégiques ; garantir la continuité des investissements ; renforcer la prévisibilité pour les acteurs économiques et permettre une évaluation rigoureuse des impacts.
La nouvelle politique nationale ambitionne de repositionner ces secteurs comme de véritables leviers de développement, et non comme des domaines périphériques. La culture est pensée comme socle identitaire et facteur de cohésion sociale ; l’artisanat, comme vecteur de valorisation des savoir-faire endogènes et d’emplois locaux ; le tourisme, comme outil de diversification économique et de rayonnement international.
L’approche intégrée retenue reconnaît l’interdépendance de ces trois secteurs et leur capacité à revitaliser les territoires, notamment en milieu rural et dans les zones à fort potentiel patrimonial.
Si l’adoption du document-cadre constitue une avancée institutionnelle majeure, le véritable enjeu reste celui de la mise en œuvre effective. Les précédentes politiques sectorielles ont souvent pâti d’un écart entre ambition affichée et réalité opérationnelle.
La nouvelle Politique nationale sera donc attendue sur la traduction des orientations en programmes concrets ; la mobilisation de financements pérennes ; la réforme de la gouvernance sectorielle et la mise en place de mécanismes de suivi-évaluation transparents.