Alors que les vents de la foi soufflent vers les lieux saints, une ombre de tristesse plane sur les foyers du Mali.
Entre les murs de la Maison du Hadj et les bureaux des opérateurs privés, le cinquième pilier de l’Islam semble devenir, pour beaucoup, une montagne financière infranchissable. Dans ce pays de piété, où l'on tisse l'espoir comme on tisse le coton, le coût du voyage vers Dieu suscite une douleur silencieuse. Enquête sur un paradoxe malien : pourquoi le chemin vers la Mecque est-il plus onéreux là où la ferveur est la plus grande ?
Le Hadj n'est pas qu'un voyage ; c'est une ascension spirituelle, une réponse à l'invitation divine. Pourtant, en 2026, le fidèle malien regarde avec amertume les frontières de ses voisins. À Niamey, le prix s'est stabilisé autour de 3 184 469 FCFA ; à Ouagadougou, on s'apprête à partir avec 3 285 000 FCFA (restauration incluse) ; et au Togo, la solidarité nationale a permis une baisse salutaire.
Au Mali, le constat est saisissant : 4 166 425 FCFA pour le quota gouvernemental et près de 4,7 millions pour le privé. Un écart de près d'un million de francs CFA avec nos frères de la sous-région, malgré un quota de 13 323 places, l'un des plus généreux de la zone. « Le Hadj n’est pas obligatoire, on n’y va quand on a le moyen », lançait le directeur de la Maison du Hadj sur l'ORTM en 2025.
Si cette phrase est théologiquement exacte, elle sonne comme un glas dans le cœur de ceux qui ont économisé toute une vie, ou de ces enfants qui, par amour filial, souhaitent offrir le paradis à leurs parents vieillissants sans être "nantis" pour autant.
Quand l'institution et le privé s'affrontent
L'organisation de cette édition a été marquée par un séisme interne. La volonté de la Maison du Hadj de piloter seule le pèlerinage a brisé le lien de confiance avec les opérateurs privés. Ce malentendu, loin d'être une simple joute administrative, s'est transformé en un affrontement verbal d'une rare violence.
Les opérateurs privés, piliers historiques de l'encadrement, ont dénoncé une tentative de monopole, tandis que l'État cherche à rationaliser les coûts. Mais au milieu de ces "mots durs", qui pense au pèlerin ?
La perception d'un État "faisant de l'argent sur le dos des fidèles" s'enracine, créant un climat de suspicion là où devrait régner la sérénité.
Un paradoxe économique et social
Comment expliquer un tel tarif ?
▪︎ La logistique et les taxes : Des coûts aéroportuaires et des services à Mina et Arafat qui semblent peser plus lourdement sur le contingent malien.
▪︎ L'incertitude institutionnelle : Les tensions entre le public et le privé retardent les réservations, empêchant de bénéficier des tarifs préférentiels "Early Bird".
▪ Le devoir de solidarité : Contrairement au Togo qui subventionne l'eau Zam-Zam, le Mali peine à trouver un mécanisme de péréquation pour alléger la facture de ses citoyens.
La spiritualité nous enseigne que "Dieu est beau et Il aime la beauté". Il n'y a aucune beauté dans une organisation qui exclut les humbles par le seul fait de l'argent. Le Mali, grand pays d'histoire et de foi, se doit de retrouver une gestion "sainte" de ce pèlerinage : une gestion transparente, apaisée et surtout accessible.
Vers une réforme de compassion
Le Hadj ne doit pas devenir un luxe réservé à une caste. C'est un droit spirituel. Il est temps que l'État et les agences privées déposent les armes de la discorde pour ne brandir que le flambeau du service.