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Affaire Paramount : Les avocats du Col-Major Nouhoum Dabitao réclament l’acquittement Me Mountaga Tall: « Si Dabitao doit être complice de quelqu’un, Ça ne peut être que d’Adoulaye Idrissa Maiga »
Publié le mercredi 4 fevrier 2026  |  Le Soir de Bamako
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La phase des plaidoiries des avocats se poursuit dans le procès de l’affaire ‘‘Paramount et Embraer’’, à la chambre criminelle du pôle national économique et financier. Les conseils du colonel-major Nouhoum Dabitao, ancien directeur des finances et des matériels au ministère de la Défense et des Anciens combattants, accusé de complicité dans le dossier Embraer, réclament son acquittement.

Le vendredi 30 janvier 2026, deuxième jour des plaidoiries, Me Mountaga Tall et Me Dianguina Tounkara ont soutenu que leur client n’a aucun lien de complicité avec les autres personnes mises en cause dans le dossier, à savoir Tiéna Coulibaly, Boubou Cissé, Tiéman Hubert Coulibaly et Mamadou Igor Diarra, poursuivis pour faux et usage de faux, atteinte aux biens publics et blanchiment de capitaux. Selon les avocats, si leur client devait être complice de quelqu’un, ce serait de l’ancien ministre de la Défense et des Anciens combattants, Abdoulaye Idrissa Maïga, qui, selon eux, est totalement hors de cause. Ils estiment que le colonel-major Dabitao est accusé de complicité sans fondement, n’ayant posé aucun acte avec les auteurs cités et qu’aucun élément matériel ne permet de l’impliquer dans les faits reprochés. Me Dianguina Tounkara, qui a été le premier à intervenir, a précisé que le seul acte posé par le colonel-major Nouhoum Dabitao dans le cadre du contrat Embraer concerne le paiement de la deuxième tranche, soit 35 % du contrat, équivalant à 18 milliards de FCFA, un paiement réalisé « dans les règles de l’art ».

« Jusqu’à présent, je ne connais pas le statut pénal de mon client. Le parquet affirme que les auteurs et complices sont liés dans le même dossier. Mais je ne comprends pas : Nouhoum Dabitao est complice de qui ? Il n’a posé aucun acte dans le cadre de l’exécution du contrat avec Tiéman Hubert Coulibaly, Tiéna Coulibaly, Mamadou Igor Diarra ou Boubou Cissé. Donc, je ne peux pas concevoir qu’on lui reproche une complicité avec ces personnes », a déclaré Me Tounkara, soulignant l’absence totale d’élément matériel.

Selon l’avocat, pour qu’une personne soit inculpée, il faut des preuves concordantes. Pour être renvoyé devant une formation de jugement, il faut des charges suffisantes, et pour qu’une condamnation soit prononcée, il faut obligatoirement des preuves. « Ici, nous assistons à des affirmations gratuites, les unes après les autres, sans démontrer en quoi il aurait aidé Tiéman Hubert, Tiéna Coulibaly… Nous sommes face à un empêchement de faits. Il est innocent », a martelé Me Tounkara. Il a ensuite insisté sur le principe fondamental de justice. Pour que le colonel-major Dabitao puisse ressentir que justice lui a été rendue, il doit être acquitté, car il est « innocent ». À l’entame de sa plaidoirie, Me Mountaga Tall a indiqué qu’il ne qualifierait pas ce procès d’« extraordinaire », mais qu’il n’était pas banal non plus. Il s’agit en effet de la première session de la chambre des affaires criminelles, rassemblant des hauts responsables politiques, dont des premiers ministres, des ministres et de hauts cadres des administrations financières, ainsi que la crème de la hiérarchie militaire, y compris des chefs d’État-major.

« Les montants en jeu sont considérables, et quand on parle d’équipements militaires au Mali aujourd’hui, où la sécurité reste la principale préoccupation, tout cela donne un impact particulier à ces procès », a-t-il souligné.

Me Tall est ensuite revenu sur l’histoire personnelle du colonel-major Nouhoum Dabitao. « Quand il a eu ce problème, avant que tout ne soit déclenché, son père, avec qui j’ai gardé de bonnes relations, est venu me voir. Il m’a dit : ‘Ton fils peut avoir des problèmes. Ce ne seront pas mes problèmes, ce seront les tiens. Même si je te demande de nous prêter main-forte, je voudrais te parler d’une décision que nous avons prise ensemble pour que tu saches.’ Je lui ai répondu : ‘Oui, d’accord.’ Il m’a dit qu’il était membre du CNT. Je lui ai répondu que c’était bien. Nous avons alors décidé qu’il démissionnerait volontairement. Il ne serait pas question pour lui de se prévaloir de son immunité. Il démissionne non pour se protéger, mais au contraire pour laver son honneur », a-t-il expliqué aux juges avant d’entrer dans le cœur de sa plaidoirie. S’agissant des chefs d’accusation pesant sur le colonel-major Nouhoum Dabitao, Me Mountaga Tall a expliqué que, de façon temporelle, il lui était matériellement impossible de commettre les faits qui lui sont reprochés. « Le contrat Embraer a été conclu le 13 octobre 2015. Nouhoum Dabitao n’a été nommé DFM que le 25 décembre 2015, soit deux mois et demi plus tard. Il quitte ses fonctions le 31 mars 2016. Un avenant a été signé bien après, le 30 novembre 2017, soit neuf mois plus tard. Et pourtant, on lui reproche de ne pas avoir donné de bons conseils. Il était absent. Il ne pouvait ni, par ses fonctions avant son arrivée au ministère, ni par son grade, connaître ce qui s’était passé. Il n’avait aucun moyen d’intervenir. Donc, au regard des chefs d’inculpation, on se demande : quels conseils pouvait-il donner ? Quelle aide ou assistance fournir ? Quelles négociations aurait-il pu mener ? Et comment aurait-il pu modifier la nature du contrat ou de son avenant dans ces conditions ? Voilà la situation dans laquelle se trouvait Nouhoum Dabitao », a rappelé l’avocat.


Me Tall a précisé que le colonel-major n’a effectué qu’un seul paiement prévu dans le contrat, dont le montant et la date étaient définis. Ce paiement a été réalisé sous l’autorité d’Abdoulaye Idrissa Maïga, alors ministre de la Défense, et non sous celle de Tiéna Coulibaly, Boubou Cissé, Tiéman Hubert Coulibaly ou Mamadou Igor Diarra. « Si Dabitao devait être complice de quelqu’un, ce serait Abdoulaye Idrissa Maïga, mais celui-ci est absolument hors de cause. Donc que peut-on reprocher à Dabitao ? Une complicité sans fondement, car pour qu’il y ait complicité, il faut un auteur principal », a insisté Me Tall, soulignant qu’un problème majeur du dossier demeure non résolu.

Selon l’avocat, le colonel-major Dabitao n’avait ni rôle décisionnel ni possibilité d’intervenir dans le processus d’élaboration des contrats de la LOPM (loi d’organisation et de programmation militaire), qui échappait à sa compétence. « On peut dire que Dabitao a aidé, facilité ou encouragé des faits qui se sont déroulés en dehors de ses prérogatives, car on ne peut être complice de façon anticipative ou rétroactive. Aucune pièce du dossier n’atteste qu’il avait connaissance de manière frauduleuse ou qu’il entretenait un lien direct avec les auteurs présumés. Accuser sans démontrer l’infraction est inacceptable : c’est transformer les soupçons en preuves », a-t-il conclu. ■

YOUSSOUF KONATE

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