Alors que les autorités annoncent une amélioration progressive de l’approvisionnement en hydrocarbures, la réalité observée à l’intérieur du pays contraste avec les discours officiels.
En dehors de Bamako, la crise du carburant n’est pas totalement résorbée. Pire : elle ouvre la voie à des pratiques tarifaires manifestement abusives.
Nous sommes à Oulara, localité située entre Kita et Kéniéba, sur la RN 24. Il est 9 heures. Devant la station MKK, unique point de distribution du village, une file de motocycles s’étire. Des usagers viennent remplir leurs réservoirs, d’autres leurs bidons.
En apparence, tout est normal. À la pompe, le litre d’essence est affiché à 775 F CFA. Un automobiliste commande 20 litres. Logiquement, la facture devrait s’élever à 15 500 F CFA. Pour 40 litres, le montant attendu serait de 31 000 F CFA. Mais au moment du paiement, le pompiste annonce : « Vous me devez 42 000 F. Chez nous, le litre est à 1 050 F. »
L’incompréhension est immédiate. Interpellé sur l’écart entre le prix affiché et le prix pratiqué, le gérant assume : « Nous ne sommes pas obligés d’écrire le prix auquel nous vendons. » Devant l’attroupement de villageois venus s’enquérir de la situation, les responsables finissent par accepter le paiement au tarif affiché. Un recul circonstanciel qui ne dissipe pas le malaise.
Le cas d’Oulara n’est pas isolé. Toujours sur la RN 24, aux environs du carrefour de Manatani, une autre station vend le litre d’essence à 1 250 F CFA, alors que l’affichage mentionne toujours 775 F CFA. Les usagers paient, faute d’alternative. Le prochain point de vente se trouve à plus de 20 kilomètres.
À Dabia, sur le même axe routier, le litre atteint 1 500 F CFA. « À prendre ou à laisser », confie un habitant. Dans certaines localités reculées, des témoignages font état de prix culminant à 2 000 F CFA le litre. Cette fois, il s’agit du marché noir.
À Bamako, en revanche, le prix affiché en station est généralement respecté. Les opérateurs savent que les contrôles sont plus fréquents et que les sanctions peuvent être dissuasives. La capitale semble ainsi bénéficier d’un retour progressif à la normale. Mais cette embellie ne reflète pas la situation nationale.
Ces derniers jours, les autorités ont multiplié les communications annonçant la fin – ou presque – de la crise. À Bamako, les automobilistes reconnaissent une amélioration sensible. En région, la pénurie persiste.
Sur les réseaux sociaux, les réactions se multiplient. « Bamako seule n’est pas le Mali ! Et nous autres ? », interpelle un internaute. Sous chaque publication officielle relative au carburant, les commentaires dénoncent les écarts de prix et l’absence de régulation effective à l’intérieur du pays.
La difficulté d’approvisionnement alimente le phénomène. Lorsque des villes comme Koutiala ne reçoivent qu’une seule citerne après plusieurs semaines d’attente, la tension sur l’offre crée un terrain favorable aux surenchères. Dans ces conditions, le contrôle des prix demeure théorique.
L’État se trouve face à une équation complexe : garantir un approvisionnement régulier sur l’ensemble du territoire tout en assurant un contrôle strict des prix pratiqués en station. L’un sans l’autre ouvre la porte aux abus.
Sans une présence effective des services de contrôle et une logistique capable d’alimenter durablement les régions, les citoyens continueront de payer le prix fort. Et pendant que l’État s’efforce de remplir les réservoirs du pays, certains continueront de remplir les leurs — au détriment des plus vulnérables.