Le président de la transition, le général d'armée, Assimi Goïta, a procédé, jeudi 12 février, à un remaniement ministériel. Constat: les ministres du Conseil national pour le salut du peuple (CNSP) montent en grade. Ils portent désormais le titre de ministre d'État. En un mot, le Mali se retrouve avec un Premier ministre et trois (03) Premiers ministres bis. Où est-ce que ce bicéphalisme nous conduira ?
Avec cette nouvelle architecture, les ministres d’État ne sont plus sous la tutelle du Premier ministre. Ils rendent directement compte au chef de l'État. Ce remaniement est la face cachée du feu qui couve sous la cendre. La guerre des privilèges affaiblit le général de division Abdoulaye Maïga, qui n’est plus le titulaire du ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation. Ce remaniement ministériel, même si on ne le dit pas, dote notre pays d’un Premier ministre et trois Premiers ministres bis.
Quatre (04) personnalités font leur entrée dans le nouveau gouvernement, formé le 12 février, par le général d'armée, Assimi Goïta, président de la transition, chef de l'État et la nomination de trois (03) ministres d'État. Le général de brigade, Issa Ousmane Coulibaly devient ministre de l'Administration territoriale et de la Décentralisation, Yaya Gologo à la Refondation de l’État, chargé des Relations avec les institutions, Tiemoko Traoré nommé ministre de l’Énergie et de l'Eau, Ibrahim Samaké à l'Agriculture. Les ministres généraux de corps d’armée Sadio Camara de la Défense et des Anciens combattants et Ismaël Wagué de la Réconciliation, de la Paix et de la Cohésion nationale ainsi que M. Alousséni Sanou de l’Économie et des Finances deviennent des ministres d'État. Cette nomination au grade supérieur de ces trois (03) ministres est le signe d'un malaise au sein de la nouvelle équipe gouvernementale dirigée par le général de division Abdoulaye Maïga qui n'est plus le titulaire du stratégique et sensible ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation.
Abdoulaye Maïga, dans le rôle d'un spectateur
La formation du nouveau gouvernement réduit le rôle du Premier ministre, le général de division, Abdoulaye Maïga, à un spectateur. Les auteurs du coup d’État du 18 août 2020, réunis au sein du Conseil national pour le salut du peuple (CNSP), montrent chaque fois s’agissant des nominations qu'ils sont les vrais «maîtres du jeu», distribuant les bons et mauvais points et dépouillant certains de leurs missions. Ils viennent de le montrer à la faveur du remaniement ministériel du 12 février. Ils ont réduit les pouvoirs de leur protégé, qui se trouve isolé et exposé.
Coopté pour représenter le CNSP, organe au sein duquel ne siègent que les militaires qui ont forcé le président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) à rendre sa démission le 18 août 2020, à la suite d’une série de manifestations organisées par le Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), le général de division Abdoulaye Maïga, alors colonel, a été nommé ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation dans le gouvernement de Moctar Ouane entre 2020 et 2021. Les évènements de mai 2021, qui marquent la fin de la gestion civile de la transition, voient la reprise du pouvoir par les membres du CNSP. Le général d’armée, Assimi Goïta (colonel à l’époque), devient président de la transition. Sans surprise, Abdoulaye Maïga occupe le même poste dans le gouvernement de Choguel Kokalla Maïga. Cette fois-ci, avec une nouvelle corde à son arc: Porte-parole du gouvernement. Ainsi, le protégé devient le centre de gravité. Bénéficiant du soutien du CNSP, il est nommé Premier ministre par intérim en 2022. Cumulant ces trois postes, à un moment où le pays faisait face à des brigands internationaux décidés à mettre notre pays à genou, il a été à la hauteur de la mission. Emporté par le vent de la clarification, il remplace en novembre 2024 Choguel Kokalla Maïga à la primature, conservant son fauteuil de l’Administration territoriale et de la Décentralisation.
Victime d’une lutte de clans
La nomination de trois ministres d’État, dont deux du CNSP, réduit considérablement la marge de manœuvre du chef du gouvernement et nuit dangereusement à la cohésion de l’équipe gouvernementale. Ces Premiers ministres bis rendent directement compte au chef de l’État Assimi Goïta. Ils peuvent présider au même titre que le Premier ministre les réunions interministérielles. Ce bicéphalisme n’augure rien de bon pour notre pays. Il ne sert que les intérêts d’un groupe. Ce système de gestion, partout où il a vu le jour, s’est terminé en queue de poisson. Il est toujours le fruit d’une lutte de clans, où les membres se disputent le même niveau de responsabilité et des avantages et privilèges liés aux fonctions.
Le renforcement de la position des généraux de corps d’armée Sadio Camara et Ismaël Wagué cache bien mal une lutte de clans qui ne dit pas son nom. À défaut de ne pas être nommés vice-présidents, ils montent en grade, coiffant ipso facto le Premier ministre Maïga. Il montre aussi qu’ils ne veulent pas se soumettre à la règle qui dit que la fonction prime sur le grade. Ensuite, c’est une autre manière de dire au Premier ministre Maïga que leur pouvoir n’est pas à partager. Les civils en savent quelque chose. Ils ont été évincés des organes de la transition.
Ainsi, le Premier ministre, le général de division Abdoulaye Maïga sort affaibli de ce remaniement ministériel. Et se trouve aussi piégé au cœur d’une lutte de clans. Pourvu que le Mali soit le gagnant.
Yoro SOW