Cher Grand-père, L’insécurité change de visage. Elle change de cible. Elle change de méthode. Et surtout, elle se rapproche.
Elle n’est plus cantonnée à des zones lointaines ou à des fronts clairement identifiés. Elle s’invite désormais sur nos grands axes routiers, dans nos entourages immédiats, frappant sans distinction : citernes incendiées, convois militaires attaqués, industries ciblées, personnalités civiles et politiques visées, paisibles citoyens pris au piège.
Oui Grand-père, il ne s’agit plus de simples actes isolés. C’est un banditisme d’un genre nouveau, structuré, polymorphe, qui emprunte les méthodes du terrorisme pour installer la peur et la désolation. Un banditisme aux ramifications politiques, militaires et idéologiques. Enlèvements, prises d’otages, attaques kamikazes, exécutions ciblées… La terreur comme stratégie.
Depuis plus d’une décennie, nous combattons ce fléau essentiellement par la force militaire. Mais avons-nous suffisamment interrogé ses ressorts idéologiques ? Avons-nous analysé en profondeur ses mécanismes d’endoctrinement, ses stratégies d’expansion, ses modes opératoires évolutifs ?
Combattre militairement est indispensable. Mais anticiper est vital. Comprendre pour mieux neutraliser. Analyser pour prévenir. Étouffer le mal avant qu’il ne prenne racine.
Aujourd’hui, la question des déplacements devient centrale. Le niveau de vulnérabilité de certains axes routiers impose une réflexion urgente. N’est-il pas temps, Grand-père, que notre pays se dote d’une cartographie sécuritaire claire et actualisée de ses routes et de ses zones sensibles ?
Une carte qui classe les axes selon les menaces identifiées. Une carte qui informe, alerte et oriente. Une carte qui distingue les niveaux de risques en fonction des profils d’usagers.
Car tous ne voyagent pas dans les mêmes conditions d’exposition. Les anciennes et nouvelles personnalités politiques, les journalistes, les magistrats, les représentants de l’État, les leaders d’opinion et religieux, les artistes — chacun peut constituer une cible spécifique.
Comment doivent-ils se déplacer ? Faut-il systématiser des dispositifs d’escorte pour certains profils ? Faut-il créer des points permanents d’information et de conseil sécuritaire pour les usagers des routes ?
La prévention ne nourrit pas la peur. Elle combat la psychose.
Car le terrorisme n’a besoin que d’une chose : remplacer la sérénité par le doute. Installer le vide informationnel. Faire prospérer la confusion.