Le responsable d’un centre d’aide aux nouveaux arrivants montréalais a dirigé dans l’ombre un réseau bien huilé au Mali visant à exploiter sexuellement des fillettes et des adolescentes. Celles-ci étaient parfois violées en direct au bénéfice du pédophile.
Gilles Provencher, 78 ans, était une figure de proue du monde communautaire, au moment de son arrestation en 2023. Proche de la communauté africaine de Montréal, il était directeur du Carrefour Solidarité Anjou, un organisme qui aide les nouveaux arrivants dans l’est de Montréal. Il avait participé à une conférence de presse en 2023 pour réclamer de l’aide de l’État pour les demandeurs d’asile.
Mais derrière son « aura » d’homme bon et généreux se cachait un véritable prédateur sexuel aux fantasmes « ignobles, odieux et pervers », selon un juge. « Trouver de nouvelles victimes, c’était son hygiène de vie », avait résumé une enquêteuse, lors de l’enquête sur remise en liberté en 2024.
Détenu depuis bientôt trois ans, Gilles Provencher a finalement plaidé coupable mercredi au palais de justice de Montréal à huit chefs d’accusation, dont incitation à des contacts sexuels, production de pornographie juvénile, leurre de mineurs et arrangement avec des tiers pour commettre des crimes sur des enfants.
Gilles Provencher avait un modus operandi bien rodé. Il payait des complices au Mali pour lui trouver des victimes mineures dans des villages. Il pouvait par exemple organiser un concours de « danse sexy » dans un village pour trouver ses proies. Il a versé 16 000 $ à huit femmes entre 2020 et 2021.
« Gilles Provencher choisissait les filles, leur âge et les préférences relatives aux actes sexuels », a expliqué mercredi la procureure de la Couronne, Karine Lagacé-Paquette.
Au moins neuf fillettes âgées de 5 à 10 ans et une dizaine d’adolescentes de 12 à 15 ans ont été photographiées, sur une longue période, au bénéfice du délinquant.
Gilles Provencher faisait du « grooming », c’est-à-dire qu’il désensibilisait graduellement ses victimes à la sexualité. Il leur payait de belles robes, de sorties au restaurant et à l’hôtel. On les prenait d’abord en photo vêtue, puis dans des positions explicites. Finalement, elles devaient faire des gestes sexuels avec d’autres personnes.
« On a des photos avec en haut : “Mme Provencher”. On a des photos de production de pornographie juvénile avec l’accusé en mortaise », avait décrit le juge Christian Tremblay en 2024.
À l’enquête sur remise en liberté, l’enquêteuse a indiqué que Gilles Provencher regardait en direct les agressions sexuelles de ses victimes.
Gilles Provencher a versé des milliers de dollars à une mère pour obtenir des vidéos sexuelles de sa fille de huit ans. Elles habitaient dans un village très pauvre du Mali. De nombreuses images de cette fillette ont été retrouvées chez lui parmi ses centaines de fichiers.
Le pédophile a aussi tenté de faire venir une jeune fille à Montréal ou de la rejoindre dans un autre pays. Il avait d’ailleurs acheté un billet d’avion pour Bamako, capitale du Mali, la veille de son arrestation en 2023.
« Cette spirale-là, je vais en sortir », a déclaré Gilles Provencher, à la fin de l’audience, en faisant une comparaison avec son ancienne dépendance à l’alcool.
Le juge Éric de Champlain a ordonné la confection d’un rapport présentenciel et d’un rapport sexologique.
L’avocat de la défense, Me Jonas Fadeu, a mentionné la possibilité d’une suggestion commune de peine en mai prochain, selon les conclusions des rapports.