Accueil    MonKiosk.com    Sports    Business    News    Annonces    Femmes    Nécrologie    Publicité
NEWS
Comment

Accueil
News
Editorial
Article
Editorial

Chronique : L’incivisme routier
Publié le lundi 23 fevrier 2026  |  L’aube
Comment



Le chaos est sur l'asphalte. Regarder la rue à Bamako ou dans nos grandes métropoles aujourd’hui, c’est contempler un asphalte devenu le théâtre d’une guérilla urbaine où la loi du plus fort a définitivement détrôné le Code de la route.

Ce n'est plus une circulation, c'est une hémorragie de bon sens, un incivisme à grande échelle qui transforme chaque déplacement en une roulette russe où la vie humaine ne pèse pas plus lourd qu’un litre d’essence.

Le spectacle commence dès le stationnement. Dans une anarchie décomplexée, les trottoirs sont pris d'assaut, les passages piétons sont ignorés et les voies de secours sont obstruées par des véhicules garés en dépit de tout bon sens. Le stationnement réglementé est devenu une notion abstraite, un concept pour pays lointains. Ici, on s'arrête là où l'on veut, quand on veut, pourvu que l'on soit "devant" son affaire. Cette occupation sauvage de l’espace public n'est pas qu'un simple désagrément ; elle est le terreau de l'insécurité, forçant les piétons à s'aventurer sur la chaussée, au milieu du flux mortel des engins.

Pourtant, la Compagnie de sécurité routière tente de siffler la fin de la récréation. L'introduction de la technologie, avec les codes QR et le paiement électronique pour régler les contraventions, est une avancée majeure. Mais le mal est profond. Entre les mains de certains agents et contrevenants, la technologie se heurte encore aux vieilles habitudes de la négociation sous le manteau. Plutôt que de payer à l'État, on préfère "s'arranger", transformant la sanction en une transaction banale qui ôte toute valeur pédagogique à l'amende. L'impunité s'achète, et le danger persiste.

Le summum de l'arrogance se lit sur ces véhicules qui circulent sans plaque d'immatriculation, fantômes d'acier au mépris total de l'autorité. Ils sont souvent accompagnés de vitres teintées à l'excès, véritables coffres-forts roulants où l'on se cache pour mieux braver la réglementation. C’est le règne de l’opacité. Qui est au volant ? Un VIP auto-proclamé ? Un délinquant ? Cette violation systématique des règles d'identification est une insulte à la sécurité collective.

Sur ces grands axes, la courtoisie est morte. Le conducteur de véhicule regarde le piéton comme un obstacle gênant, un intrus sur son territoire. On ne cède plus le passage, on fonce. On n'avertit pas, on agresse. L’empressement est devenu la religion universelle. Au volant ou au guidon, chaque seconde compte, même si c'est pour finir sa course contre un poteau ou dans le flanc d'un autre usager. La vitesse n’est plus un moyen de transport, c’est une pathologie.

Nos routes sont infestées de potentiels tueurs, des "assassins en puissance" qui font vrombir leurs moteurs pour une exhibition de richesse ostentatoire. Ces bruits de moteurs trafiqués, ces accélérations brutales dans les zones résidentielles sont autant de pollutions sonores destinées à dire : « Regardez-moi, je suis puissant ». Ce goût de l'exhibitionnisme se fait au mépris de la tranquillité d'autrui et, surtout, de la sécurité. On ne conduit plus, on s'exhibe, on parade sur des cadavres en devenir.

Cette jungle est aussi le résultat d'un échec cuisant du transport collectif. Face à l'insuffisance des structures de transport public, le vide a été comblé par les "Telimani" (motos-taxis) et les "Sotrama". Si ces derniers assurent la mobilité de la masse, ils sont aussi les champions de l'improvisation dangereuse. Les motos-taxis, dans leur quête effrénée de clients, se faufilent comme des anguilles entre les voitures, ignorant les feux, les sens interdits et les priorités. Les Sotrama, véritables épaves roulantes, s'arrêtent au milieu de la voie sans prévenir, transformant chaque trajet en un parcours du combattant.

Le résultat est là : des accidents quotidiens, des familles brisées et une jeunesse mutilée. L’incivisme routier est devenu un fléau national. Il est temps que l'automobiliste comprenne que sa voiture n'est pas un prolongement de son ego, mais un outil de transport soumis à des règles. Il est temps que le motocycliste réalise que son casque n'est pas un accessoire de mode, mais une protection vitale.

La route est un espace de partage, pas un champ de bataille. Tant que la peur de la sanction ne sera pas plus forte que l'envie de paraître, tant que la courtoisie sera perçue comme une faiblesse, nos routes resteront des mouroirs à ciel ouvert. La sécurité routière commence par un changement de mentalité : respecter la vie, c'est d'abord respecter le Code.


MKL
Commentaires

Titrologie



L’aube N° 429 du

Abonnez vous aux journaux  -  Voir la Titrologie
Sondage
Nous suivre
Nos réseaux sociaux

Comment