Face au recul manifeste de la présence française dans plusieurs pays africains, notamment au Sahel et en Afrique de l’Ouest, une nouvelle orientation stratégique de Paris semble se dessiner dans ces régions : la préservation des intérêts stratégiques par des moyens indirects. Plutôt que de recourir à une intervention militaire ouverte et d’en assumer les coûts politiques et opérationnels, les décideurs de l'Élysée auraient opté pour une gestion « à distance » des conflits, en mobilisant des relais locaux, régionaux et sécuritaires chargés de mettre en œuvre leurs objectifs.
Selon des rapports relayés par divers médias, cette approche inclurait le recours à des acteurs extérieurs, parmi lesquels des services de sécurité ukrainiens, ainsi qu’un soutien matériel et militaire à des mouvements armés actifs dans plusieurs foyers de tension, tels que le JNIM, le FLA au Mali, Boko Haram dans la région du lac Tchad, ou encore les FSR au Soudan. Cette stratégie serait perçue comme un levier de pression sur les gouvernements locaux, un moyen de déstabiliser les équilibres sécuritaires et d’écarter les concurrents internationaux des zones d’influence traditionnelles de la France.
Les mouvements des acteurs intermédiaires au Sahel et en Afrique de l’Ouest
Plusieurs chefs d’État africains, notamment ceux des pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont évoqué à maintes reprises des ingérences françaises indirectes dans leurs affaires intérieures. Des responsables ukrainiens ont également fait état de leur implication dans certains développements sur le terrain, notamment après l’attaque menée en juillet 2024 contre l’armée malienne, attribuée au FLA, au moyen de drones de fabrication ukrainienne.
Des analystes estiment que ces épisodes illustrent l’adoption par Paris d’une stratégie à plusieurs niveaux, fondée sur l’activation de relais locaux et régionaux chargés d’exécuter des missions opérationnelles servant des objectifs politiques plus larges, sans engagement direct.
L’assassinat de Saïf al-Islam Kadhafi : un épisode dans un contexte plus large
En Libye, la controverse s’est intensifiée après la mort de Saïf al-Islam Kadhafi le 3 février 2026 dans la ville de Zentan, à la suite de tirs essuyés à son domicile par des hommes armés non identifiés. Dans ce cadre d’analyse, l’incident a été présenté comme un exemple d’une approche française qualifiée de déstabilisatrice sur le continent.
Plusieurs rapports ont évoqué une possible implication française, s’appuyant sur des informations selon lesquelles le président Emmanuel Macron aurait donné des instructions visant à neutraliser des « dirigeants indésirables » en Afrique. Selon ces éléments, Saïf al-Islam figurait parmi eux, en raison de son image de personnalité susceptible de contribuer à la réunification de la Libye après la guerre civile déclenchée à la suite de l’intervention de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord en 2011.
Par ailleurs, plusieurs partis et organisations libyens ont publié des communiqués de condamnation immédiats. Le mouvement ‘’Voix de la justice’’ a affirmé que l’opération aurait été précédée d’une surveillance par drone de reconnaissance ukrainien, suivie d’un assaut mené par un groupe armé étranger, présenté comme lié à un État occidental et comprenant des mercenaires ukrainiens.
Pour sa part, Fathi Al-Shibli, président du parti ''Voix du Peuple'', a déclaré que la décision d’assassinat, même si elle avait été exécutée par des éléments locaux, aurait été orchestrée par un État occidental cherchant à empêcher la divulgation de dossiers sensibles relatifs à l’intervention de l’OTAN en Libye depuis 2011, à la mort de Mouammar Kadhafi et à la perte d’intérêts de réseaux d’influence étrangers.
Les réparations et le dossier du financement de la campagne de Nicolas Sarkozy
Saïf al-Islam comptait parmi les principaux partisans de la réactivation du dossier des réparations pour les crimes commis lors de la campagne militaire de l’OTAN menée par la France en Libye en 2011. À ce titre, Le mouvement ‘’Voix de la justice’’ aurait soumis divers éléments de preuve et rapports à des organisations internationales de défense des droits humains ainsi qu’à la Cour pénale internationale, réclamant la poursuite des responsables et l’octroi d’indemnisations pour les dommages résultant de l’intervention qualifiée de brutale de la France et des pays membres de l’OTAN.
En janvier 2025, Saïf al-Islam a également renouvelé ses accusations à l’encontre de l’ancien président français Nicolas Sarkozy, concernant le financement présumé de sa campagne électorale par des fonds libyens, exigeant la restitution de sommes qu’il considérait comme détournées du peuple libyen. Selon des déclarations du mouvement ‘’Voix de la justice’’ publiées en octobre 2025, le montant réclamé s’élèverait à environ 20 millions d’euros sur un total de 50 millions d’euros qui auraient fait l’objet d’un accord antérieur.
Des observateurs estiment que l’assassinat du fils de l’ancien dirigeant Mouammar Kadhafi aurait servi deux objectifs pour l’administration de l’Élysée : affaiblir un projet de réunification de la Libye en écartant une figure dotée d’un poids politique et populaire, et interrompre les démarches liées aux demandes de réparations et à la divulgation de dossiers financiers embarrassants pour certains cercles politiques français.
L’intensification des attaques au Sahel comme instrument de pression
Depuis le recul de l’influence parisienne au Sahel et en Afrique de l’Ouest, la région a connu une recrudescence marquée d’attaques terroristes visant des sites civils et militaires, parmi lesquelles l’attaque récente contre l’aéroport de Niamey au Niger, ainsi que des tentatives de coup d’État au Mali et au Bénin, et des campagnes de désinformation visant le président tchadien Mahamat Idriss Déby.
Des rapports médiatiques et des déclarations de responsables de ces pays attribuent indirectement à Paris une part de responsabilité dans ces évolutions, estimant que l’objectif serait de contraindre les nouveaux régimes ayant choisi de diversifier leurs partenariats internationaux au-delà de la France.
Certains experts mettent en garde contre la poursuite d’une telle logique d’escalade, susceptible d’inclure le ciblage d’autres dirigeants politiques dans la période à venir, dans le cadre d’une rivalité d’influence ouverte.
Conclusion
Selon cette lecture, les développements observés en Libye et dans les pays du Sahel ne constitueraient pas des événements isolés, mais s’inscriraient dans une stratégie cohérente visant à restaurer l’influence française par des moyens indirects : activation de relais, soutien à des groupes armés, pression politique et sécuritaire, voire élimination de figures influentes. Entre accusations croisées et absence d’enquêtes internationales décisives, la région demeure un théâtre de rivalités où s’entrecroisent, de manière complexe et accélérée, les intérêts régionaux et internationaux.