Ce jour, décryptage ne traite ni de la découverte de Spinosaurus mirabilis au Niger, ni de la fermeture de la frontière tchado-soudanaise, mais d’une notion : celle de système.
Pour comprendre comment le système influence la façon dont le citoyen pense et existe, il convient de le définir. Dans leur grande majorité, les sociologues définissent le système comme un ensemble organisé d'actions et de relations entre les individus, les groupes et les institutions. Ils sont reliés entre eux par des normes et des valeurs : liberté, respect, etc. Lesquelles normes et valeurs contribuent à la stabilité et à l’intégrité du système. Construction sociale et politique, le système reflète l’état de progrès d’une société donnée. Il permet de comprendre l’imaginaire collectif, réglant les conduites humaines. L’histoire humaine est celle des systèmes : culturel (croyances, valeurs), économique (capitalisme, socialisme), éducatif (écoles, universités), familial (nucléaire, élargi), politique (monarchie, démocratie, théocratie), social (rôles, normes), etc. Exemple, dans un système social, la radicalité s'exprime quand la question sociale (travail) est ignorée. Plus un système est méprisant, plus grande est la tentation de révolte.
Plus un système est juste et accessible, meilleure est la qualité de vie
Dans un système, le progrès permet l’amélioration des conditions de vie. Par exemple, plus un système de santé est juste et accessible, meilleure sera la qualité de vie du citoyen. Il raffermit le sentiment d’appartenance à un groupe. Il structure la conscience collective : croyances, pratiques et sentiments communs. Voilà comment un système social ou culturel nourrit le quotidien. Autre exemple, les systèmes de valeurs, ces idéaux collectifs, donnent les critères du désirable. Dans certains cas, ces idéaux collectifs se réalisent. Dans d’autres, ils ne se réalisent pas lorsque le système est malade, anomique. En effet, il déraille : abus, censure, corruption, exclusion... Au lieu d’être un socle de renouveau, il s’effrite. Les crises institutionnelles le prouvent. Certes, elles sont géopolitiques. Mais elles sont indécrottablement politiques. Ces crises révèlent un fait, celui de la fragilité des systèmes politiques, devenus le terreau du mal-être : violence, frustration, exclusion, etc.
Le gymkhana des rivalités
En 2020, la crise de confiance entre une partie des Maliens (M5-RFP) et le président Ibrahim Boubacar Keïta, déstabilise le pays. Pourtant, on pouvait deviner l’inéluctable au moment où le pays commence à ressembler à un baril de poudre, tandis que le narcoterrorisme en tenait l’allumette. Cela a mis en péril le pouvoir démocratique. Les principes fondateurs du modèle républicain déclinent. La raison est que le système aussi bien politique que culturel fabrique un imaginaire, pourvoyeur de réflexes attentistes. On bafoue l’intérêt général. La force domine la raison. Par-là, on blackliste. Par ici, on approuve. Tourmentés, on joue des coudes pour foutre la vérole. Arès a toujours soif. Certains veulent retourner à la préhistoire pendant que d’autres rêvent d’affrontement. Voilà comment le système se nécrose. Ne soupirons pas ! Nos constructions politique et intellectuelle souffrent du gymkhana des rivalités. Elles sont inopérantes. Elles déprécient le citoyen : dédain, haine, conflit, etc. Elles sont en crise. Au rythme de l’effet amplificateur du numérique, nos sociétés sont sans cesse sur le fil. Mais, des solutions existent.
Des Assises pour la paix
Au Mali, par exemple, la première solution est de construire un système politique ouvert et durable. Un système où les règles (séparation des pouvoirs) et les pratiques (contrôle et équilibre des pouvoirs) institutionnelles structurent l’exercice du pouvoir. Cela passe par l’ouverture d’Assises pour la paix, réunissant différents acteurs : experts, scientifiques, politiques, société civile, syndicats, etc. Outre le travail de collecte et d’analyse des situations de conflits, ces Assises doivent s’inscrire dans le temps long, propice à une réflexion profonde et à la conception de projets de paix et de développement. Un de leurs objectifs est d’identifier les problèmes, d’en analyser les causes et de proposer des leviers d’action. La paix demeure la sempiternelle question à laquelle il faut répondre pour soigner nos maux. Les futures générations se prévaudront des sages choix de leurs prédécesseurs.
Un projet qui mettrait d'accord les Maliens
La deuxième solution est de requérir l’accord des Maliens autour d’un plan de maîtrise sécuritaire. A ce sujet, il sera incontournable de recenser les Maliens, commune par commune, village par village, dépossédés de leurs biens (bétail), chassés de leur terre, abusés (viols et violence), etc. Le but est de les dédommager à travers des politiques de reconnaissance et de réintroduction du bétail dans les territoires. Pour la justice et la confiance dans le système ! La libération des détenus politiques sera un geste politique fort appréciable. Admettons que le jeu démocratique ait nourri les rapports sociaux entre les Maliens. Auquel cas, cela suscitera un intérêt politique chez la plupart de la jeune génération. Les sociologues parlent d’un effet de génération, qui enjoint de réhabiliter ce jeu politique pour sortir de la guerre « (…) la simple continuation de la politique par d’autres moyens » rappelle Carl von Clausewitz.
L’incontournable diplomatie
Une troisième et dernière solution, toujours dans le cadre d’Assises pour la paix, c’est de ranimer la question de la diplomatie, incontournable pour redorer le blason des liens géopolitiques. C’est aussi une autre manière de se dépêtrer des conflits géostratégiques. Nous devons donc ouvrir des canaux diplomatiques pour trouver des chemins de convergence pacifiques, et donner aux citoyens les raisons de croire et d’agir. Tout doit nous pousser à rechercher un système politique durable.
Khamenei meurt dans Epic Fury
Terminons notre propos avec une mise en relief internationale. Le 28 février dernier, le guide suprême de la révolution iranienne, Ali Khamenei, meurt dans l’opération commune Epic Fury (Fureur épique) du Mossad et de la Cia. Après trente-six ans de règne, le ciel s’assombrit. Une nouvelle guerre oppose l’Iran et l’alliance israélo-étasunienne. Des questions se posent :
Le régime des Ayatollahs capitulera-t-il ?
Sommes-nous à la veille de la fin d’un système ?
En attendant, une perspective s’ouvre pour le peuple iranien pour modifier les rapports de force. Un système en cache un autre. Tartuffe n’aurait pas dit mieux !