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IRAN : Le pari du chaos ?
Publié le samedi 7 mars 2026  |  Mali Tribune
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L’hypothèse d’une élimination du Guide suprême iranien par Washington, malgré les mises en garde internes, posait une question stratégique majeure : peut-on provoquer un changement de régime en décapitant son sommet, sans déclencher une dynamique plus radicale encore ?

La CIA aurait averti que la disparition d’Ali Khamenei ne conduirait pas mécaniquement à l’effondrement du système iranien. Au contraire, qu’elle pourrait accélérer la prise de pouvoir par les éléments les plus durs du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI). L’avertissement n’était pas moral, mais structurel : l’Iran n’est pas un régime personnalisé, c’est un système hybride où le religieux incarne la légitimité et où le militaire détient l’ossature coercitive.


Khamenei, 86 ans, représentait une autorité théologico-politique. Son pouvoir reposait sur l’arbitrage entre factions, la gestion des équilibres internes et une certaine retenue stratégique. Le CGRI, en revanche, est une institution militaro-idéologique forgée par la guerre et les sanctions. Son identité est sécuritaire, non cléricale. Là où le Guide suprême cherchait à préserver une continuité révolutionnaire, les commandants pourraient privilégier une logique de confrontation permanente.

La leçon irakienne

Le précédent irakien reste central. L’élimination de Saddam Hussein n’a pas stabilisé le pays ; elle a désarticulé l’État, ouvert la voie aux milices et, in fine, favorisé l’émergence de l’État islamique. La décapitation d’un régime autoritaire peut produire un vide que les structures les plus radicales remplissent.

La CIA, dans cette lecture, n’aurait pas dit « ne le faites pas », mais plutôt : ne supposez pas que tuer le chef signifie tuer le régime. Le Guide suprême est le visage du système ; le CGRI en est l’armature. Supprimer le premier peut renforcer le second.

L’appel au soulèvement : un calcul risqué

Un appel au peuple iranien pour « saisir l’occasion » et se soulever repose sur l’hypothèse que la population, déjà éprouvée par les crises économiques et politiques, transformerait un choc externe en révolution interne. Mais si le centre de gravité du pouvoir bascule vers des commandants militaires, la répression pourrait devenir plus brutale et moins contrainte par des considérations religieuses ou institutionnelles.


Un régime dominé par des officiers radicaux n’aurait ni l’obligation de préserver une légitimité cléricale, ni l’intérêt de ménager des canaux diplomatiques. La militarisation totale du pouvoir pourrait refermer les rares espaces de négociation encore existants.

Les arrière-pensées politiques : prudence analytique

Le président Donald Trump n’aurait-il pas cherché l’escalade extérieure pour des raisons intérieures, notamment pour détourner l’attention d’affaires judiciaires liées à Jeffrey Epstein ?. À ce stade, aucune preuve publique et vérifiée n’établit un lien direct entre une décision militaire et une stratégie d’évitement judiciaire. En géopolitique, les motivations personnelles des dirigeants peuvent jouer un rôle, mais elles doivent être distinguées des faits établis.

De même, les auditions de figures politiques américaines comme Bill et Hillary Clinton dans le cadre de commissions d’enquête relèvent du débat politique interne. Les interprétations sur des manœuvres coordonnées restent, pour l’instant, du domaine de la spéculation.

Le parallèle israélien

Le premier ministre de l’État d’Israël, Benjamin Netanyahou, est accusé par ses opposants d’avoir utilisé la guerre pour se maintenir politiquement face à ses propres ennuis judiciaires. Là encore, si le contexte israélien montre que la guerre modifie profondément les équilibres politiques internes, affirmer une instrumentalisation intentionnelle nécessite des éléments probants solides.


Concernant les accusations de « génocide » à Gaza, elles font l’objet de procédures et de débats juridiques internationaux. La qualification relève d’instances judiciaires, non de l’analyse politique immédiate. Quant aux soupçons sur les événements du 7 octobre et sur d’éventuelles défaillances sécuritaires face au Hamas, ils alimentent un débat intense en Israël, mais aucune conclusion officielle n’a établi une préméditation interne.

Un risque systémique

Au-delà des intentions supposées, la question centrale demeure stratégique : que se passe-t-il lorsqu’une puissance extérieure frappe le sommet d’un régime autoritaire structuré autour d’un appareil sécuritaire puissant ?

L’histoire récente suggère que la décapitation ne garantit pas la démocratisation. Elle peut produire fragmentation, radicalisation et militarisation accrue. En Iran, l’élimination de la figure religieuse pourrait paradoxalement accélérer la transformation du régime en pouvoir purement militaire.

Le pari d’un changement de régime par le chaos reste l’un des plus dangereux en relations internationales. Car une fois le sommet déstabilisé, ce n’est pas toujours la modération qui émerge mais souvent la faction la plus dure, la mieux armée et la moins contrainte.

La vraie question n’est donc pas seulement celle de la chute d’un homme. Elle est celle de ce qui tient encore debout lorsque cet homme disparaît.


Dr. Oumar Kéita
Directeur Exécutif de l’Institut d’Études Stratégiques pour le Sahel – IESS- Ancien ambassadeur délégué permanent du Mali auprès de l’Unesco

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