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Dossier 8 mars au Mali: Aux origines d’une journée de lutte et d’engagement
Publié le samedi 7 mars 2026  |  Mali Tribune
Célébration
© Présidence par DR
Célébration du 8 Mars à Bamako : Le Président de la Transition honore les femmes
Le vendredi 8 mars 2024, le Président de la Transition, Son Excellence le Colonel Assimi GOÏTA, a présidé la cérémonie commémorative de la Journée Internationale des Femmes. Cette importante célébration s’est déroulée dans la salle Bazoumana Sissoko du Palais de la Culture Amadou Hampaté Ba, située en Commune V du District de Bamako.
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À Bamako, comme dans de nombreuses capitales, le 8 mars est marqué par la célébration de la Journée internationale des droits des femmes. Mais derrière les pagnes commémoratifs et les cérémonies officielles se cache une histoire longue et militante. L’idée d’une journée dédiée aux droits des femmes naît au début du XXᵉ siècle, dans un contexte de mobilisations ouvrières en Europe et en Amérique du Nord. En 1910, lors d’une conférence internationale des femmes socialistes à Copenhague, Clara Zetkin propose d’instaurer une journée mondiale pour défendre le droit de vote et de meilleures conditions de travail.
Quelques années plus tard, en 1917, des ouvrières russes descendent dans la rue pour réclamer « du pain et la paix ». Leur soulèvement, survenu un 8 mars, marque durablement l’histoire et contribue à fixer cette date comme symbole universel des luttes féminines. En 1977, l’ONU officialise la Journée internationale des droits des femmes et de la paix, donnant à cette commémoration une portée mondiale.
Au Mali, la célébration du 8 mars s’inscrit dans la dynamique post-indépendance, où les femmes ont progressivement affirmé leur rôle dans la construction nationale. Associations féminines, organisations de la société civile et institutions publiques ont transformé cette journée en un espace de plaidoyer et de visibilité. Chaque année, un thème national est choisi en cohérence avec les orientations internationales, donnant lieu à des conférences, débats, émissions spéciales et activités communautaires.
Ces initiatives mettent en lumière des enjeux cruciaux : la scolarisation des filles, la santé maternelle, l’autonomisation économique, la lutte contre les violences basées sur le genre ou encore la participation politique des femmes.
Si le 8 mars est souvent perçu comme une fête populaire, marquée par le port du pagne officiel et des rassemblements festifs, il demeure avant tout une journée de revendication. Les organisations féminines saisissent cette occasion pour interpeller les autorités et rappeler que, malgré les avancées, les défis restent nombreux : persistance des inégalités, violences, faible représentation politique.
Dans un Mali confronté à des défis sécuritaires, économiques et sociaux, le 8 mars conserve toute sa pertinence. Il rappelle que l’égalité ne se décrète pas, mais se construit par l’engagement collectif et la mobilisation citoyenne. Cette journée est à la fois mémoire des luttes passées et appel à poursuivre le combat pour une société plus juste et inclusive.
Souaré Coulibaly
(Stagiaire)


PORTRAIT
Fatoumata Keïta jeune entrepreneur

Du haut de ses 26 ans, Fatoumata Keita est passionnée par l’entreprenariat. Elle est gérante et propriétaire de l’entreprise «Touma», située à Ségou. A la faveur du 8 mars, journée internationale de la femme, Mali Tribune s’est intéressée à cette jeune dame.



Née le 10 mai 2000, Fatoumata commence ses études primaires au Complexe scolaire Thianzié Bolozogola de Sikasso d’où elle obtient son diplôme d’études fondamentales en 2014. Après le DEF, elle obtient son baccalauréat au lycée Hamadoun Dicko de Sévaré en 2017. Détentrice d’une licence en 2020 et d’un master en agroéconomie en 2025. Pour l’obtention de son master, Fatoumata a travaillé sur le thème : « Etude de vulnérabilité des entreprises agricoles face aux changements climatiques dans le cercle de Ségou ».
Après ses études, la jeune entrepreneure s’intègre aux groupements professionnels et associatifs. Elle est membre et co-fondateur de Doni sô Sarl, membre du Réseau Mali PME /PMI, WAEIF et membre de la communauté en sécurité alimentaire.
Avide de savoir, Fatoumata a participé à plusieurs formations dans son domaine de prédilection qu’est l’agrobusiness. De 2020 à 2025, elle a pris part à l’atelier d’élaboration de plan d’action des pôles d’expertise en compétences vertes régionaux (PECTV-R), organisé par le projet Go Green/SNV au conseil régional de Ségou ; elle a participé à l’opérationnalisation de la plateforme Youth 4 Climate-PNUD du Ministère de l’Environnement et de l’Assainissement ; à la session de formation à l’intention des Green Coachs du projet GO GREEN sur la structure et l’animation de hubs d’opportunités et de prestation de services locaux au Centre Gabriel Cissé de Ségou ; au programme orange corners- Donilab, à la formation des formateurs en élaboration de CV vert et en techniques de recherche d’emploi vert-SNV Mali ; au programme Young Africa leadership initiative au Centre régional de leadership de Dakar ; formation en business et entrepreneuriat certifiée en management de business-fondation Tony Elumelu ; formation en Design Thinking, compétences de vie et emploi vert-SNV Mali.
De janvier 2022 à nos jours, Fatoumata est gestionnaire de son entreprise « Touma ». Elle supervise les activités quotidiennes de l’entreprise, de l’approvisionnement à la production en passant par la commercialisation, la gestion financière et administrative. Elle veille à la qualité des produits, coordonne l’équipe, optimise les ventes et assure la bonne organisation interne pour garantir la croissance de l’entreprise.
Son projet se caractérise par la transformation des produits maraîchers à Ségou. Ses activités sont la supervision de la production, la planification, le suivi, le contrôle qualité, promouvoir la marque, développer les ventes, organisation des achats, encadrer le personnel, veiller à l’hygiène et représenter Touma lors des évènements, foire et les réunions de partenaires.
C’est à l’âge de 21 ans que mademoiselle Keïta s’est lancée dans l’entreprenariat en 2022. L’idée est venue à sa première année à l’université et au cours de ses recherches sur la production de la tomate au Mali. Elle apprend que le Mali est une zone de production par excellence de la tomate et 45 % de cette tomate est perdue à cause du manque d’industrie de transformation ou de conservation. C’est ainsi que l’idée de la création d’une entreprise de transformation agroalimentaire est née.
L’entreprise Touma produit de nos jours un bon nombre de produits alimentaires et condiments qui sont entre autres : la poudre de tomate Touma, les concentrés Touma, la purée de tomate Touma en plus de la poudre de gombo, de soumbala, de céleri et du piment.

Odile Dembélé



FEMME ET THÉÂTRE AU MALI
Monter sur scène, c’est refuser de se taire

« Quand une femme monte sur scène au Mali, elle ne joue pas seulement un rôle : elle défie le silence qu’on lui impose ». Dans la mouvance du 8 mars, Journée internationale de la femme, Mali Tribune met en avant l’implication des femmes dans le théâtre, le miroir de la société afin d’éduquer et de changer la face de la société.

Au Mali, le théâtre est un espace d’expression culturelle puissant. Pourtant, pour les femmes qui choisissent la scène, il représente bien plus qu’un art : c’est un engagement, parfois un combat. Entre admiration publique et jugements sociaux, la comédienne malienne navigue dans une réalité complexe où chaque rôle peut devenir une prise de position. Une passion confrontée aux normes sociales. Faire du théâtre en tant que femme au Mali n’est pas toujours perçu comme un choix ordinaire. Derrière les applaudissements, il existe des interrogations persistantes :
Pourquoi expose-t-elle son image ?
Pourquoi incarne-t-elle certains rôles ?
Pourquoi choisit-elle un métier jugé instable ou trop visible ? Dans une société où la discrétion féminine est souvent valorisée, la visibilité artistique peut déranger. La scène devient alors un espace où la femme affirme publiquement sa présence. Le poids du regard social. Lorsque la comédienne interprète une épouse respectueuse ou une mère courageuse, elle est facilement acceptée. Mais dès que le rôle aborde des thèmes sensibles —violences conjugales, mariage forcé, liberté féminine, divorce — le regard change.
La confusion entre le personnage et la personne persiste. Certaines actrices sont jugées dans leur vie privée pour des rôles qu’elles incarnent sur scène. Cette perception révèle un défi culturel encore présent : reconnaître le théâtre comme un art d’interprétation et non comme une extension de la vie personnelle. Le théâtre comme espace de résistance. Malgré les pressions, les femmes continuent d’occuper la scène. Le théâtre devient un outil de sensibilisation sociale. À travers leurs performances, elles dénoncent :
Les violences basées sur le genre
Les mariages précoces
Les inégalités d’accès à l’éducation
Les stéréotypes liés à la place de la femme
Sur scène, elles portent des réalités souvent tues dans l’espace public. Leurs voix artistiques devient une voix sociale. Une génération qui affirme sa place, une nouvelle génération de femmes maliennes revendique pleinement son droit à créer, interpréter et diriger. Elles ne demandent plus la permission d’exister dans l’espace culturel ; elles y prennent place avec professionnalisme et conviction. Être femme et faire du théâtre au Mali, aujourd’hui, c’est conjuguer passion artistique et responsabilité sociale. La femme comédienne malienne n’est pas seulement une interprète. Elle est actrice du changement. Chaque représentation est une affirmation : celle du droit à la parole, à la visibilité et à la liberté artistique. Si monter sur scène dérange encore certains, c’est peut-être parce que la scène féminine malienne est en train de transformer les mentalités.
Marie Madeleine Astou Touré : Une voix féminine affirmée du théâtre malien. Légende de l’image : Marie Madeleine Astou Touré : sur scène, elle incarne des personnages féminins forts et questionne les normes sociales au Mali. Comédienne malienne engagée, Marie Madeleine Astou Touré fait partie de ces femmes qui ont choisi la scène comme espace d’expression et de transformation sociale. À travers ses rôles, elle incarne des figures féminines fortes, complexes et profondément ancrées dans les réalités maliennes. Son jeu, à la fois sensible et puissant, aborde des thématiques sociales majeures : la condition féminine, les normes culturelles, les défis contemporains.
Nantenin Fadiga
(stagiaire)


MARIE MADELEINE ASTOU TOURE, COMEDIENNE
« je suis une observatrice du monde qui m’entoure »

Comédienne très connue dans le théâtre malien Marie Madeleine Astou Touré retrace dans l’interview qui suit sa compréhension du théâtre qui est pour elle une forme d’expression et d’affirmer de sa liberté.



Mali Tribune : Qu’est‑ce qui vous a poussée à faire du théâtre ?
Marie Madeleine Astou Touré : J’ai toujours senti que raconter des histoires pouvait faire réfléchir. Le théâtre m’a donné la liberté d’explorer des réalités sociales, de donner une voix à celles que l’on n’écoute pas assez. Je ne suis pas seulement comédienne : je suis une observatrice du monde qui m’entoure.

Mali Tribune : Avez‑vous déjà ressenti la pression de la société à cause de vos choix de rôles ?
M. M. A. T. : Oui, absolument. Certains pensent encore qu’une femme qui joue des rôles forts ou engagés est « trop audacieuse ». Mais je crois que c’est justement le sens du théâtre : montrer ce que la société a tendance à cacher ou à minimiser.

Mali Tribune : Quel message aimeriez‑vous transmettre aux jeunes femmes maliennes qui veulent faire du théâtre ?
M. M. A. T. : Je leur dirais : restez fidèles à votre vérité. Le théâtre n’est pas seulement une scène : c’est un outil pour questionner, pour transformer, pour inspirer. Quand une femme monte sur scène, elle ouvre une porte pour beaucoup d’autres.
Natenin Fadiga
(Stagiaire)



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