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Dépigmentation : Péril sur la beauté féminine
Publié le dimanche 15 mars 2026  |  Mali Tribune
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Quand la couleur de la peau devient une obsession, sa santé n’importe plus. Dans les rues de Bamako, comme sur les réseaux sociaux, la peau claire fascine, attire et s’impose parfois comme une norme de beauté. La dépigmentation gagne du terrain, malgré les nombreux risques sanitaires. Dermatologues, pharmaciens, utilisateurs et professionnels du commerce réagissent sur un phénomène qui interroge autant qu’il inquiète.

« Moi, je veux juste être plus belle, c’est tout ». Assise dans un salon de coiffure à Baco-Djicoroni, Aminata Sienta, 24 ans, raconte son expérience. « J’ai commencé à utiliser les produits éclaircissants à 19 ans. Au début, c’était juste pour unifier mon teint, mais petit à petit, je suis devenue plus claire. Franchement, je préfère ma peau maintenant. Surtout qu’avant, je recevais des critiques sur mon teint alors que beaucoup ignorent que dans mon ethnie, nous sommes naturellement de teint noir ».
Consciente des critiques, elle assume son choix : « Oui, je sais que ce n’est pas naturel. Mais dans notre société, on regarde les filles claires différemment. On dit qu’elles sont plus jolies, qu’elles trouvent vite du travail ou des hommes haut placés ou fortunés. Je ne veux pas souffrir à cause de ma couleur. Toutes mes amies ont des peaux claires et j’aime bien qu’on nous regarde toutes de la même manière », témoigne-t-elle.
« Je regrette aujourd’hui, mais le mal est fait ». À 35 ans, Oumar, un ancien utilisateur de produits éclaircissants, vit avec les conséquences de sa dépigmentation. « Je voulais juste avoir le teint un peu plus clair, comme les stars à la télé. Mais après quelques mois, ma peau a commencé à changer : boutons, taches noires, douleurs. Même après avoir arrêté, il y a des traces qui restent. Maintenant je me soigne, mais je regrette. Si je pouvais revenir en arrière, je ne toucherais jamais à ces produits. J’ai perdu la femme de ma vie car elle n’aimait pas que je m’éclaircisse la peau », affirme-t-il.

« Je ne fais que vendre »
Boubacar Diakité, vendeur de produits éclaircissants à Faladié, ne cache pas que ceux-ci constituent une bonne partie de son chiffre d’affaires. « Ici, les crèmes contenant de l’hydroquinone partent comme du petit pain. Les femmes viennent en masse, certaines savent exactement ce qu’elles cherchent ».
Il reconnaît les dangers mais relativise. « Les produits dangereux existent, mais on propose aussi des gammes douces. Après, c’est à chacune et chacun de choisir. Tant que les gens continueront à valoriser la peau claire, ce commerce ne va pas s’arrêter».
Dr. Mamadou Diarra, dermatologue spécialiste des maladies de la peau : « la dépigmentation que beaucoup appellent “Tchatcho au Mali”, est en réalité un processus chimique agressif destiné à réduire la concentration naturelle de mélanine dans la peau. Elle consiste à appliquer sur de larges surfaces corporelles des substances ; souvent sans aucune prescription médicale ; dans le but d’obtenir une peau plus claire, plus “uniforme”, selon les standards de beauté véhiculés par certains médias et réseaux sociaux. Malheureusement, cette pratique a un coût sanitaire très élevé. Sur le court terme, les produits utilisés peuvent provoquer des dermatoses infectieuses de types bactériennes, folliculites, ou mycosiques (infections par des champignons), dues à l’altération de la barrière cutanée. La peau devient fragile, perd sa capacité à se défendre, et les infections se multiplient. On observe aussi très souvent une acné cortico-induite, c’est-à-dire une forme d’acné causée par la présence de corticoïdes dans certains produits éclaircissants non contrôlés. Sur le moyen terme, les conséquences sont tout aussi alarmantes. Les personnes qui dépigmentent leur peau développent souvent des dyschromies cutanées, c’est-à-dire des anomalies de pigmentation. Le cas le plus grave que nous rencontrons en consultation est « l’ochronoseexogène » : une hyperpigmentation paradoxale, marquée par l’apparition de taches bleutées ou noirâtres, dues à l’accumulation de certains produits comme l’hydroquinone. Ce type de lésion est irréversible et difficile à traiter. Nous voyons également l’apparition de vergetures larges, profondes et violacées, dues à l’amincissement de la peau sous l’effet des corticoïdes. Mais les dangers ne s’arrêtent pas là. Sur le long terme, l’utilisation continue de ces produits peut entraîner de graves complications médicales. On recense des cas d’insuffisance surrénalienne, une maladie endocrinienne provoquée par l’absorption transcutanée des corticoïdes qui désorganise le fonctionnement hormonal naturel du corps. Cela peut entraîner une fatigue chronique, des problèmes de tension artérielle, voire une insuffisance rénale, surtout lorsqu’on associe plusieurs produits chimiques en même temps. Dans certains cas, le diabète induit par les corticostéroïdes est diagnostiqué chez des jeunes femmes n’ayant aucun antécédent familial. Tout cela pour un résultat esthétique qui n’est ni durable, ni sans risque. Ce que je trouve inquiétant en tant que spécialiste, c’est que beaucoup de ces produits sont achetés sur les marchés, dans des boutiques de cosmétiques ou encore via les réseaux sociaux, souvent sous forme de publicités trompeuses. On y promet une peau plus claire en “7 jours”, sans aucune mention des effets secondaires. Les consommatrices (et parfois les consommateurs) ne sont pas informées des risques encourus. Il est donc urgent d’éduquer, de sensibiliser, de prévenir. Mon conseil est clair. Il faut abandonner cette pratique dangereuse, qui détruit non seulement la peau, mais aussi la santé globale. La beauté ne devrait jamais être au détriment de la santé. Il faut surtout éviter de suivre les conseils de beauté diffusés sans vérification sur les réseaux sociaux. Ce qui fonctionne pour une personne peut être dangereux pour une autre. Je recommande à toutes les personnes soucieuses de leur peau de consulter un spécialiste, dermatologue ou pharmacien qualifié, avant d’appliquer tout produit cosmétique. La peau est un organe vital, elle mérite plus qu’un simple traitement esthétique improvisé ».
Mariam Diarra, pharmacienne dans à Hamdallaye, constate régulièrement des abus : « On vient souvent me demander des laits ou des sérums pour éclaircir rapidement. Mais les gens ne veulent pas lire les notices, ni respecter les posologies. Certaines clientes mélangent même plusieurs produits sans savoir ce qu’elles font».
Elle insiste sur le rôle de l’encadrement : « Le problème, c’est qu’en dehors des pharmacies, tout se vend sans contrôle. Il faudrait une vraie politique de régulation. »
Tiraillée entre l’envie d’un idéal de beauté et les conséquences parfois dramatiques sur la santé, la dépigmentation reste un phénomène préoccupant au Mali. Si certains la justifient comme un choix personnel, d’autres appellent à plus de régulation et de prévention.
Kadia Founé Fofana
(stagiaire)

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