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Pression minière à Kéniéba : les mutations foncières et sociales de Faléa
Publié le dimanche 15 mars 2026  |  Le Wagadu
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© aBamako.com par MS
Ville de Yanfolila
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Dans la commune rurale de Faléa, dans la région de Kayes, l’essor des activités aurifères modifie progressivement l’équilibre foncier et économique local.

Entre ventes de terres, orpaillage artisanal et présence d’opérateurs étrangers, cette zone du cercle de Kéniéba se trouve au cœur d’une pression minière croissante.


Située dans le cercle de Kéniéba, dans la région de Kayes, Faléa appartient à l’un des principaux bassins aurifères du Mali et de l’Afrique de l’Ouest. Cette zone frontalière avec la Guinée et le Sénégal concentre plusieurs projets miniers industriels et de nombreux sites d’orpaillage. L’or constitue aujourd’hui la principale richesse minérale du pays : le Mali produit en moyenne entre 65 et 70 tonnes d’or par an, et ce métal représente environ 76 à 80% des exportations nationales ainsi qu’une part importante des recettes publiques.

Dans ce contexte, certaines terres agricoles de Faléa font l’objet de transactions entre habitants et exploitants attirés par le potentiel aurifère du sous-sol. Selon les informations rapportées dans la presse, des parcelles sont cédées par des propriétaires locaux à des opérateurs impliqués dans l’exploitation artisanale de l’or. Les montants varient selon les superficies et la localisation des terrains, certaines transactions atteignant plusieurs millions de francs CFA.

Ces acquisitions concernent notamment des exploitants étrangers présents dans l’orpaillage, dont certains opérateurs venus d’Asie, en particulier de Chine. La présence d’acteurs extérieurs dans les zones aurifères du Mali s’inscrit dans une dynamique plus large observée dans plusieurs régions minières d’Afrique de l’Ouest, où l’exploitation artisanale attire des travailleurs et des investisseurs venus de différents pays.

Le développement de l’orpaillage artisanal constitue un facteur important de cette évolution. Au Mali, cette activité mobiliserait plus d’un million de personnes directement ou indirectement et s’exerce sur plusieurs centaines de sites répartis principalement dans les régions de Kayes, Sikasso, Koulikoro et Kangaba. La production artisanale est estimée entre 10 et 20 tonnes d’or par an, ce qui en fait un secteur économique significatif en dehors des mines industrielles.


La pression sur les terres s’explique aussi par l’importance stratégique du cercle de Kéniéba dans l’industrie aurifère malienne. Cette zone abrite plusieurs grandes mines industrielles, notamment Fekola, exploitée par la société canadienne B2Gold, ainsi que le complexe Loulo-Gounkoto exploité par Barrick Mining. Ces installations comptent parmi les plus grandes mines d’or d’Afrique et contribuent fortement à la production nationale.

Faléa est également connue pour avoir fait l’objet de projets d’exploration minière portant non seulement sur l’or, mais aussi sur d’autres ressources du sous-sol. Des études géologiques réalisées dans les années précédentes ont notamment mis en évidence la présence de minerais contenant de l’uranium ainsi que d’autres métaux, suscitant par le passé des débats au sein des communautés locales et parmi certaines organisations de la société civile.

La transformation progressive des terres agricoles en zones d’exploitation aurifère soulève plusieurs enjeux pour les populations rurales. Dans certaines localités, la réduction des surfaces cultivables peut affecter les activités agricoles qui constituent la principale source de subsistance des familles. L’arrivée de travailleurs venus d’autres régions ou de l’étranger modifie également l’organisation économique et sociale des villages.

L’exploitation artisanale de l’or peut par ailleurs entraîner des impacts environnementaux liés notamment à l’utilisation de produits chimiques comme le mercure, utilisé pour séparer l’or des autres matériaux. Dans plusieurs zones aurifères du Mali et de l’Afrique de l’Ouest, ces pratiques ont été associées à la dégradation des sols, à la pollution de l’eau et à la transformation des paysages.


Une évolution réglementaire depuis l’adoption d’un nouveau code minier en 2023

Dans plusieurs pays africains producteurs d’or, des dispositifs ont été mis en place pour encadrer ces activités. Au Ghana, l’orpaillage artisanal est soumis à un système de licences et à la délimitation de zones autorisées afin de mieux contrôler l’exploitation et de limiter les impacts environnementaux. Au Burkina Faso, les autorités ont également instauré un cadastre minier et des mécanismes d’encadrement des sites d’orpaillage.

Au Mali, le secteur minier fait l’objet d’une évolution réglementaire depuis l’adoption d’un nouveau code minier en 2023, qui prévoit notamment une participation plus importante de l’État dans les projets miniers ainsi qu’une implication intense d’investisseurs nationaux. Cette réforme vise à renforcer les retombées économiques du secteur pour le pays.

Dans ce contexte, la situation observée à Faléa illustre les transformations en cours dans certaines zones rurales du Mali où l’expansion des activités aurifères redéfinit progressivement l’usage des terres, l’organisation des économies locales et les perspectives de développement des territoires concernés.

Cheick B. CISSE

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