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300 tonnes d’or non déclaré : le Mali se dote d’un nouvel outil ciblant l’orpaillage
Publié le lundi 23 mars 2026  |  agence ecofin
Cérémonie
© aBamako.com par A S
Cérémonie d`Inauguration de la mine d`or de Kofi
Bamako, le 24 Avril 2015, a eu lieu la cérémonie d`inauguration de la mine d`or de Kofi
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Le Mali déclare chaque année une production artisanale d’or de 6 tonnes, là où la filière produirait au moins cinq fois plus. Comme dans d’autres pays de la sous-région, Bamako cherche des solutions pour augmenter la contribution économique d’un secteur aurifère dominé par les mines industrielles.

Au cours du Conseil des ministres du 18 mars, le gouvernement malien a acté la création de l’Office des Substances précieuses. Avec cette nouvelle structure, Bamako vise une meilleure maitrise des flux issus de l’exploitation artisanale et à petite échelle de l’or (ASM), une filière qui produirait annuellement au moins 30 tonnes d’or non déclaré aux autorités compétentes.

Chaque année, le gouvernement évalue la production d’or issue de l’orpaillage à 6 tonnes. Ce chiffre est en deçà de la réalité, si l’on en croit plusieurs estimations. Celle de l’organisation helvétique SWISSAID, issue d’un rapport de 2024, porte sur une production de 300 tonnes d’or ASM non déclaré pour une valeur de 13,5 milliards de dollars, entre 2012 et 2022. Ces écarts traduisent l’importance d’un secteur encore largement informel, caractérisé par la multiplicité des sites d’exploitation et la difficulté pour l’État d’assurer un suivi efficace des volumes produits et commercialisés.

Bamako reconnait d’ailleurs « des difficultés dans la maitrise des flux issus de l’orpaillage et des petites mines au regard des disparités entre les statistiques officielles au niveau national et les quantités reçues dans les pays de destination ». Les données de la plateforme onusienne COMTRADE citées dans le rapport mentionné plus haut confirment cette situation, puisque les Emirats arabes unis ont déclaré des importations d’or de 672 tonnes entre 2013 et 2022, là où les exportations d’or déclarées par le Mali vers ce pays s’élèvent à 37,7 tonnes sur la même période.

La création de l’Office malien des Substances précieuses apparaît ainsi comme une tentative de reprise en main d’un segment clé de la chaîne de valeur aurifère. Si des détails pratiques sur son fonctionnement ne sont pas encore disponibles, le gouvernement assure qu’il s’agit d’un instrument opérationnel qui devra veiller à la régulation, la centralisation et la sécurisation de la commercialisation des substances précieuses, dont l’or.

L’exemple du Burkina Faso

Le Mali n’est pas le premier pays de la sous-région à tenter de reprendre le contrôle de l’or ASM. Au Burkina Faso, les autorités ont mis en place un dispositif similaire à travers la Société nationale des substances précieuses (SONASP), avec des résultats visibles sur les volumes officiellement enregistrés. En 2025, la production nationale d’or a dépassé 94 tonnes, soit un bond de plus de 30 tonnes par rapport à l’année précédente. Cette progression s’explique en grande partie par une meilleure intégration du secteur artisanal qui a contribué à hauteur de 42 tonnes, contre une moyenne annuelle inférieure à 10 tonnes par le passé.

Pour y parvenir, Ouagadougou a confié à la SONASP la mission d’acheter directement l’or issu de l’exploitation artisanale et semi-mécanisée. La structure a progressivement déployé des comptoirs d’achat permettant de capter une production qui échappait jusque-là aux circuits officiels. Parallèlement, les autorités ont encouragé la formalisation des artisans à travers la création de coopératives, afin de faciliter leur intégration dans les circuits légaux de commercialisation.

Ce dispositif offre un aperçu de la méthode et des gains potentiels pour le Mali, dont le secteur aurifère représente 9,2 % du PIB et a généré 763 milliards FCFA (1,34 milliard USD) de recettes au profit du budget national en 2022, selon les données officielles.

L’augmentation de cette contribution économique dépendra toutefois de la capacité de l’État malien à exercer un contrôle effectif sur les sites d’orpaillage et sur les circuits de sortie du métal. Dans plusieurs zones, l’exploitation artisanale se développe dans un environnement marqué par l’insécurité et la présence de groupes armés, qui tirent parfois profit de cette activité.

L’intervention de l’armée sur le site d’orpaillage d’Intahaka en octobre 2025, près de Gao, pour y rétablir l’autorité de l’État, illustre les difficultés concrètes liées à la reprise en main de ces zones. Le contrôle des frontières apparaît également déterminant pour limiter les sorties informelles d’or vers les pays voisins. Au-delà de la traçabilité des flux, l’amélioration des conditions de travail constitue un autre défi, dans un secteur régulièrement marqué par des accidents, avec des effondrements de sites qui causent chaque année plusieurs dizaines de morts.

Emiliano Tossou

Édité par Wilfried ASSOGBA
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