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Évènements du 26 mars 1991 : Ce que le général Moussa Traoré a dit aux enquêteurs après sa chute (suite 3)
Publié le samedi 28 mars 2026  |  Aujourd`hui
Moussa
© AFP par FRANCOIS ROJON
Moussa Traoré
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Dans cette troisième partie de l'instruction de l'ex-président Moussa Traoré, nous abordons le volet des questions ayant porté sur l'aspect économique de sa gestion du pouvoir. Toujours convaincu de son innocence et de son amour pour la patrie, l'ancien homme fort du Mali se défend face aux enquêteurs.


Question
:
D'après certains constats, l'économie malienne, à partir de 1979, a souffert de beaucoup d'hémorragies et de laxisme. Vous avez été accusé d'être le fossoyeur de l'économie nationale, à en juger par la liquidation des sociétés et entreprises d'Etat ; certaines auraient été bradées à des proches ou à des amis. Qu'en répondez-vous ?

Réponse : Je connais bien la situation des sociétés et entreprises d'Etat pour avoir demandé aux pays amis de m'aider à leur restauration. De 1970 à 1972, j'ai tenu une réunion du Comité militaire de libération nationale et du gouvernement pour faire le point sur toutes les sociétés et entreprises d'Etat.

A partir de 1972, les sociétés et entreprises d'Etat ont été juridiquement créées et dotées d'un fonds de roulement. L'une des plus importantes, la Somiex, n'existait pas juridiquement et n'avait qu'un fonds de roulement de 100 millions de francs maliens. C'est ainsi que les sociétés et entreprises d'Etat ont fonctionné jusqu'en 1979-1980, période à laquelle la crise économique mondiale s'est accentuée. Elles ont connu des difficultés financières.

Le gouvernement et le BEC se sont réunis pour examiner, cas par cas, ces sociétés suivant les rapports des conseils d'administration. Nous avons soumis à la Banque mondiale l'assistance au secteur d'Etat, qui a fait réaliser une étude par un bureau, et nous avons convenu, BEC, gouvernement et UNTM, de la classification en trois catégories : les sociétés stratégiques à maintenir et à renforcer ; les sociétés dont le capital devait être ouvert ; les sociétés devant être transformées en coopératives ou vendues.


En dépit de ce programme de réforme, les sociétés sont tombées dans d'énormes difficultés financières et ont été déclassées ; c'est le cas d'Air Mali et de la Somiex. Tous les dossiers des sociétés et entreprises d'Etat se trouvent ficelés dans les archives. Quand on parle de société bradée, l'Ocinam, par exemple, dont la vente vient d'être annulée par le ministre des Finances qui m'a écrit pour information. L'acquéreur aussi m'a écrit pour dénoncer les termes de l'annulation, contraires à la convention. Je ne m'en suis jamais mêlé, du début à la fin.

S'agissant de la Socima, le constat a été fait, dès sa création, que les charges étaient supérieures à l'apport. A la suite de plusieurs tentatives vaines auprès des partenaires soviétiques pour la redynamisation, le gouvernement a décidé de créer une seconde cimenterie, projet qui n'a pas pu voir le jour malgré les engagements des partenaires. Au regard des difficultés de la Socima, le Fonds monétaire et la Banque mondiale ont demandé sa déclassification pour que les engagements du gouvernement soient honorés au 31 décembre 1990, d'où la vente de la société après appel d'offres.

A propos de la situation de la BDM, trois dossiers ont été constitués : le premier est l'étude réalisée par la Société de banque tunisienne, le deuxième par la Bcéao, le troisième par les experts maliens. Il a été prouvé par l'ancien ministre des Finances, l'ancien Premier ministre, le professeur Mamadou Dembélé, et l'ancien ministre de l'Emploi, Madame Diallo Lala Sy, que le directeur Ibrahim Bocar Bah n'avait pas de responsabilité directe dans l'affaire BDM.

La situation s'est dégradée avec les administrateurs provisoires français.


Il a cependant été constaté que le désastre à la BDM a commencé dès 1984, date à laquelle il y a eu une ruée d'individus de tout bord sur les fonds de la BDM à travers des crédits sans garantie fiable, sous la pression des autorités - a-t-on dit - dont votre propre intervention ou celle des membres de votre famille. Qu'en répondez-vous ?

Je n'ai pas de parents commerçants et je ne suis intervenu pour personne. Aucun membre de ma famille, au sens strict du terme, n'est intervenu pour qui que ce soit. Je ne réponds pas d'autres personnes.

En ce qui concerne cette affaire Ibrahim Bocar Bah et la BDM, j'ai adressé maintes correspondances au Premier ministre, au ministre des Finances et à celui de l'Emploi pour situer les responsabilités. Le résultat se trouve dans les explications données plus haut. Mieux, Ibrahim Bocar Bah lui-même m'a écrit pour me dire que si une seule responsabilité était retenue contre lui, il ne devait pas être un frein à l'application de la loi.

J'ai appris par Radio-Mali que j'aurais des fonds déposés à l'extérieur et que l'information provenait d'un responsable du CTSP. J'en suis indigné car, à ce niveau, c'est une diffamation grave de la part d'un responsable qui doit en répondre. Je vous garantis que si vous pouvez trouver un système par lequel quelqu'un peut s'engager à vérifier auprès des banques ces dépôts, alors venez me voir : je m'engagerai à l'application de ce système. Je suis convaincu que ledit responsable, s'il était à ma place, déposerait ses fonds à l'extérieur. Je n'ai rien à dire à propos de notre ex-ambassadeur à Paris.


Que savez-vous du projet sel gemme ?

Il y a plusieurs années, sans pouvoir vous préciser la date, j'ai reçu une demande d'audience de l'ingénieur Hamadoun Traoré, que je ne connaissais pas. Lors de notre rencontre, il a commencé par dire que le rêve d'un ingénieur est de faire des réalisations avant sa mise à la retraite ou sa mort. Il a poursuivi en disant qu'il aurait bientôt 40 ans et qu'avant sa retraite, il rêvait d'amener le sel de Taoudéni à tous les points du Mali.

Je l'ai mis en rapport avec le ministre Tiéblé N'Dao pour une solution heureuse du problème. Voyant que les choses n'avançaient pas, il a souhaité me voir une seconde fois pour expliquer ses difficultés. C'est alors que j'ai ordonné à la Sonarem et au ministère de la Défense de lui donner des véhicules pour aller faire ses études à Taoudéni, comme je me suis engagé à ce que le sel de Taoudéni soit un peu partout au Mali.

J'ai mis du temps à revoir Monsieur Traoré ; il a payé de sa poche la rédaction de ce rapport afin que nous puissions l'exploiter. Ce n'est qu'au moment où Idrissa Kéita est devenu ministre du Développement industriel qu'un service rattaché a été créé pour exploiter le sel gemme de Taoudéni. Devant la situation financière de l'Etat et l'application des programmes de réforme, ce service rattaché a été supprimé et Monsieur Traoré a demandé que ce projet soit un Epic.

Les Soviétiques, intéressés par l'exploitation du sel gemme et des matériaux connexes, ont envoyé une quantité nécessaire de sel de mer pour le vendre en vue de la réalisation du projet. C'est ce sel qui est arrivé fin 1990 et qui a causé des problèmes. J'ai ordonné à mon ministre des Finances de faciliter le stockage de ce sel, de faire ouvrir un compte à la BDM et d'y loger les fonds de contrepartie. Entre-temps, Monsieur Traoré est revenu me voir pour me dire qu'il avait des difficultés à vendre ce sel et qu'il s'agissait du sel provenant de Tchernobyl. Durant des années, les budgets votés pour ce service n'ont pas été payés.


Hamadoun m'a parlé des études faites par Texaco dans le bassin de Taoudéni et du fait que les Soviétiques étaient intéressés par les mêmes recherches. J'ai demandé au ministre de la BDM de rechercher cette étude ; aucune suite ne m'a été donnée. Hamadoun ne m'a jamais parlé des privés maliens impliqués et intéressés par cette affaire.

S'agissant du dépôt et du transfert de l'or de Syama par la Bank of Africa, les ministres des Finances et de l'Industrie concernés pourront vous donner les explications nécessaires.

J'ai des biens individuels et des biens en commun avec Madame. J'ai deux concessions à Kayes acquises avant le mariage de ma femme : la villa de l'Hippodrome, le verger, le champ, un terrain au bord du fleuve en commun avec Madame.

Pour la mise en valeur de notre champ commun, je n'ai jamais eu à utiliser les moyens de l'Etat. D'ailleurs, les frais engagés proviennent tous du président Houphouët.

Oui, le ministre Cheick Oumar Doumbia a fait des réparations sur la piste menant au champ. Je n'ai rien payé à cet effet et la piste était ouverte à l'usage public ; les populations de Baguinéda l'empruntaient. J'ignore quel a pu être le coût de ces réparations. Le ministre en question va vous édifier.

Connaissez-vous la société Afrique Avenir ?


Je n'ai aucun lien avec cette société.

J'ignore ce qu'est le fonds commun de placement Nation Fonds USA Canada N°.

Quelles sont les banques par lesquelles les fonds envoyés à vos enfants transitent et quels sont leurs correspondants à l'extérieur ?

Je ne connais que la BMCD.

Quel est le montant de la trousse annuelle de vos enfants ?

La famille envoie la somme de sept millions par enfant chaque année. Ces sommes proviennent des dons du président Houphouët et des revenus du champ.

J'ignore le procédé de transfert de ces fonds ; ce sont les aides de camp et les officiers adjoints aux aides de camp qui effectuent ces opérations. J'ignore aussi que mon fils Idrissa Traoré, dit Idi, ait plusieurs comptes dans des banques étrangères. Si tel est le cas, il y a lieu de chercher à savoir si ces comptes sont crédités et de demander des explications.

Tous mes biens sont déclarés sur les fiches que j'ai établies pour la commission d'enrichissement illicite. Je ne sais pas si ces fiches comportent des montres de grande valeur déposées dans ma chambre à coucher au palais de Koulouba.

Je ne me fais pas une idée de la valeur actualisée des réalisations dans le champ. J'ai demandé des pieds de bananiers au président Houphouët et il a entrepris un financement important pour la réalisation d'une ferme moderne.

Ne pensez-vous pas que c'est en votre qualité de chef de l'Etat, représentant la pauvre nation malienne, que le président Houphouët, à l'instar des autres chefs d'Etat, a fait preuve de tant de générosité ?

Vous conviendrez avec moi que ce n'est pas en tant que chef d'Etat que j'ai demandé des pieds de bananiers à Houphouët pour mon champ. C'était l'individu Moussa Traoré qui s'est adressé au planteur Houphouët.




Par Roger Sissoko

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