Sauvegarder ce qui reste…
Raison de notre fierté et socle de notre mémoire,
voilà de nouveau revenu le 26 Mars.
Ce fut il y a déjà, il y a seulement 35 ans, l’aurore
de l’espérance et l’aube d’un Mali innové et rénové,
arraché de haute lutte à l’infamie qui l’avait piétiné et
mis en coupe réglée.
Il y a 35 ans, en effet, le Général Moussa Traoré, et
sa camarilla avaient choisi de « tresser une couronne
de feu », « abattre l’enfer » sur la tête d’un peuple qui
ne revendiquait que liberté et dignité. Et il a tenu son
horrible promesse.
Les pertes sociales et économiques provoquées
par les événements qui ont conduit à la révolution du
26 Mars sont énormes.
Elles commencent avant la date de référence et
continuent longtemps après.
Le bilan est difficile à établir pour qui recherche une
analyse globale et raffinée de la situation.
Au lieu de combien de vies humaines perdues, il
faut plutôt rechercher combien d’années de vie perdues ?
Quant aux dégâts matériels, une analyse économique poussée permettrait de trouver, soit la valeur
comptable, soit la valeur vénale des biens au moment
des faits.
Un tel rapport, avec une précision mathématique,
est-il possible ?
Que non !
Il y a eu victoire le 26 Mars, parce que les Maliens
avaient une motivation commune, un but et des objectifs communs et formaient un groupe homogène et
cohérent dans la lutte pour le changement.
Cependant, 35 ans après, nombre de ceux qui
auront été (ou autoproclamés) acteurs du 26 Mars
1991 par leur indifférence, leur passivité, leur lassitude
et souvent leur lâcheté face la situation actuelle, ont
absolument déçu le peuple Malien.
Quant à la jeunesse, elle a oublié que ce sont
d’autres jeunes qui ont donné leur vie afin que s’instaure la démocratie dans notre pays. Elle s’est laissé
caresser dans le sens du poil par les démagogues et
les populistes qui la manipulent
Une occasion pour certains de pratiquer aujourd’hui la politique du « diviser pour régner ».
Malheureusement, certains jeunes « jouent le jeu »,
hypothéquant du même coup leur propre avenir.
Il y a donc impérativement une nouvelle prise de
conscience à opérer.
Dans la phase actuelle de l’évolution de notre pays,
les jeunes sont interpellés.
Il y a lieu pour eux, de méditer en ce 35ème anniversaire de Mars 91, non pas pour jouer au griot en
échange de billets de banque ou de maigres privilèges,
mais plutôt, de mieux mesurer l’ampleur de leur mission et s’atteler à relever les défis qui les interpellent.
Car ce sont eux, les véritables bâtisseurs de la Nation.
En ce 35ème anniversaire de la victoire du peuple,
chacun doit faire preuve de vigilance et contribuer à
sauvegarder ce qui reste de la démocratie acquise au
prix du feu, du sang et des larmes.
Nous sommes au cœur d’un processus complexe
qui, pour s’accomplir de manière harmonieuse, requiert
l’union de tous pour que les acquis démocratiques
indispensables à la paix, à la réconciliation nationale
soient préservés.
A cet effet, l’ensemble des Maliens doit se retrouver
autour d’un même idéal : bâtir (ou rebâtir) la démocratie arrachée au prix du sang, du feu et des larmes.
Il y a eu trop de sacrifices, trop de pertes en vies
humaines et en biens pour que le 26 Mars soit.
Il n’y a donc pas de raisons objectives pour que les
idéaux de cette date symbolique ne soient partagés,
soutenus et défendus jusqu’au bout par Tous !
Boubacar Sankaré