Sous l’égide du Premier ministre Abdoulaye Maïga, le Mali a commémoré, le jeudi 26 mars 2026, le 35ème anniversaire de l’avènement de la démocratie.
Cette date, gravée en lettres de sang et d’espoir dans le marbre de l’histoire contemporaine du pays, rappelle la chute du régime de Moussa Traoré en 1991.
Cependant, dans le contexte actuel du Mali Kura, cette célébration a revêtu une dimension particulière, marquée par la présence solennelle du Premier ministre, le Général de Division Abdoulaye Maïga, représentant le Chef de l’État. Loin d’être une simple réminiscence nostalgique, cette journée a été l’occasion pour les autorités de la Transition de lier le sacrifice des martyrs de 1991 aux défis sécuritaires et souverains de 2026.
La cérémonie officielle s’est déroulée au Monument des Martyrs, à Bamako, dans une atmosphère de recueillement et de dignité. Sous un soleil de plomb, mais devant une assistance composée de membres du gouvernement, du Conseil National de Transition (CNT), de représentants du corps diplomatique et des familles des victimes du 26 mars, le Premier ministre a déposé la traditionnelle gerbe de fleurs. Ce geste symbolique, au pied de l'édifice représentant la résistance populaire, a marqué le point de départ d’une série d’allocutions visant à réinterpréter l’héritage démocratique à l’aune de la transition actuelle.
Un discours de rupture et de continuité stratégique
Le Premier ministre Abdoulaye Maïga a prononcé un discours d'une intensité rare, oscillant entre l'hommage vibrant aux devanciers et la fermeté nécessaire à la conduite des affaires de l'État en période de crise. Son intervention a duré près de quarante-cinq minutes, structurée autour de trois axes majeurs : le respect de la mémoire, la souveraineté retrouvée et l'indispensable refondation de l'État. «Nous sommes ici pour honorer ceux qui, au prix de leur vie, ont ouvert les vannes de la liberté. Mais honorer le 26 mars en 2026, c’est refuser que ce sacrifice soit dévoyé par une démocratie de façade qui a failli nous coûter notre existence en tant que nation», a déclaré d’emblée le Premier ministre, installant ainsi le décor d'une relecture critique des trente dernières années.
Le Général Maïga a insisté sur le fait que la liberté acquise en 1991 n'a de sens que si elle s'accompagne d'une sécurité réelle et d'une dignité économique. Il a fustigé les dérives passées qui, sous couvert de pluralisme, ont laissé le pays s'enfoncer dans la corruption et l'insécurité. Pour lui, le 26 mars ne doit plus être seulement le symbole d'une chute, mais celui de l'éveil d'un peuple qui reprend en main son destin face aux ingérences extérieures.
La souveraineté au cœur du verbe
Dans une partie du discours particulièrement applaudie, le Premier ministre a évoqué les choix stratégiques du Mali, notamment le renforcement des capacités des Forces Armées Maliennes (FAMa) et la diversification des partenariats internationaux.
«Les martyrs de 1991 sont tombés pour que le Mali soit libre. Aujourd'hui, notre combat au Nord, à Kidal, à Ménaka, et partout sur le territoire, est le prolongement direct de cette quête de liberté. On ne peut prétendre être démocrate si l’on accepte que son pays soit sous tutelle ou que son territoire soit morcelé. La démocratie sans souveraineté n’est qu’une illusion confortable pour ceux qui nous dominent».
Il a poursuivi en adressant un message clair à la communauté internationale et aux partenaires du Mali, réaffirmant les trois principes qui guident désormais l'action publique malienne : le respect de la souveraineté du Mali, le respect des choix stratégiques et de partenaires opérés par le Mali, et la prise en compte des intérêts vitaux du peuple malien dans toutes les décisions. «Le 26 mars nous a appris à dire "Non" à l'oppression intérieure. La Transition nous apprend à dire "Non" à l'oppression extérieure. C'est cela, la véritable continuité de l'esprit de mars 1991».
Le 26 mars face aux défis du Mali Kura
Le Premier ministre a également abordé la question de l'école et de la jeunesse, faisant écho aux préoccupations actuelles sur le système éducatif. Il a souligné que les jeunes qui ont manifesté en 1991 voulaient une école performante, et que le Mali Kura se doit de leur offrir enfin cette éducation de qualité, adaptée aux métiers du futur. «Nous ne célébrons pas des cendres, mais nous entretenons un feu. Ce feu doit éclairer nos salles de classe, nos usines et nos champs. La refondation dont nous parlons n'est pas un slogan, c'est l'exigence de transformer chaque sacrifice passé en une brique pour l'avenir».
En évoquant les réformes institutionnelles en cours, Abdoulaye Maïga a rappelé que la nouvelle Constitution et les mécanismes de lutte contre la corruption sont les véritables héritiers de l'aspiration populaire du 26 mars. Il a appelé à une union sacrée derrière les autorités pour parachever le processus de transition, tout en garantissant que les erreurs du passé - notamment la politisation à outrance de l'administration et le pillage des ressources - ne se reproduiront plus.
Une journée de communion nationale
Au-delà du discours officiel, cette journée a été vécue comme un moment de respiration pour une population malienne résiliente. Dans les quartiers de Bamako, de Kayes à Gao, les débats ont animé les "grains" et les radios locales. Si le souvenir des événements de 1991 reste vif pour les anciens, la jeunesse, elle, s'approprie cette date sous l'angle de la fierté nationale retrouvée.
Le Premier ministre a conclu son intervention par un appel à la réconciliation nationale, mais une réconciliation basée sur la justice. «Que les larmes des mères de 1991 se transforment aujourd'hui en sourires d'espoir pour nos soldats au front.
Le Mali est un et indivisible. Le sang versé le 26 mars 1991 irrigue la terre sur laquelle nous bâtissons aujourd'hui le Mali de nos rêves, un Mali debout, fier et souverain. Vive le Mali, vive la République !». Cette célébration du 26 mars 2026 restera dans les mémoires comme celle où la parole politique a tenté de réconcilier l'idéal démocratique historique avec les impératifs de survie et de puissance d'une nation en pleine mutation.
Abdoulaye Maïga, par sa verve habituelle et sa stature de chef de gouvernement de transition, a su donner à cette fête légale une profondeur qui dépasse le simple calendrier pour en faire un acte de foi envers le futur.