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Les dérives du quotidien : Quand l’absentéisme s’installe dans l’administration publique
Publié le mardi 31 mars 2026  |  arc en ciel
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© aBamako.com par Momo
Monument de la Paix (Bamako)
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Arrivées tardives, absences prolongées, services désertés : dans plusieurs administrations maliennes, le relâchement des horaires de travail est devenu une norme inquiétante. Une situation qui pénalise lourdement les usagers.

Dans de nombreux services publics au Mali, une scène se répète avec une constance déconcertante : bureaux fermés en matinée, agents introuvables avant 11 heures, voire absents jusqu’en début d’après-midi ou ne viennent même pas avançant des arguments fallacieux. Une pratique devenue si banale qu’elle ne suscite presque plus d’indignation, comme si l’exception s’était muée en règle.


Pourtant, derrière cette désinvolture apparente, les conséquences sont lourdes. Car chaque heure de retard d’un agent public est une heure perdue pour des dizaines d’usagers. Des citoyens, parfois venus de loin, attendent des documents administratifs, des signatures, des décisions urgentes. Certains patientent des heures, d’autres repartent sans solution, contraints de revenir le lendemain avec les mêmes incertitudes.

Cet absentéisme chronique désorganise profondément le fonctionnement des services. Les dossiers s’accumulent, les délais s’allongent, et la qualité du service rendu se dégrade. Au finish, c’est la confiance des citoyens envers l’administration qui s’effrite. « Comment croire en l’efficacité de l’Etat lorsque ses propres agents ne respectent pas les horaires qui leurs ont été imposées? », s’interrogent des usagers en colère.

Terreau fertile pour la corruption

Plus grave encore, cette situation ouvre la porte à des pratiques douteuses. Face à l’urgence ou à la lassitude, certains usagers finissent par céder à la tentation de « faciliter » les choses par des moyens informels. L’absentéisme devient ainsi un terreau fertile pour la corruption ordinaire, où le service public se transforme en service conditionnel.

Ce laisser-aller interroge d’autant plus qu’il concerne parfois des cadres de l’administration, censés montrer l’exemple. Lorsque ceux qui dirigent arrivent après 11 heures ou ne se présentent qu’en coup de vent, quel message est envoyé aux autres agents ? L’indiscipline se propage alors par mimétisme, installant une culture de l’irresponsabilité difficile à éradiquer.


Dans un contexte où les autorités prônent la refondation et la rigueur, cette réalité fait tâche. Le renouveau ne peut être un slogan creux. Il doit se traduire dans les comportements quotidiens, à commencer par le respect des horaires de travail. Servir l’Etat implique des devoirs, et non des privilèges.

La réponse à cette dérive ne peut être la complaisance. Il devient impératif de rappeler à l’ordre les agents fautifs et, au besoin, d’engager des sanctions disciplinaires. L’impunité administrative ne fait qu’aggraver le mal. A l’inverse, une gestion rigoureuse des ressources humaines, fondée sur la ponctualité, l’assiduité et la performance, peut restaurer la crédibilité de l’administration.

Des mécanismes de contrôle existent, pointage, inspections, évaluations internes mais leur application reste souvent défaillante. Sans volonté politique forte, ces outils demeurent lettre morte. Or, il en va de l’image même de l’Etat.

Car au final, l’absentéisme dans la fonction publique n’est pas une simple question de discipline interne. C’est un problème de gouvernance. Un Etat qui tolère l’absence de ses agents se rend lui-même absent aux yeux de ses citoyens.


Amadou Sidibé
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