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Commémoration du 26 mars 1991 : Une mémoire amputée de ses acteurs
Publié le mardi 31 mars 2026  |  arc en ciel
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Le 26 mars au Mali ne se résume pas à une simple date du calendrier. Il incarne un tournant historique majeur, celui de la chute du régime autoritaire du général Moussa Traoré à l’issue d’un soulèvement populaire porté par des forces vives bien identifiées : partis politiques, syndicats, associations et mouvements estudiantins.
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Trente-cinq ans plus tard, la commémoration de cet événement fondateur de la démocratie malienne soulève une question de fond : peut-on célébrer le 26 mars sans ceux qui l’ont rendu possible ?


En effet, cette année encore, la cérémonie officielle s’est déroulée dans un contexte pour le moins paradoxal. Plusieurs acteurs historiques de la lutte démocratique sont aujourd’hui absents de la scène publique, non pas par choix, mais du fait de leur dissolution par les autorités de transition. Partis politiques, associations à caractère politique, ainsi que l’Association des Elèves et Etudiants du Mali (AEEM), ont été écartés du paysage institutionnel. Seule l’Union Nationale des Travailleurs du Mali (UNTM) subsiste encore dans cet espace restreint.

Pourtant, ces entités ont constitué, en 1991, le socle du mouvement populaire qui a conduit à la chute du régime. L’AEEM, notamment, avait joué un rôle déterminant à travers la mobilisation estudiantine, souvent au prix de lourds sacrifices. Les partis politiques, alors en gestation ou en clandestinité, et les organisations syndicales avaient convergé dans une dynamique de contestation inédite, donnant naissance à un véritable front social contre la dictature.

Dans ce contexte, la commémoration du 35e anniversaire a pris une tonalité singulière. Le Premier ministre, Abdoulaye Maiga a procédé au dépôt d’une gerbe de fleurs au Monument des Martyrs, un geste symbolique fort, mais qui, à lui seul, ne saurait combler l’absence des acteurs historiques. Parallèlement, une conférence-débat s’est tenue à la Pyramide du Souvenir. Là encore, le cadre et le thème rappellent l’importance du devoir de mémoire, mais l’absence de ceux qui ont vécu, porté et incarné cette lutte pose question.

Peut-on véritablement transmettre la mémoire d’un combat en excluant ses témoins directs ? Peut-on rendre hommage aux martyrs sans donner la parole à ceux qui ont partagé leur engagement, leurs espoirs et leurs sacrifices ?


Cette commémoration, vidée en partie de sa substance humaine, donne l’impression d’une mémoire institutionnalisée, voire encadrée, au détriment de sa dimension populaire et plurielle. Le 26 mars 1991 n’est pas seulement un souvenir d’Etat ; il est avant tout une conquête du peuple malien dans toute sa diversité.

A l’heure où le pays traverse une nouvelle phase de son histoire politique, la question de la mémoire devient éminemment politique. Se souvenir, oui. Mais se souvenir avec tous.

B.S.

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