Après un mois de suspension destiné à recueillir des compléments d’information, la Cour d’appel de Bamako a repris le procès Paramount–Embraer le lundi 23 mars 2026.
La chambre criminelle spécialisée en matière économique et financière avait adressé une convocation à la société sud-africaine Paramount, restée sans réponse. En revanche, le contrôle général des services publics, représenté par Badra Alou Coulibaly, a été longuement entendu.
Lors de son passage devant les juges, M. Coulibaly a déclaré que son service n’avait jamais eu connaissance des accords de crédits fournisseurs liés à l’affaire et qu’aucun audit n’avait été mené sur ces opérations. Cette audition, considérée comme un simple renseignement, a permis de clarifier le rôle du contrôle général dans ce dossier.
Le vendredi 27 mars, après quatre mois de débats parfois houleux entre magistrats, témoins et accusés, le président de la chambre, Samba Tamboura, a rendu son jugement.
Boubou Cissé (ancien Premier ministre et ministre des Finances), Tiéman Hubert Coulibaly (ex-ministre de la Défense et des Affaires étrangères), Mamadou Igor Diarra (ancien ministre des Finances), Babaly Bah (ex-directeur général de la BMS) et Mamadou Lamine Diakité ont été condamnés par contumace à 20 ans de réclusion criminelle pour faux, usage de faux et atteinte aux biens publics.
Tiéna Coulibaly, ancien ministre de la Défense et de la Justice, ainsi que plusieurs officiers supérieurs dont Souleymane Bamba, Mbemba Moussa Kéita, Moustapha Drabo, le colonel Abdoul Wahab Touré et Abou Berthé ont été condamnés à sept ans de réclusion criminelle. Aminata Doho, seule femme parmi les 18 accusés, a été condamnée à un an de prison assorti d’une amende de 5 millions de francs CFA.
Le général Mahamane Touré, ex-chef d’état-major général des Armées, ainsi que Mamadou N. Traoré, Nouhoum Dabitao, Mamourou Togo, Bougadary Bah, Mahamadou Koné et Aminata Doho (pour la complicité) ont été déclarés non coupables.
Sur le plan financier, la chambre a condamné les accusés au remboursement de 3,7 milliards de francs CFA jugés non justifiés sur les 11 milliards du marché, ainsi qu’au versement de 2 milliards F CFA chacun à titre de dommages et intérêts.
La défense, composée d’un aréopage d’avocats, a dénoncé un « véritable scandale », estimant que leurs clients payaient le prix de leur non proximité avec le régime en place. Les conseils ont annoncé leur intention de se pourvoir en cassation dans le délai légal d’un mois prévu par le nouveau code de procédure pénale.
L’ambiance dans la salle d’audience oscillait entre soulagement et tristesse. Les familles des acquittés ont exprimé leur joie, tandis que celles des condamnés n’ont pu retenir leurs larmes face aux lourdes peines prononcées.