Plus de 263 milliards de F CFA recouvrés, 19 cas de blanchiment, 26 dossiers d'atteintes aux biens publics et 4 affaires de corruption
Depuis son opérationnalisation en 2023, le Pôle national économique et financier (Pnef) dont le Procureur est Mohamedine Ag Houssa s'affirme comme l'un des principaux leviers judiciaires dans la lutte contre la corruption, la délinquance financière et les atteintes aux biens publics au Mali.
vec des centaines d'enquêtes ouvertes, des dizaines de jugements rendus et plus de 263 milliards de F CFA recouvrés en 2025, la structure affiche désormais un bilan chiffré qui illustre l'ampleur de son action.
Une juridiction créée pour centraliser la lutte contre la délinquance financière
Institué par la loi n°2021-051 du 29 septembre 2021, le Pôle national économique et financier est rattaché au Tribunal de grande instance de la Commune III du district de Bamako. Comme les autres juridictions spécialisées, il trouve son fondement dans le Code de procédure pénale, notamment à l'article 881 et suivants.
Après la mutation des magistrats entérinée par les décrets n°2023-0341/PT-RM et n°2023-0342/PT-RM du 8 juin 2023, le Pôle est devenu pleinement opérationnel, avec une compétence territoriale nationale et exclusive pour traiter les infractions économiques et financières listées par la loi.
Certaines exceptions demeurent toutefois : matières couvertes par le Code des douanes, le Code général des impôts, dossiers impliquant le président de la République, les ministres, les magistrats (instruction à la Cour suprême) ou encore les mineurs.
Une organisation structurée pour un traitement intensif des dossiers
La juridiction repose sur plusieurs entités spécialisées :
Parquet : un procureur de la République et cinq substituts.
Brigade d'investigations spécialisées : un chef de brigade et 60 enquêteurs issus de la police et de la gendarmerie (arrêté n°2024-1217/MJDH-SG du 10 mai 2024).
Siège : une présidente, trois juges au siège et dix juges d'instruction spécialisés.
Greffe : 16 agents.
Personnel d'appui : 19 agents de sécurité, un chauffeur, une assistante d'administration et un comptable-matière.
Assistants spécialisés : aucun.
Malgré un personnel limité, l'activité enregistrée est particulièrement dense. En 2025, la brigade a transmis 147 procès-verbaux au parquet, contre 103 l'année précédente, auxquels s'ajoutent 15 PV émis sur réquisition de juges d'instruction.
Au total, 404 enquêtes ont été ouvertes par le parquet jusqu'au 31 décembre 2025, sans compter une centaine supplémentaire depuis janvier 2026.
Des centaines d'enquêtes et des dossiers lourds
Pour renforcer ses investigations, la brigade a émis 181 actes de coopération et réquisitions, sollicitant régulièrement la Centif, l'Oclei, les domaines, les services fiscaux et d'autres entités spécialisées.
Les cabinets d'instruction ont été saisis de 127 dossiers. Ils ont clôturé 148 dossiers répartis comme suit :
- 30 ordonnances de transmission au parquet général et mises en accusation
- 66 ordonnances de renvoi en police correctionnelle
- 28 ordonnances de non-lieu
- 24 ordonnances diverses (refus d'informer, extinction de l'action publique, incompétence, etc.)
Dans ces dossiers, on dénombre notamment 19 cas de blanchiment, 26 dossiers d'atteintes aux biens publics et 4 affaires de corruption.
Un rythme judiciaire soutenu
La Chambre correctionnelle spécialisée a tenu 41 audiences au cours de l'année 2025, pour 108 dossiers enrôlés, contre 60 l'année précédente.
Elle a rendu 119 jugements en 2025, contre 69 en 2024. La quasi-totalité des jugements étaient rédigés à la fin de l'année.
Le taux de traitement des dossiers atteint 110,18 % en 2025, contre 115 % en 2024, en raison de l'augmentation massive des saisines.La Chambre criminelle, quant à elle, a siégé durant près d'un mois et demi en 2025, rendant deux jugements ADD sur six dossiers, avant de prononcer un autre jugement le 27 mars 2026.
Plus de 263 milliards de F CFA recouvrés
L'un des indicateurs les plus significatifs reste le montant des recouvrements réalisés grâce aux actions du Pôle : 263 756 783 667 F CFA ont été récupérés en 2025, directement ou indirectement. Une contribution majeure au Trésor public dans un contexte marqué par la lutte contre la délinquance financière.
Fidèle à sa mission de contrôle, le Pôle a également effectué trois visites de maisons d'arrêt et conduit plusieurs transports judiciaires (Sikasso, Bougouni, Kéniéba, Ségou, Koulikoro…)
Défis et perspectives
Malgré ces résultats, plusieurs défis persistent :
- Obtention d'un siège adapté aux besoins de la juridiction ;
- Renforcement du personnel, notamment au siège ;
- Spécialisation accrue des acteurs ;
- Relecture des textes relatifs à la médiation pénale, à l'organisation et au fonctionnement du Pôle ;
- Formation continue pour faire face à la complexité croissante des dossiers financiers.