Angus McKee, diplomate au ministère des Affaires étrangères britannique depuis 2000, a travaillé aux missions diplomatiques au Moyen Orient et en Afrique du Nord avant d’arriver au Mali en 2025. Dans l’entretien qui suit, cet écossais qui ouvre un nouveau chapitre de son parcours professionnel dans notre pays, revient sur les relations entre nos deux pays et les objectifs qu’il se fixe.
Mais on peut dire que le Royaume-Uni n’est pas très bien connu au Mali…
Angus McKee : Cela est peut-être le cas, que le Royaume-Uni – c’est-à-dire le Royaume-Uni de Grande Bretagne et d’Irlande du Nord – n’était pas aussi visible ici que certains autres pays, pourtant Royaume-Uni est un partenaire au Mali depuis 1960. Feu Modibo Keita, Président de la République du Mali, a même loué « l’esprit d’à-propos britannique », les maliens d’un certain âge se souviennent du don d’avions DC-3 … et pour revenir à nos jours – de nombreux exemples d’initiatives de soutien, des joueurs de football maliens dans le English Premier League …
Je tiens également à rappeler que le Royaume-Uni demeure un partenaire du Mali à travers son engagement dans plusieurs initiatives internationales et multilatérales. Fidèle aux valeurs des Nations-Unies, nous continuons de jouer un rôle majeur dans la coopération internationale, le multilatéralisme et les mécanismes de financement global, tout en restant un allié de longue date des institutions africaines. Cette contribution britannique est peut-être moins visible au Mali, mais elle n’en demeure pas moins essentielle et ne doit pas être sous-estimée.
Comment le Royaume-Uni définit-il son engagement actuel au Mali dans un contexte marqué par des crises multiples : sécuritaire, politique, humanitaire, climatique et sociale ?
Angus McKee : Ce que je dis toujours quand on me pose cette question, c’est que le Royaume-Uni partage la même vision que celle des peuples du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest : nous voulons voir cette région plus sécurisée, plus stable et prospère. C’est pourquoi le Royaume-Uni est très engagé dans la région ; au Sénégal, où le Royaume Uni est l’un des investisseurs étrangers le plus important dans le secteur d’énergie ; au Ghana et au Nigeria, où nous avons développé des partenariats bilatéraux modernes dans plusieurs domaines, dont le commerce et la sécurité; et également au Sahel.
Tous ces exemples contribuent à la nouvelle approche du Royaume-Uni en Afrique, une approche caractérisée par un nouveau type de partenariat, qui accorde une place centrale au leadership africain ; et qui est inclusif, respectueux et suffisamment solide pour surmonter les difficultés et les désaccords.
Au Mali le partenariat dans le domaine du développement date depuis des décennies, et sur le plan sécuritaire le Royaume-Uni a contribué aux opérations de maintien de la paix de la Minusma. Le Mali est maintenant dans une nouvelle ère, par conséquent le Royaume-Uni s’est adapté. Mais il existe un fil conducteur depuis 1960 : le Royaume-Uni soutient les institutions maliennes et le peuple malien dans leurs efforts pour relever les défis et construire un avenir meilleur.
Le soutien du Royaume-Uni aux efforts maliens se déroule sur trois axes: notre soutien pour le développement et l’assistance humanitaire ; renforcer des réponses durables aux défis sécuritaires ; et encourager l’inclusion.
Tout cela nécessite de notre part un partenariat véritable avec des institutions et de la société maliennes. Et il oblige également la coopération régionale et internationale, parce que les défis auxquels Mali font face – de la croissance économique durable à la résilience climatique, du terrorisme à l’accès à l’énergie – ne sont pas uniques au Mali, ils sont parmi les grands défis du 21e siècle pour nous tous.
Comment le Royaume-Uni contribue-t-il à renforcer les efforts maliens sur le développement et la résilience ?
Angus McKee : Commençons avec la situation humanitaire – le gouvernement et l’Onu au Mali ont récemment publié le Plan de réponse humanitaire pour 2026. Le Royaume-Uni est un grand contributeur des fonds humanitaires au Sahel, y compris au Mali … nous soutenons les efforts pour améliorer la réponse humanitaire, son accès aux plus vulnérables, et la protection. Ce sont évidemment les Maliens qui sont en première ligne, et à cet égard, je tiens à féliciter le gouvernement malien pour la qualité de son approche et de la coordination avec les partenaires internationaux et des ONG locales.
Par rapport au capital humain, il y a de nombreux exemples du soutien britannique – certains sont directs, d’autres par les biais des fonds multilatéraux auxquels le Royaume-Uni est un important contributeur, comme l’alliance du vaccin Gavi dans le secteur de santé, ou Global Partnership for Education. Je peux également ajouter des exemples du soutien à la résilience aux chocs climatiques et alimentaires : des programmes qui renforcent la capacité des communautés à anticiper, absorber et être résilients à ces chocs. Nous voulons que le Mali tire le maximum de bénéfices, d’impact, de ces initiatives.
En septembre 2025, nous avons eu un premier échange bilatéral sur la coopération au développement sous la présidence du ministère des affaires étrangères. Cet échange a confirmé que les efforts britanniques s’alignent aux axes de la nouvelle Stratégie Nationale et la Vision « Mali kura » 2063, et a également identifié des nouvelles possibilités futures. Le paradigme du développement est en train de changer dans le monde entier, et c’est à nous tous d’évoluer aussi.
Le Sahel est en première ligne de la crise climatique. Le Royaume-Uni est-il actif dans ce domaine ?
Angus McKee : La crise climatique reste un enjeu majeur qui nécessite les efforts internationaux. Le Premier ministre britannique était présent à la conférence « COP30 » au Brésil en novembre, et nous suivons de très près les préparations pour « COP31 » en Turquie en 2026.
Le gouvernement malien est également engagé, et j’en ai discuté récemment avec la Ministre de l’Environnement. Et il y a plusieurs exemples d’initiatives britanniques qui soutiennent l’élaboration des stratégies ou qui renforcent la résilience climatique au Mali, y compris le projet phare « Justice et Stabilité au Sahel » (JASS), qui améliore les dispositifs pour prévenir et gérer les conflits liés aux ressources naturelles.
Quel rôle le dialogue joue-t-il dans l’approche du Royaume-Uni pour la paix et la stabilité au Mali ?
Le Mali connaît des conflits depuis longtemps, y compris des menaces terroristes très préoccupantes. Il va de soi que la sécurité doit être la priorité absolue du gouvernement. Et de fait, le Royaume-Uni demeure actif à l’échelle mondiale et régional dans les efforts anti-terroristes. Ici au Mali, nous soutenons des actions maliennes qui renforcent ce que j’appelle la “sécurité durable”, c’est-à-dire l’implication des communautés, la coordination entre les efforts civils et militaires, le respect du droit international humanitaire et des droits humains, l’inclusion des femmes et des jeunes …
En parlant des droits humains, dès mon arrivée, j’ai tellement apprécié d’apprendre de la longue histoire des droits indigènes au Mali – notamment à travers la charte de Kurukanfuga et les manuscrits anciens. En ce sens, nous soutenons des initiatives qui font la promotion des droits humains à travers la vulgarisation des contenus des textes anciens tirés de l’histoire du Mali et qui véhiculent des messages de tolérance, de diversité, d’inclusion. Au Mali, ces droits sont la clé pour bâtir un meilleur avenir.
Nous savons que le Royaume-Uni a une bourse appelée Chevening, pouvez-vous nous en dire plus sur ce programme ?
Angus McKee : La bourse Chevening, un programme phare du gouvernement britannique, offre aux « leaders de demain » l’opportunité d’étudier dans les meilleures universités britanniques. Cette année seulement, six étudiants maliens poursuivent actuellement des études de master au Royaume-Uni, dans des domaines allant du développement à l’éducation, de la résolution des conflits/sécurité à la chaine de logistique internationale. L’appel à candidature pour l’année académique 2027-2028 sera lancé en août. Ceux qui suivent les réseaux sociaux de l’ambassade seront les premiers informés.
Mais la plupart des Maliens ne connaissent pas le Royaume-Uni…
Angus McKee : On peut dire que les liens entre nos deux peuples sont assez limités, mais ils ont toujours existé ! N’oublions pas qu’il y a d’excellents joueurs maliens dans les clubs de football anglais, et ce depuis que Frédéric Kanouté a rejoint West Ham il y a 25 ans. Les fans des clubs anglais chantent des noms comme « Doucouré » et « Traoré » sans hésitation … et de grands musiciens maliens attirent également des foules importantes au Royaume-Uni.
De plus, les Maliens manifestent un intérêt croissant pour l’apprentissage de l’anglais. L’ambassade n’assure pas d’enseignement, mais le site du British Council propose une vaste gamme de ressources gratuites en ligne : https://learnenglish.britishcouncil.org
Qu’en est-il de vous ? Aimez-vous la vie à Bamako ?
Angus McKee : Bamako est très différent de Londres, mais on y retrouve toute l’énergie d’une capitale nationale : une richesse culturelle vibrante et un véritable carrefour où se rencontrent des Maliens venus de toutes les régions. Ils s’y retrouvent non seulement pour échanger et commercer, mais aussi pour imaginer ensemble des solutions aux défis du pays. Ces derniers mois ont certes été éprouvants, mais je perçois toujours une forte détermination à construire un avenir meilleur. Je trouve cela très inspirant.
Et c’est précisément pour cette raison que l’ambassade britannique est présente ici. Le Royaume-Uni souhaite voir de nouveaux progrès au Mali. Et ma mission est de renforcer le partenariat entre le Royaume Uni et le Mali, en travaillant ensemble pour relever les défis du 21ᵉ siècle. Comme vous dites en bamanakan, « An k’an cesiri ! ».
Propos recueillis par
Sadya Touré
NB : Le titre est de la rédaction