Avec la montée des températures en saison sèche et la période de Ramadan, la glace s’impose comme un produit de première nécessité dans de nombreux quartiers de Bamako. Dans les zones confrontées à des coupures fréquentes d’électricité, elle devient indispensable au quotidien. Cette forte demande a favorisé l’essor d’un commerce particulièrement dynamique dans les camps militaires de la capitale.
Dans ces espaces, l’électricité, généralement non facturée, constitue un avantage considérable pour certaines familles. De nombreuses femmes se sont lancées dans la production de glaces alimentaires, utilisant plusieurs réfrigérateurs pour répondre à une demande croissante.
Cette facilité d’accès à l’énergie permet une production continue, contrairement à d’autres quartiers où les coupures d’électricité rendent difficile la conservation ou la fabrication de glace.
Malgré cet avantage, les prix pratiqués restent élevés, suscitant l’incompréhension de nombreux consommateurs. Alors que l’accès gratuit à l’électricité pourrait théoriquement permettre une réduction des coûts, la réalité du marché montre l’inverse.
Les autorités ont récemment annoncé des mesures d’interdiction ou de régulation de cette activité dans les camps militaires. Cependant, sur le terrain, ces dispositions peinent à être appliquées, et le commerce se poursuit sans véritable changement.
Le circuit de distribution repose en grande partie sur des revendeurs, souvent de jeunes entrepreneurs. Ceux-ci achètent généralement trois glaces entre 250 et 300 F CFA auprès des productrices, avant de les revendre à l’unité entre 100 et 150 F CFA, voire jusqu’à 200 F CFA en période de forte demande.
Ce mécanisme contribue à maintenir, voire à augmenter les prix, au détriment des consommateurs finaux.
Les délestages fréquents dans plusieurs quartiers de Bamako renforcent cette dynamique. Incapables de produire ou de stocker la glace, de nombreux habitants se tournent vers les camps militaires, accentuant ainsi la pression sur l’offre.
« Nous n’avons pas vraiment le choix. Même si les prix sont élevés, on est obligé d’acheter », témoigne une cliente, illustrant la dépendance des populations face à ce marché.
Entre production concentrée dans des zones spécifiques, dépendance des revendeurs, non-respect des mesures annoncées et inégalités d’accès à l’électricité, le commerce de la glace dans les camps militaires met en lumière les limites de la régulation du secteur informel.
Dans un contexte de forte chaleur et de besoins essentiels, cette activité, bien que lucrative pour certains, soulève des questions d’équité et de contrôle des prix.