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La crise énergétique plombe tout : Le Pr Tiémoko Traoré saura-t-il réinventer la roue ?
Publié le lundi 6 avril 2026  |  La Rédaction du Mali
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© aBamako.com par MS
Le ministre de l’Énergie Tiémoko Traoré en Visite à EDM-SA
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À peine installé à la tête du Département de l’Énergie et de l’Eau, le Pr Tiémoko Traoré a choisi d’aller au contact des réalités en se rendant à Énergie du Mali (EDM-SA). Une démarche saluée pour sa proximité et son pragmatisme apparent. Mais derrière les poignées de main, les discours volontaristes et les photos de famille, une question essentielle s’impose : quelle est réellement la marge de manœuvre du nouveau ministre face à une crise énergétique devenue systémique ? 

Au Mali, l’énergie n’est plus seulement un secteur en difficulté, elle est devenue une équation complexe mêlant déficits structurels, gouvernance fragile, dépendance extérieure et explosion de la demande. À cet égard, les propos du Directeur Général, le Commandant Madani Dravé, n’ont rien d’anodin. En évoquant les contraintes techniques, les besoins massifs en investissements et la pression croissante sur le réseau, il a dressé un tableau qui dépasse largement le cadre d’une simple gestion ministérielle. 

Le ministre Traoré, lui, affiche une volonté d’agir efficacement, et surtout, de trouver des solutions « locales ». Une posture ambitieuse, presque volontariste à l’extrême. En effet, peut-on réellement transformer un secteur aussi sinistré en s’appuyant uniquement sur le discours politique ? L’histoire récente invite à la prudence. Avant lui, le Premier ministre, le Général de Division Abdoulaye Maïga, avait lui aussi multiplié les visites à EDM-SA, ponctuées de déclarations fortes et d’engagements solennels. 

Pourtant, avec le recul, les résultats peinent à convaincre. Les délestages persistent, les coupures s’intensifient, et la grogne populaire ne faiblit pas. Mieux encore, cette crise actuelle ne peut être dissociée des séquences de gestion antérieures, parfois marquées par des décisions controversées. A cet égard, le passage de Bintou Camara à la tête du Département de l’Énergie et de l’Eau reste un épisode qui a suscité de vifs débats. Ses déclarations publiques évoquant des cas présumés de malversations et des accusations de vol au sein de la société avaient profondément secoué l’opinion et fragilisé davantage un climat interne déjà tendu. 

Toutefois, avec le recul, de nombreux observateurs estiment que ces annonces, largement médiatisées, n’ont pas produit les résultats structurels escomptés. Pire, certains acteurs du secteur considèrent que cette période a contribué à désorganiser davantage EDM-SA, dans un contexte où la confiance interne et la stabilité institutionnelle étaient essentielles. Dans cette lecture critique, les turbulences de cette époque auraient même marqué un tournant, après lequel les difficultés opérationnelles se sont accentuées de manière durable. 

Ces décalages entre annonces et réalités mettent en lumière une vérité dérangeante, à savoir que le problème énergétique malien ne relève pas uniquement d’un déficit de volonté politique, mais aussi d’une crise profondément enracinée, qui exige des réformes lourdes, des financements conséquents et une gouvernance rigoureuse sur le long terme. Dans ce contexte, la visite du ministre Traoré apparaît davantage comme un acte de continuité institutionnelle que comme une rupture stratégique. 

Certes, écouter les agents, valoriser leur engagement et reconnaître leur rôle de « soldats de l’ombre » est nécessaire, mais cela ne suffira pas à inverser la tendance. La véritable interrogation reste celle des leviers réels dont dispose le ministre. Peut-il restructurer en profondeur EDM-SA sans moyens financiers significatifs ? Peut-il stabiliser la production énergétique sans réduire la dépendance aux importations et aux centrales coûteuses ? Peut-il améliorer la distribution sans moderniser un réseau vieillissant ? 

Autant de défis qui dépassent le cadre d’une simple tournée de prise de contact. En réalité, le ministre Traoré hérite d’un secteur sous tension, où chaque décision est contrainte par des urgences multiples et des ressources limitées. Son volontarisme, aussi sincère soit-il, risque de se heurter rapidement aux pesanteurs administratives, aux contraintes budgétaires et aux réalités techniques. Dès lors, le véritable test ne sera pas dans les discours, ni dans les visites de terrain, mais dans la capacité à poser des actes concrets, mesurables et durables. 

Enfin, disons que le temps des déclarations est révolu. Les Maliens attendent de la lumière, au sens propre comme au figuré. Le défi pour le ministre Traoré, devra donc être d’éviter de rejoindre la longue liste de ceux qui auront promis beaucoup… sans jamais vraiment éclairer ! 
La Rédaction

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