Après le renoncement de plusieurs candidatures sérieuses et l'élimination de candidats de moindre envergure, un seul postulant, Baba Mahouzou Cissé reste en lice pour la présidence de la FEMAFOOT. Une élection à sens unique et qui semble jouée d'avance. Le décor est planté pour une passation de pouvoir ou une reconduction sous les ors de la "République du football", mais l’âme du combat, elle, a déserté les lieux. Alors que les regards du monde sportif auraient dû se tourner vers une confrontation d’idées et de projets pour sortir le ballon rond malien de l’ornière, la course à la présidence se transforme en une procession solitaire. Une élection sans opposition où le seul suspense réside désormais dans le taux de participation des délégués, et non dans le nom du vainqueur.
Comment en est-on arrivé à une telle situation, symptôme d’un malaise bien plus profond que la simple arithmétique des parrainages ? Le paysage électoral s’est vidé en deux temps, dessinant une pyramide inversée où le sommet demeure seul, privé d’assise.
D’abord, il y a eu le renoncement des «poids lourds». Ces candidatures sérieuses, portées par des figures familières du sérail ou par des acteurs économiques influents, ont jeté l’éponge avant même le combat décisif. Officiellement, on évoque des «raisons personnelles» ou la «préservation de l’unité». Officieusement, le milieu fermé du football malien bruisse d’alliances occultes et de pressions diverses pour imposer une candidature unique.
Ensuite, il y a eu le couperet réglementaire pour les candidatures de «faibles calibres», selon l’expression consacrée dans les couloirs de la fédération. Ces candidats, souvent issus de ligues régionales ou porteurs d’un discours de rupture radicale, se sont heurtés au mur infranchissable des critères d’éligibilité. Dossiers de parrainage invalidés pour un détail administratif, absence de casier judiciaire (B3) dans les délais, ou soutien trop épars de clubs fantômes… La commission électorale a fait le ménage avec une rigueur chirurgicale. Si la légalité des textes est indiscutable, l’esprit de l’élection, lui, en prend un coup. Le pluralisme s’est éteint dans les coulisses, bien avant l’ouverture du bureau de vote.
Se retrouver seul en piste n’est pas un triomphe, mais un aveu d’échec collectif pour une fédération censée représenter la passion de tout un peuple. Ce scrutin pose plusieurs questions gênantes. La légitimité sera-t-elle acquise malgré les urnes ?
Le vainqueur, quel qu’il soit, sera-t-il un président élu ou un président désigné par défaut ? Dans une culture démocratique saine, l’absence d’alternative est le signe d’un système sclérosé. Le futur patron de la Femafoot devra gouverner avec un mandat techniquement valide mais politiquement fragile, dépourvu du souffle d’une adhésion populaire conquise de haute lutte.
Lorsque les contre-pouvoirs potentiels sont éliminés avant le match, le risque de dérive est majeur. L’opposition interne étant neutralisée, le dialogue risque de se réduire à un monologue.
Quel est le message envoyé aux partenaires ?
La FIFA et la CAF observent. Si les instances internationales tolèrent mal les ingérences étatiques, elles n’apprécient guère plus les processus «trop propres» qui vident les élections de leur substance. Le Mali, déjà scruté pour ses résultats sportifs en dents de scie, offre ici une image de gouvernance frileuse, incapable de générer un débat contradictoire serein.
L’Assemblée Générale Élective se tiendra. Les délégués lèveront la main. Le procès-verbal sera signé. Le formalisme sera respecté, mais la magie du sport aura été assassinée en chemin.
Le football malien mérite mieux qu’un «walk-over» dans les bureaux feutrés de la fédération. Si les terrains se vident de spectateurs, c’est aussi parce que les instances se vident de leurs acteurs. Le futur exécutif aura la lourde tâche de reconstruire non seulement les Aigles, mais aussi la confiance d’une famille du football qui, aujourd’hui, a le sentiment de ne plus avoir le droit de choisir son destin.