À l’issue d’une conférence de presse conjointe avec son homologue marocain Nasser Bourita, le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a annoncé le retrait de la reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique (RASD). Accordée le 4 juillet 1980, cette reconnaissance aura duré quarante-six ans avant d’être officiellement révoquée. Pour le chef de la diplomatie malienne, le plan d’autonomie proposé par le Maroc constitue « la seule base sérieuse et crédible » pour résoudre le différend saharien. Il estime également qu’une « autonomie authentique sous souveraineté marocaine » représente la solution la plus réaliste. La décision s’inscrit dans une recomposition des alliances régionales et intervient sur instructions du roi Mohammed VI, dont l’émissaire était en visite à Bamako.
La question du Sahara occidental est l’un des plus anciens contentieux africains. Depuis le départ de l’Espagne en 1975, le territoire est disputé entre le Maroc et le Front Polisario, qui proclama la RASD en 1976. Les années suivantes furent marquées par des escarmouches armées, une guerre de positions et la construction par Rabat d’un « mur de sable » pour sécuriser les zones qu’il contrôle.
Dès les années 1980, le Conseil de sécurité des Nations unies a multiplié les résolutions appelant à un cessez-le-feu et à l’organisation d’un référendum d’autodétermination. Si l’accord de 1991 permit de suspendre les hostilités, le processus référendaire est resté bloqué par des divergences sur le corps électoral et les modalités de consultation. L’Onu continue de considérer le Sahara occidental comme un « territoire non autonome », mais les négociations piétinent depuis plus de trois décennies.
Face à l’impasse, Rabat a présenté en 2007 un plan d’autonomie élargie sous souveraineté marocaine. Soutenu par plusieurs chancelleries occidentales et africaines, ce projet est défendu par le Maroc comme une solution « réaliste et crédible ». Le Polisario, de son côté, continue de réclamer un référendum incluant l’option de l’indépendance. La fracture demeure, mais le plan marocain gagne du terrain diplomatique, notamment en Afrique où plusieurs États ont récemment retiré ou gelé leur reconnaissance de la RASD.
Depuis 1980, plus de 80 pays avaient reconnu la République arabe sahraouie démocratique. Mais au fil des années, une grande partie de ces États ont retiré ou suspendu leur reconnaissance, sous l’effet des pressions diplomatiques et du plan marocain d’autonomie. Aujourd’hui, environ 40 pays seulement maintiennent leur reconnaissance, ce qui signifie qu’une quarantaine d’États l’ont retirée.
En mettant fin à une reconnaissance vieille de quarante-six ans, Bamako envoie un signal fort. Le Mali, qui avait été parmi les premiers pays africains à reconnaître la RASD en 1980, rejoint désormais le camp des États qui appuient la position marocaine. Pour Abdoulaye Diop, cette décision reflète « la volonté de renforcer les relations stratégiques avec le Maroc » et de contribuer à une solution régionale « pragmatique et durable ».
La visite de Nasser Bourita à Bamako, sur instructions du roi Mohammed VI, illustre l’intensification de la diplomatie marocaine en Afrique de l’Ouest.
Dans un contexte marqué par les défis sécuritaires au Sahel et les recompositions institutionnelles, le rapprochement Mali-Maroc pourrait ouvrir de nouvelles perspectives de coopération économique et politique avec la tenue d’un comité mixte entre les deux pays en Juillet pour approfondir la coopération dans divers domaines.