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Agriculteurs et éleveurs à Gounzoureye : Quand le dialogue coutumier devient une solution durable
Publié le samedi 18 avril 2026  |  Mali Tribune
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Dans la Commune de Gounzoureye, région de Gao, la coexistence entre agriculteurs et éleveurs constitue à la fois une nécessité économique et un défi permanent. Dans cet espace sahélien, où les ressources naturelles sont limitées et fortement sollicitées, les tensions liées à l’usage des terres restent fréquentes. Pourtant, l’expérience vécue en 2015 montre qu’au-delà des conflits, des solutions locales efficaces existent.

L’incident qui aurait pu faire basculer la commune dans la violence est bien connu : un troupeau introduit dans un champ de riz en pleine croissance, des récoltes détruites, et une colère immédiate des exploitants agricoles. Ce type de situation, courant dans les zones agro-pastorales, met en lumière la pression croissante sur les terres cultivables et les pâturages. Mais à Gounzoureye, la gestion de cette crise a pris une autre direction.

Face à la montée des tensions, le chef de village, Soumana Diallo, n’a pas attendu l’intervention extérieure. Il a activé un mécanisme éprouvé : la médiation coutumière. En envoyant son griot auprès des deux parties, il a privilégié la parole, la mémoire collective et les valeurs de coexistence.

Cette première étape a permis de désamorcer l’urgence. Elle a surtout créé les conditions d’un dialogue structuré, en évitant l’escalade émotionnelle souvent à l’origine des affrontements.

La rencontre organisée par les autorités locales n’a pas seulement permis des excuses formelles des éleveurs. Elle a abouti à un accord concret, fondé sur des engagements réciproques : délimitation d’un espace de pâturage sécurisé pour les éleveurs ; interdiction stricte d’accès aux champs en période de culture ; fourniture de bourgou par les agriculteurs pour soutenir l’alimentation du bétail.

Ce compromis, adapté aux réalités locales, constitue une réponse pragmatique à un problème structurel. Il ne se limite pas à régler un différend ponctuel, mais pose les bases d’une gestion concertée des ressources.

L’intérêt de l’expérience de Gounzoureye réside dans son potentiel de réplication. Elle met en évidence plusieurs leviers de solution : La reconnaissance du rôle des autorités traditionnelles dans la régulation sociale ; l’importance du dialogue précoce pour éviter l’escalade ; la co-construction d’accords locaux, adaptés aux besoins des deux parties ; l’intégration de mécanismes de compensation mutuelle, renforçant la solidarité.

Dans un contexte où les conflits agro-pastoraux s’intensifient au Sahel, ces pratiques offrent des pistes concrètes pour les politiques publiques et les programmes de prévention.

À Gounzoureye, la crise de 2015 n’a pas seulement été contenue : elle a permis de renforcer les mécanismes locaux de gestion des conflits. En s’appuyant sur le dialogue et la responsabilité partagée, la communauté a transformé un incident en opportunité de consolidation du vivre-ensemble.

Cette expérience rappelle une réalité essentielle : dans les zones rurales sahéliennes, les solutions durables émergent souvent des communautés elles-mêmes. Encore faut-il les reconnaître, les documenter et les soutenir.



Ousmane Mahamane
Ce reportage est publié grâce au soutien de l’Ambassade du Royaume des Pays-Bas, à travers le Famoc, dans le cadre du projet, lutte contre les extrémismes à travers le journalisme de solutions
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