Face à une pression démographique croissante et à une urbanisation accélérée, le village de Safo engage une initiative communautaire d’envergure : l’acquisition de deux hectares de terrain destinés à la création d’un cimetière collectif, pour un coût estimé à plus de 50 millions de francs CFA.
L’annonce a été faite le dimanche 19 avril 2026 par la chefferie traditionnelle, lors d’une assemblée générale organisée au groupe scolaire de la localité. La rencontre, marquée par une forte mobilisation populaire, s’est tenue dans une atmosphère à la fois festive et solennelle, réunissant notabilités, leaders religieux et représentants de structures techniques locales.
Dans son allocution, le chef de village a justifié cette initiative par l’évolution rapide de la population et l’expansion désordonnée de l’habitat. « La nécessité d’un cimetière collectif s’impose aujourd’hui », a-t-il déclaré, soulignant que les sites existants à Noumouna, Sidoni, Bougoudakourani et Kôkô sont devenus insuffisants au regard des besoins actuels.
Cette situation, selon plusieurs intervenants, est le résultat d’une gestion foncière marquée par des morcellements et des ventes massives de terres agricoles transformées en parcelles d’habitation, sans anticipation d’espaces publics essentiels.
Un habitant, visiblement préoccupé, résume le malaise : « Nous avons vendu nos terres sans prévoir de réserve pour un cimetière digne. Aujourd’hui, nous faisons face aux conséquences de cette absence de planification. »
Pour concrétiser ce projet, la commission mise en place s’appuie sur une stratégie de financement participatif. Selon Nouhoum Traoré, membre de ladite commission, les jeunes de 20 ans et plus se sont engagés à cotiser chacun la somme de 5 000 F CFA. Une décision adoptée à l’unanimité lors de l’assemblée.
Dans un geste symbolique fort, la contribution a été initiée par le chef de village et ses conseillers, donnant ainsi le ton d’un engagement collectif.
L’essor démographique de Safo s’explique en grande partie par l’implantation récente d’infrastructures structurantes. Parmi celles-ci figurent le bitumage de l’axe reliant Bankoni Dialakorodji, Safo, Yélékébougou et Nossombougou, ainsi que le projet de champ solaire lancé en mai 2024 par les autorités de la transition.
Ces investissements ont entraîné une ruée vers le foncier, favorisant l’installation de nouveaux habitants et accélérant la transformation du paysage rural en zone périurbaine.
Au-delà de la question du cimetière, la situation de Safo met en lumière les limites de la gouvernance foncière locale, notamment en matière de planification des équipements collectifs. Elle pose avec acuité la problématique de l’équilibre entre développement urbain et préservation des espaces publics.
En décidant de prendre en main cette question sensible, les populations de Safo envoient un signal fort : celui d’une communauté consciente de ses défis et résolue à y apporter des réponses endogènes.