Accueil    MonKiosk.com    Sports    Business    News    Annonces    Femmes    Nécrologie    Publicité
NEWS
Comment

Accueil
News
Société
Article
Société

Dr. Abdoul Latif Aïdara, chercheur en géopolitique défend le choix du Mali :"Mali-Sahara : les raisons d’un tournant diplomatique assumé"
Publié le samedi 25 avril 2026  |  Aujourd`hui
Comment



"Un acte de maturité diplomatique"

Dans cet entretien, le Directeur général du Centre Africain d'Intelligence Stratégique pour la Paix (CISPAIX) et Coordinateur de la Coalition pour l'Autonomie au Sahara pour l'Afrique de l'Ouest, Dr. Abdoul Latif Aïdara analyse la décision du Mali de retirer sa reconnaissance de la RASD. Entre repositionnement diplomatique, enjeux sécuritaires et perspectives économiques, il défend un choix qu'il qualifie de "lucide" et inscrit dans une dynamique africaine en mutation. Suivez l'interview !


Aujourd'hui-Mali : Pourquoi le Mali a-t-il retiré sa reconnaissance de la RASD ?

Abdoul Latif Aïdara : Je vais vous le dire avec la sérénité de celui qui voit l'histoire avancer dans le bon sens. Le Mali a adopté une attitude réfléchie et responsable, après une analyse approfondie de ce dossier, qui a un impact certain sur la paix et la sécurité sous-régionales. Cette décision est courageuse et lucide. Certains veulent réduire ce geste à une transaction, à une faiblesse. Je refuse cette lecture réductrice.

Bamako a regardé la réalité en face : la RASD n'est pas un Etat ; elle n'a jamais exercé de souveraineté effective sur un territoire, et son existence artificielle, entretenue depuis Tindouf par Alger, n'a produit ni paix, ni développement ni dignité pour le peuple sahraoui. Le Mali, comme beaucoup d'autres pays, considère désormais le plan d'autonomie marocain comme "la seule base sérieuse et crédible" pour parvenir à une solution politique durable, estimant qu'une autonomie sous souveraineté marocaine constitue la solution la plus réaliste. C'est un acte de maturité diplomatique. Et en tant que coordonnateur de l'AUSACO, je salue le courage de Bamako d'avoir dit publiquement ce que beaucoup pensent en privé.

Comment cette décision s'inscrit-elle dans les relations du Mali avec le Maroc et l'Afrique ?

Cette décision s'inscrit, sans nul doute, dans une logique de solidarité africaine authentique, et non dans une solidarité idéologique héritée de la guerre froide. Il s'agit ici d'une solidarité fondée sur les intérêts concrets des peuples.


Le Maroc apporte un soutien logistique au Mali dans le domaine de la défense et de la formation des forces. Il a décidé d'augmenter à 300 le quota annuel de bourses d'études pour les étudiants maliens et de supprimer l'autorisation électronique de voyage pour les ressortissants maliens. Ce sont des actes concrets, tangibles, qui améliorent la vie des gens ordinaires.

Ce mouvement n'est pas isolé : ces dernières années, plus de 40 pays ont retiré ou suspendu leur reconnaissance de la RASD. Des pays comme le Kenya, le Ghana et le Burkina Faso ont manifesté leur soutien à la souveraineté du Maroc sur les provinces du Sud ; une trentaine ayant ouvert des consulats à Dakhla et Laâyoune.

L'Afrique réelle, celle des peuples, des échanges et des routes commerciales, se retrouve dans la vision de Sa Majesté Mohammed VI : une Afrique qui construit, qui coopère, qui regarde vers l'avenir plutôt que de ressasser des résolutions onusiennes des années 1970.

Quel impact sur la position du Mali au sein de l'Union africaine ?

Je comprends la question. Certains agitent ce spectre pour intimider les Etats africains qui rejoignent la dynamique marocaine. Mais regardons les faits.

Le Mali, avec le Niger et le Burkina Faso, a formé l'Alliance des Etats du Sahel, un pacte de défense mutuelle créé en septembre 2023 et transformé en Confédération en juillet 2024. Ces Etats ont démontré qu'ils sont capables de définir leurs propres priorités stratégiques, indépendamment des injonctions des organisations régionales.


Sur le fond, la question de la RASD au sein de l'Union africaine est elle-même contestée. Son admission en 1984 était une décision politiquement biaisée, instrumentalisée dans le contexte de la guerre froide en Afrique. Aujourd'hui, la réalité du terrain, le droit international et la résolution 2797 du Conseil de sécurité - qui consacre le plan d'autonomie marocain comme base principale de la solution politique - renforcent la légitimité de la position marocaine. L'Union africaine doit évoluer avec l'histoire. Elle ne peut rester prisonnière d'une décision vieille de quarante ans, prise dans un contexte géopolitique aujourd'hui révolu.

En quoi cette décision influence-t-elle le conflit et les négociations internationales ?

Cette décision vient accélérer une dynamique que rien ne peut plus inverser. Et je le dis avec conviction, pas avec arrogance.

En 2020, les Etats-Unis reconnaissent la souveraineté du Maroc sur le Sahara. L'Espagne, ancienne puissance coloniale, adopte une position similaire peu après, suivie en 2023 par la France. Ces trois puissances représentent des acteurs historiques et déterminants dans ce dossier.

La résolution 2797, adoptée fin octobre 2025 par le Conseil de sécurité, consacre le plan d'autonomie marocain comme base principale de la solution politique.

Le texte salue la proposition marocaine comme "crédible et réaliste" et exhorte l'ensemble des acteurs à saisir cette "occasion historique pour une paix durable".


La décision malienne renforce cette dynamique depuis le cœur de l'Afrique de l'Ouest. Elle envoie un signal fort : les Etats africains ne sont plus tenus par certaines lectures idéologiques de l'autodétermination. Le plan d'autonomie proposé par Sa Majesté Mohammed VI se présente comme une offre concrète, ancrée dans le droit international, pour une solution durable.

Quelles conséquences diplomatiques et économiques pour le Mali à court et long terme ?

Elles sont, à mes yeux, essentiellement positives. Permettez-moi d'en détailler les raisons.

Sur le plan économique immédiat : un partenariat de confiance

Le Maroc est déjà présent au Mali à travers ses banques et sa compagnie aérienne. Ce n'est pas une présence symbolique, mais une présence économique active. Avec ce nouveau climat de confiance politique, cette coopération pourrait s'intensifier : investissements dans les infrastructures, l'agroalimentaire, les télécommunications ou encore l'énergie.

Sur le plan sécuritaire, le Maroc dispose d'une expertise reconnue dans la lutte contre le terrorisme et la radicalisation. Pour un pays confronté à plusieurs fronts jihadistes, ce soutien est stratégique.

A moyen terme : l'Initiative Atlantique

L'Initiative Atlantique, portée par le Maroc, vise à offrir aux pays du Sahel un accès à l'océan Atlantique. Pour le Mali, pays enclavé, cela représenterait une transformation majeure : réduction des coûts logistiques, amélioration de la compétitivité et ouverture accrue aux marchés internationaux.


Sur le plan diplomatique : sortir de l'isolement

A la suite des crises politiques récentes, le Mali a vu ses marges diplomatiques se réduire. En s'inscrivant dans une dynamique soutenue par de nombreux Etats, il retrouve des leviers d'influence et des opportunités de coopération.

La prochaine session de la Commission mixte Mali-Maroc, prévue à Bamako avant fin 2026, témoigne de cette volonté de bâtir un partenariat durable.

A long terme : une vision de dignité

Le plan d'autonomie proposé par le Maroc vise à offrir au peuple sahraoui une capacité de gestion de ses affaires, dans un cadre institutionnel stable. La résolution 2797 du Conseil de sécurité appelle à saisir cette opportunité pour une paix durable.

Pour le Mali, soutenir cette orientation revient à privilégier la stabilité, le développement et une coopération régionale renforcée. C'est un choix assumé, que je défends pleinement.


Propos recueillis par El hadj A. B. HAIDARA



Commentaires