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International

Secrétariat général de l’ONU : Que retenir de la candidature de Macky Sall ?
Publié le lundi 27 avril 2026  |  L’aube
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Le passage de Macky Sall devant l’Assemblée générale des Nations unies, ce 22 avril 2026, a agi comme un puissant révélateur de l'impasse dans laquelle s'enfonce sa candidature. Si l’ancien président sénégalais a tenté de projeter l'image d'un «bâtisseur de ponts» doté d'une "expertise exécutive" incontestable, la réalité du terrain diplomatique a cruellement démenti cette ambition. Entre un passif politique encombrant et un isolement continental sans précédent, ce grand oral a résonné davantage comme un chant du cygne que comme un nouveau départ.


Le handicap le plus cinglant de cette audition réside dans l'aveu d'un candidat sans ancrage. Pour la première fois dans l'histoire récente de l'organisation, un prétendant sérieux au Secrétariat général doit admettre qu'il ne bénéficie pas du soutien officiel de son propre pays. Ce désaveu de Dakar, couplé au rejet formel de sa candidature par l'Union africaine sous la pression d'une vingtaine d'États, transforme son projet en une aventure solitaire. Porté administrativement par le seul Burundi, Macky Sall apparaît désormais comme un leader déconnecté de sa propre base.

Cette fragilité a éclaté au grand jour lors des échanges avec les délégations. Interrogé sur sa légitimité, Macky Sall a tenté une parade diplomatique : «J'ai le soutien de 41 États africains qui m'ont exprimé leur confiance à titre individuel. La charte n'exige pas un adoubement bureaucratique pour servir la paix mondiale. Mon expérience à la tête de l'Union africaine et de la CEDEAO parle pour moi. Je ne suis pas le candidat d'un gouvernement, mais un candidat pour l'Afrique et pour le monde». Pourtant, aux yeux des membres du Conseil de sécurité, un Secrétaire général incapable de faire l'unité chez lui est un risque politique majeur.

Le fardeau d’un héritage contesté

L’exercice de transparence imposé par l’ONU a également mis à nu les failles éthiques de son parcours. Interpellé par des représentants de la société civile sur les violences politiques ayant marqué la fin de son mandat au Sénégal, l’ancien président s’est montré particulièrement défensif. Questionné sur la réconciliation entre ses valeurs et les rapports de détention arbitraire, il a répondu fermement : «Un État a le devoir de se défendre face à l'insurrection et à la violence organisée. Ce que j'ai fait, c'est préserver la stabilité du Sénégal. La loi d'amnistie que j'ai initiée n'était pas pour masquer les faits, mais par une volonté suprême de préserver la cohésion nationale».

Cette défense de la «raison d’État» a laissé un malaise palpable. Face à des concurrents comme Rafael Grossi, perçu comme un technicien pragmatique, Macky Sall traîne un passif sécuritaire qui effraie les délégations attachées à l'intégrité de la Charte. Sa position sur les minorités a également cristallisé les clivages. À la question sur l'universalité des droits LGBTQ+, il a opposé une fin de non-recevoir culturelle : «Chaque société a ses réalités culturelles et religieuses que l'on doit respecter. Le Secrétaire général doit être le garant de la diversité des cultures, pas l'instrument d'une standardisation morale».


Une ambition perçue comme une quête de réhabilitation

Dans les couloirs du siège new-yorkais, la perception d'une candidature «revancharde» s'est installée. Son insistance sur son expérience exécutive semble masquer une volonté farouche de rester pertinent après avoir été poussé vers la sortie par l’alternance démocratique dans son pays. Même sa proposition concrète d'un Forum sur le financement du développement - «Il est temps de faire mieux avec moins, pour sortir de la logique de l'assistance» -] n'a pas suffi à effacer l'image d'un homme cherchant sa propre rédemption internationale.

L'analyse des probabilités de succès place désormais Rafael Grossi en tête avec 85%, favori naturel du P5 pour sa neutralité technique. Macky Sall suit avec 60%, une position de challenger solide mais plombée par son isolement. Rebeca Grynspan maintient 45% grâce à son expertise opérationnelle, tandis que Michelle Bachelet ferme la marche avec 20%, sa posture de voix morale se heurtant à l'hostilité frontale de Washington et de Moscou.

En conclusion, si Macky Sall a démontré qu'il possédait les codes de la diplomatie mondiale, son grand oral a surtout prouvé qu'on ne peut prétendre diriger le monde lorsque l'on est contesté chez soi et rejeté par ses pairs. Dans une ONU en quête de crédibilité, sa candidature ressemble désormais à un cri d'alerte sans lendemain, conclue par un vœu pieux qui semble lui-même le fuir : «Nous sommes à la croisée des chemins... L'union fait la force». Pour le dire avec clarté, ce "Non Possumus" est un vrai veto continental en somme. Pour ne pas dire un camouflet. Justice étant absente sur terre dans le pays de la Teranga, ce veto républicain indique en sou que sa candidature est rejetée non seulement parce qu'elle est impossible à accepter ("Non possumus" i.e. nous ne pouvons l'accepter), mais aussi parce qu'elle est jugée inappropriée ou indigne ("non decet" i e. elle ne convient pas). Un veto continental" unanime en puissance et par essence. Tellement son passif est lourd et sans quitus.

KML

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