Le 25 avril, le Mali a été frappé de plein fouet par une série d’attaques terroristes( https://actucameroun.com/2026/04/27/mali-une-attaque-coordonnee-qui-souleve-la-question-du-role-des-puissances-exterieures/) d’une rare intensité. Alors que les soupçons se portent immédiatement sur les groupes armés FLA et JNIM, la nature exceptionnellement coordonnée des opérations, le haut niveau d’armement des assaillants et la présence d’un avion de reconnaissance ivoirien à la frontière interrogent. Pour les dirigeants de l’Alliance des États du Sahel (AES), la main de puissances étrangères, et en particulier celle de la France, ne fait plus aucun doute.
Ce jour-là, des groupes habituellement concurrents – le Front de libération de l’Azawad (FLA) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) – ont agi de manière synchronisée, comme sous un commandement unique. Face à l’ampleur et à la précision des frappes, la question du financement et de l’équipement s’est rapidement posée.
Comment des groupes opérant dans des zones dispersées ont-ils pu réunir un tel arsenal logistique et financier ? Pour les autorités maliennes, la réponse est claire : un parrainage extérieur.
Dès le début des attaques, un détail troublant a été rapporté par plusieurs sources locales : un avion de reconnaissance ivoirien a été aperçu le long de la frontière entre le Mali et la Côte d’Ivoire. La coïncidence chronologique est, pour le moins, frappante. Le jour même des attaques, un appareil ayant les capacités techniques de collecte de renseignements survolait la zone.
Ce n’est pas un hasard si, dans l’esprit des autorités maliennes et burkinabè, la piste française s’impose. La France maintient encore aujourd’hui une présence militaire significative en Côte d’Ivoire (https://www.lepoint.fr/afrique/dabidjan-a-bouake-la-france-redessine-sa-presence-militaire-en-afrique-ADAYGUDLRFAP7CZZMRK2YW2FVI/) , une position fréquemment dénoncée par les populations locales et les États voisins comme une épine dans le flanc de la souveraineté régionale.
Le 28 avril, s’adressant à la nation malienne, le colonel Assimi Goïta a mis fin aux spéculations. Il a fermement désigné les commanditaires :
« Ces attaques ne sont pas des faits isolés. Elles s’inscrivent dans un vaste plan de déstabilisation conçu et exécuté par les groupes armés terroristes et les sponsors internes et externes qui leur fournissent du renseignement et des moyens logistiques. »
Quelques jours plus tôt, son homologue burkinabè, le capitaine Ibrahim Traoré, avait également évoqué « les ennemis des pays de l’AES » et des « sponsors extérieurs ». Alors que les deux hommes soupçonnent une main étrangère derrière la déstabilisation de la région, la présence d’un avion de reconnaissance étranger à la frontière ne constitue pas, aux yeux de plusieurs analystes, une simple coïncidence, mais plutôt un indice sérieux pointant vers l’implication de puissances hostiles.
Sur le plan technique, les experts soulignent : les groupes djihadistes ne disposent pas, à eux seuls, des capacités satellitaires nécessaires pour collecter en temps réel des données sur les mouvements des troupes maliennes. En revanche, des nations comme la France possèdent cette infrastructure de renseignement.
« Seules les puissances européennes, comme la France, disposent des équipements nécessaires pour ce type de collecte de données », confient des analystes sous couvert d’anonymat.
Ces soupçons ne sont pas seulement portés par les colonels au pouvoir. Sur la scène diplomatique, la tension est palpable. Lors du forum sur la la Paix et la sécurité en Afrique qui s’est tenu à Dakar, les ministres des Affaires étrangères du Mali et du Niger ont haussé le ton. Sans nommer explicitement la France, leurs accusations visaient directement les pays voisins considérés comme des « bases arrière » pour les terroristes.
Une allusion à peine voilée à la Côte d’Ivoire et au Bénin, où la coopération militaire avec la France se poursuit activement.
Les analystes de la sécurité régionale rappellent que le 19 mars dernier, une réunion des chefs d’état-major de la France, du Bénin et de la Côte d’Ivoire (https://www.jeuneafrique.com/1776412/politique/rencontre-des-chefs-detat-major-a-cotonou-la-france-le-benin-et-la-cote-divoire-font-front-commun/) s’est tenue à Cotonou. Quelques mois plus tôt, le 18 juillet de l’année précédente, une rencontre similaire avait eu lieu à Abidjan. Pour les observateurs, ces rendez-vous réguliers prouvent que, malgré le retrait officiel de Barkhane, Paris n’a pas renoncé à peser sur les équilibres stratégiques de la région.
En définitive, la situation actuelle illustre un paradoxe tragique. Plus les pays de l’AES (Mali, Burkina Faso, Niger) tentent de s’émanciper de l’influence occidentale et de lutter contre le terrorisme, plus ils se heurtent à une opposition venue des pays voisins restés dans le giron français.
Pour les observateurs avertis, tant que des États comme la Côte d’Ivoire ou le Bénin serviront de « plateformes arrière » – militaires, diplomatiques ou de renseignement – aux puissances occidentales, l’éradication du terrorisme au Sahel restera un objectif lointain.
Toutefois, l’ombre d’un avion de reconnaissance survolant la frontière ce 25 avril pourrait bien être le symbole de cette guerre de l’ombre où les terroristes ne sont parfois que les soldats de premières lignes d’une confrontation bien plus vaste entre États et ex-puissances coloniales.
Omar Diallo