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3 MAI 2026 : La presse malienne célèbre sa Journée mondiale dans le deuil et le souvenir
Publié le vendredi 1 mai 2026  |  Aujourd`hui
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© aBamako.com par FS
La Maison de presse du Mali
La Maison de la presse du Mali
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Entre hommages, recueillement et appel à préserver l'héritage des anciens

Le 3 mai, date consacrée à la Journée mondiale de la liberté de la presse, est habituellement un moment de célébration, de réflexion et de mobilisation pour la défense du journalisme libre et responsable. Instituée en 1993 par l'Assemblée générale des Nations Unies, à la suite de la Déclaration de Windhoek de 1991 en Namibie, cette journée rappelle l'importance d'une presse indépendante, pluraliste et protégée. Mais au Mali, l'édition 2026 se tiendra dans une atmosphère lourde de tristesse. Depuis le début de l'année, plusieurs figures majeures du paysage médiatique national ont disparu, plongeant la corporation dans une profonde douleur. Entre février et avril, le pays a perdu Ousmane Maïga dit Pelé, Yacouba Doumbia, Diaby Makoro Camara, Mahamane Hameye Cissé, Oumar Diabaté dit Barou Kolontigui et Mamadou Diadié Sacko dit Sa Majesté le Grand Saxe.


Jamais, depuis plusieurs années, la presse malienne n'avait été frappée avec une telle brutalité. Une année noire pour les médias maliens. Alors que cette journée vise aussi à honorer les journalistes disparus ou victimes dans l'exercice de leur métier, le Mali se présente au rendez-vous du 3 mai avec un lourd tribut humain. En quelques semaines seulement, plusieurs icônes du journalisme, de la radio, de la télévision publique et de la presse privée se sont éteintes. Le mois d'avril, en particulier, restera gravé comme l'un des plus sombres de l'histoire récente des médias maliens.

Ousmane Maïga dit Pelé : la sagesse et la rigueur s'en vont

Décédé le 15 février 2026 à l'âge de 73 ans, l'ancien directeur général de l'Agence malienne de presse et de publicité (Amap), Ousmane Maïga dit Pelé, laisse l'image d'un journaliste complet, respecté pour sa plume, sa discipline et son sens de la transmission.

Ancien responsable de L'Essor, ancien président de l'Union nationale des journalistes du Mali (Unajom), titulaire d'une licence de journalisme obtenue en Roumanie, il cumulait plus de quarante ans de carrière.

Lors de ses obsèques à Faladié, une foule nombreuse lui a rendu un dernier hommage. L'ancien ministre Gaoussou Drabo a salué "un excellent professionnel et une bonne personne".

Bréhima Touré, très ému, déclarait : "L'Essor vient de perdre définitivement «Essor 3» (le nom de la machine sur laquelle il corrigeait les articles). C'était aussi un des filtres par lesquels passent les articles de la rédaction", a-t-il précisé, avant de reconnaître que Pelé était un véritable modèle dans la pratique du journalisme.


Pendant des années, il a tenu son rang au sein de la rédaction de L'Essor, auprès des frères Drabo (Gaoussou et Souleymane).

Pour Doussou Djiré, il restera : "Une véritable figure paternelle qui savait écouter, soutenir et accompagner. Son rire, son optimisme et sa sagesse nous manqueront terriblement. Il laisse un vide immense, mais ses valeurs d'humilité, de partage et de respect continueront de nous guider".

Bandé Moussa Sissoko, ancien collaborateur, résume : "Pelé a marqué les gens de ma génération à travers son humanisme et ses conseils".

Ce grand journaliste était, pour certains, une référence, une inspiration et un guide ; pour d'autres, un conseiller. Ousmane Maïga dit Pelé a été nommé directeur général de l'Amap en mars 2014, avant de faire valoir ses droits à la retraite en 2015. Cet ancien de l'Amap jouissait d'une solide réputation de grand professionnel et de travailleur consciencieux dans le monde des médias. Il avait accumulé une quarantaine d'années de pratique journalistique, soit une riche moisson d'expériences dans le domaine.

Au sein de l'Amap, il a occupé plusieurs fonctions : directeur de la rédaction du quotidien national L'Essor depuis février 2013 ; auparavant rédacteur en chef adjoint de 1998 à 2013, puis chef de division de la presse quotidienne (1986-1998). Journaliste-réalisateur, il a effectué de nombreux reportages dans divers domaines : sport, culture, société et économie.


Celui qu'on appelait affectueusement Pelé a également été secrétaire de rédaction et maquettiste au quotidien national L'Essor. Ousmane Mahalmoudou Maïga a aussi eu la lourde tâche de superviser les quatre directions techniques de l'Amap : le quotidien national (L'Essor), l'Agence de presse, les correspondants, la publicité et la presse communautaire (publications en langues nationales). Un défi qu'il a su relever avec l'adhésion de ses collaborateurs et de la presse nationale.

Ancien professeur de philosophie au lycée des Jeunes filles de Bamako, il a beaucoup servi les associations de presse. Il fut trésorier général et membre du comité de pilotage de la Maison de la presse, d'abord en tant que représentant de l'Unajom, puis de l'Amap. Il fut également président de l'Unajom de 1992 à 2003.

Il était titulaire d'une licence en journalisme obtenue à l'Académie ?tefan Gheorghiu de Bucarest (Roumanie), après une maîtrise en philosophie à l'Ecole normale supérieure de Bamako (EN Sup). Il avait aussi effectué un stage de perfectionnement au Centre de formation des pratiques journalistiques de Paris, ainsi que plusieurs voyages d'études, notamment en Chine et aux Etats-Unis.

Après sa retraite, il a mis ses compétences au service de la communication du Haut conseil des collectivités.

Homme affable, taquin et ouvert d'esprit, il aimait échanger avec les jeunes journalistes et leur apporter son éclairage.


Yacouba Doumbia : une mémoire de l'audiovisuel public

Le 3 avril 2026, disparaissait Yacouba Doumbia, ancien directeur de la Télévision nationale de l'ORTM et ancien directeur de la communication du CSLP.

Professionnel reconnu, il fut l'un des artisans du rayonnement de la télévision publique malienne. Sa disparition a suscité une vive émotion parmi les anciens de l'ORTM et les professionnels des médias.

Originaire de Diè, dans l'actuelle Commune rurale de Zantiébougou, il laisse le souvenir d'un homme de rigueur et de loyauté envers le service public.

Diaby Makoro Camara : une pionnière et une femme de combat

Trois jours plus tard, le 6 avril, la presse malienne perdait Diaby Makoro Camara, directrice de publication du journal Kabako, promotrice de Mousso TV et de Radio Oxygène, fondatrice du journal Wassa et de l'imprimerie Hippo.

Sa disparition a provoqué une onde de choc dans la corporation. La Maison de la presse a évoqué "une immense perte pour le monde des médias".

Dans un hommage poignant, Kassim Traoré écrivait : "De journaliste reporter à directrice de la publication du célèbre journal de faits divers Kabako, aux côtés du regretté Oumar Bouaré, elle avait su s'imposer par son courage et son professionnalisme.


Femme d'action et entrepreneure, elle avait également fondé sa propre imprimerie, mettant son outil de travail au service de ses confrères". Il souligne aussi son engagement constant pour la profession et la liberté de la presse.

Nouhoum Togo a salué : "Une femme de valeur, une référence, une voix forte de la presse malienne".

Le ministère de la Culture, ainsi que de nombreuses organisations professionnelles, ont présenté leurs condoléances.

Mahamane Hameye Cissé : le dard de la presse privée s'est tu

Le 9 avril 2026, le Mali apprenait le décès de Mahamane Hameye Cissé, fondateur du journal satirique Le Scorpion. Figure emblématique de la presse privée, il fut l'un des bâtisseurs du journalisme indépendant malien depuis les années 1990.

L'Association des éditeurs de presse privée (Assep) a salué "un homme de conviction, dévoué à la cause de la corporation".

Dr. Sidiki N'Fa Konaté lui rendait hommage : "Pas un pas sans Hamèye".

Son ami Chérif Moumina Sy, ancien président du CNT burkinabè, a évoqué un compagnon de lutte pour une presse libre et audacieuse en Afrique de l'Ouest.


Jusqu'à ses derniers jours, il restait actif, notamment comme président du comité scientifique du Forum panafricain des médias prévu à Bamako.

Oumar Diabaté dit Barou Kolontigui : la voix de Mopti s'est éteinte

Le 18 avril 2026, la région de Mopti perdait l'un de ses journalistes les plus engagés : Oumar Diabaté dit Barou Kolontigui, directeur de Radio Jamana et président de l'Union des radios et télévisions libres du Mali (Urtel) pour la région de Mopti.

Quelques heures avant sa mort, il préparait encore son émission citoyenne : "Ce n'est pas normal". La Maison de la presse écrivait : "La disparition de cette grande figure de la radio de proximité constitue une perte énorme pour l'ensemble des médias maliens". Fané Média rapportait des funérailles marquées par une forte mobilisation populaire à Sévaré et Mopti.

Mamadou Diadié Sacko dit Sa Majesté le Grand Saxe dépose le micro

Mamadou Diadié Sacko, plus connu sous le nom de Sa Majesté le Grand Saxe, s'est éteint le jeudi 23 avril 2026 à Bamako, laissant derrière lui une immense tristesse dans la presse, la culture et au sein de tous ceux qui ont croisé son chemin.

Dans un communiqué officiel, la Maison de la Presse a annoncé avec affliction le rappel à Dieu de celui qui fut promoteur de la radio RFM Bamako (Radio Futur Média) et de la chaîne Tropic TV. Le Comité de pilotage, par la voix de son président El Hadj Bandiougou Dante, a présenté ses condoléances les plus attristées à la famille du défunt, saluant la mémoire d'un homme passionnément engagé pour la presse malienne.

Le Grand Saxe n'était pas un simple animateur. Il était une présence, une voix, une personnalité hors norme. Grand artisan de la radio "Guintan", promoteur de médias influents et figure populaire, il a marqué l'histoire des ondes maliennes par son style inimitable, son sens du verbe et sa proximité avec les auditeurs.

Charismatique, chaleureux et profondément attaché à la culture, il maniait le micro avec élégance et naturel. Pour beaucoup, il incarnait une époque où la radio savait informer, rassembler et faire vibrer les consciences.

L'émotion est vive chez ses proches, amis et confrères. Lassana Sidibé, compagnon de jeunesse, lui rend un hommage poignant : "Le micro s'est tu, la légende deme ure. Il est des voix qui ne se contentent pas de parler, mais qui habitent l'espace. Celle de Sa Majesté le Grand Saxe était de celles-là."

Il rappelle leur complicité née sur les bancs du lycée LDKK, où déjà se dessinaient le charisme et la verve de celui qui allait conquérir les médias.

"Tu as déposé le micro, mais la fréquence de ton amitié restera à jamais branchée dans nos cœurs." Modibo Fofana évoque, lui, les souvenirs chaleureux partagés à la Maison de la Presse : "Tu as profondément cru en ce métier, qui était bien plus qu'une profession : une véritable passion. Et jamais tu ne t'es laissé intimider."

Kayes pleure son fils prodige

Originaire de Kayes, le Grand Saxe laisse également une profonde douleur dans sa ville natale. La cité des rails perd un de ses fils les plus emblématiques, un homme qui portait haut l'image de sa terre et de ses valeurs.

Pour beaucoup, sa disparition dépasse le cadre familial ou professionnel : c'est toute une ville, tout un peuple et toute une génération qui perdent un repère.

Le destin a voulu que son départ survienne à quelques heures de l'arrivée annoncée de la star sénégalaise Youssou N'Dour à Bamako pour le Grand Bal. Une coïncidence douloureuse, tant les deux hommes entretenaient des liens d'amitié solides.

Mohamed Dagnoko rappelle cette relation particulière : "Sax et Youssou, c'est une longue histoire. Sa radio RFM rappelait la radio RFM de Youssou N'Dour. Malgré son état de santé, il n'aurait certainement pas manqué le bal de son frère."

Ceux qui l'ont connu se souviennent aussi d'un homme jovial, doté d'un humour irrésistible. Il racontait souvent, avec malice, avoir été "Gouverneur de Kayes pour une journée" lors des événements de mars 1991, faisant rire son entourage tout en rappelant son attachement à l'histoire nationale.

Derrière le rire se cachait un patriote sincère, un homme engagé pour la culture, la démocratie et la liberté d'expression.

L'inhumation est faite le vendredi 24 avril 2026 à Banankabougou Bolé, après la grande prière de 13 heures.

Le Mali perd une voix, un style, une énergie rare. Mais comme l'a si bien dit un proche : "Un grand journaliste ne meurt jamais vraiment ; sa voix continue de résonner dans l'écho des vérités qu'il a partagées et des sourires qu'il a suscités." Repose en paix, Sa Majesté le Grand Saxe. Le micro s'est tu, mais la légende demeure.

Le 3 mai sous le signe du recueillement

Habituellement marquée par des conférences, distinctions et débats sur la liberté de la presse, la Journée mondiale de la liberté de la presse 2026 au Mali prendra une résonance particulière. Au-delà des cérémonies, elle sera surtout un moment de mémoire collective envers celles et ceux qui ont consacré leur vie à informer.

Un héritage à préserver

Ces disparitions rappellent à la jeune génération l'exigence du métier de journaliste : rigueur, courage, indépendance, sens du devoir et engagement pour la vérité.

Pelé, Doumbia, Makoro, Hamèye, Barou… autant de noms qui resteront gravés dans l'histoire de la presse malienne.

Leurs voix se sont tues, mais leur héritage continuera d'éclairer les rédactions, les studios et les consciences.

En ce 3 mai 2026, la presse malienne pleure ses anciens… mais puise aussi dans leur mémoire la force de continuer.



El Hadj A.B. HAIDARA



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