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Dr. Mohamed Amara, Sociologue : « Anticiper de futures attaques »
Publié le mercredi 6 mai 2026  |  Mali Tribune
Remise
© aBamako.com par A S
Remise de clés de quatre hélicoptères MI171 à l`armée malienne
Le président de la Transition, chef suprême des armées, le colonel Assimi Goïta, a remis ce vendredi 26 novembre 2021 les clés de quatre hélicoptères de manœuvre Mi-171 au ministre de la Défense et des Anciens combattants, le colonel Sadio Camara, à la Base aérienne 101 de Sénou.
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Une semaine après les attaques simultanées du 25 avril qui ont frappé Bamako, Gao, Kati, Mopti, Konna et Kidal, la fragilité du dispositif sécuritaire malien apparaît plus que jamais.

Ces événements interrogent la capacité de résilience des États membres de l’AES face à une menace terroriste en constante mutation. Le sociologue et analyste sécuritaire Dr. Mohamed Amara décrypte les facteurs de cette recrudescence et les enjeux d’une réponse régionale et internationale. Entretien.




Mali Tribune : Comment décririez-vous l’évolution de la menace sécuritaire dans l’espace AES au cours des derniers mois ?

Dr. Mohamed Amara : La crise sécuritaire s’inscrit dans une dynamique vieille de quinze à vingt ans, qu’il faut analyser sous deux angles. Le premier est géopolitique : les tensions entre le Mali et certains voisins se sont aggravées après la fin de l’accord de paix de 2015 et la reprise de Kidal. L’Algérie, qui jouait un rôle de médiateur entre Bamako et la CMA (aujourd’hui Front de libération de l’Azawad), n’assure plus ce tampon.

Le second angle est la résurgence des groupes armés terroristes, notamment l’État islamique et le JNIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans). Profitant du départ des forces étrangères, ils ont reconstitué leurs rangs et renforcé leur présence sur le terrain, souvent avec la complaisance de certains acteurs régionaux. Ces deux facteurs expliquent l’évolution récente de la menace, illustrée par les attaques du 25 avril.

Mali Tribune : Quels sont, selon vous, les facteurs qui expliquent la recrudescence des attaques coordonnées et simultanées dans plusieurs localités du Mali ?

Dr. M. A. : Plusieurs éléments entrent en jeu. Le principal est sécuritaire : un vide s’est installé dans le nord, puis dans le sud, et notamment dans la zone du Liptako-Gourma, où les forces armées sont constamment sous pression. Cela a favorisé l’implantation du JNIM et l’Etat islamique. Le second facteur est politique : la dissolution des partis et regroupements a réduit les espaces de débat démocratique. Cette absence d’échanges d’idées a isolé la classe dirigeante et affaibli la gouvernance.


Mali Tribune : L’attaque du 25 avril, qui a touché Bamako, Gao, Kati, Konna, Mopti et Kidal, marque-t-elle un tournant dans la stratégie des groupes armés terroristes ?

Dr. M. A. : Oui, car leur stratégie est claire : isoler et étouffer le pouvoir central. En multipliant les attaques coordonnées, ils cherchent à pousser les populations à douter de la capacité de l’État à assurer la sécurité. Kidal, en particulier, est hautement symbolique. Sa reprise par les groupes armés viserait à affaiblir Bamako et à envoyer un signal fort à l’opinion nationale et internationale. Par ailleurs, ces attaques pourraient aussi être destinées à contraindre les autorités de transition à ouvrir des négociations, possiblement sous l’égide de l’Algérie ?



Mali Tribune : Quelle lecture faites-vous de la réaction de l’armée malienne face à ces attaques complexes et simultanées ?

Dr. M. A. : L’armée dispose de moyens, mais la guerre actuelle est hybride : elle repose sur les drones et les technologies numériques, notamment l’intelligence artificielle. Si un pouvoir ne s’adapte pas à cette nouvelle forme de guerre, il est vulnérable.

Les forces maliennes ont montré des failles dans la surveillance et la réactivité, ce qui a permis aux groupes terroristes de frapper durement, comme à Kati avec la mort du ministre de la défense et des Anciens combattants, le Général d’armée Sadio Camara, ou encore à Mopti et Gao où les dégâts matériels ont été importants. Il est crucial que l’armée réadapte rapidement son dispositif pour anticiper de futures attaques.


Mali Tribune : Les moyens aériens et terrestres mobilisés traduisent-ils une montée en puissance des capacités de défense nationales ?

Dr. M. A. : Il est trop tôt pour tirer des conclusions. Les attaques datent du 25 avril et nécessitent du recul pour être correctement analysées. Toute lecture hâtive manquerait d’ancrage dans les faits. Il faut attendre les résultats concrets avant de juger de l’efficacité des moyens mobilisés.

Mali Tribune : Comment renforcer la coordination entre les forces armées des pays membres de l’AES pour anticiper ce type d’attaques ?

Dr. M. A. : La clé est la coopération réelle sur le terrain. Les accords existent déjà sur le papier, mais ils doivent se traduire en actions concrètes : surveillance, reconnaissance, renseignement, patrouilles. Dans un contexte où tout est désormais numérique, la collecte et le partage de renseignements sont essentiels pour anticiper les menaces.

Mali Tribune : Quelles conséquences ces attaques peuvent-elles avoir sur la stabilité régionale et sur la coopération sécuritaire au sein de l’AES ?

Dr. M. A. : Trois risques majeurs se dessinent : La fragilisation des États : certaines zones échappent totalement à l’autorité publique, devenant des espaces de non-droit contrôlés par des groupes armés. L’affaiblissement de l’AES : conçue comme une alternative à la CEDEAO et soutenue par des initiatives comme la médiation togolaise, l’organisation pourrait voir sa crédibilité entamée, au moins temporairement.


L’impact social : la peur gagne les populations, alimentée par des rumeurs et fausses alertes, comme celles ayant provoqué des mouvements de foule à Bamako. Cette peur paralyse la réflexion et accentue la vulnérabilité collective.

Mali Tribune : Comment les partenaires internationaux perçoivent-ils aujourd’hui la résilience des États du Sahel face à la menace terroriste ?

Dr. M. A. : La condamnation des attaques a été unanime. Personne ne souhaite l’effondrement du Mali. La solidarité internationale existe, mais c’est aux Maliens de la saisir. L’assassinat du ministre de la Défense révèle une fragilité institutionnelle. D’où l’importance d’ouvrir des canaux de dialogue et de négociation, en complément des partenariats militaires, notamment avec la Russie.

Mali Tribune : Pensez-vous que l’AES peut constituer une réponse durable aux défis sécuritaires, ou faut-il envisager une approche plus élargie incluant d’autres acteurs africains et internationaux ?

Dr. M. A. : L’AES seule ne suffira pas. Il faut élargir la coopération à toutes les bonnes volontés, au-delà de la sous-région. Cela implique deux volets : Diplomatique : ouvrir des canaux de dialogue avec les groupes armés, tout en affirmant l’intangibilité des frontières et l’indivisibilité du Mali. International : associer d’autres États et partenaires capables d’apporter un soutien. Comme le rappelle la théorie de Clausewitz, la guerre doit toujours être accompagnée d’une diplomatie active pour éviter l’impasse.


Propos recueillis par

S. Nadège Diarra

Claudine Dakouo

(Stagiaires)
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