Accueil    MonKiosk.com    Sports    Business    News    Annonces    Femmes    Nécrologie    Publicité
NEWS
Comment

Accueil
News
Société
Article
Société

Aide publique à la presse : six ans d’oubli et une profession à l’article de la mort
Publié le jeudi 7 mai 2026  |  Le Wagadu
Comment



À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée le 3 mai, le rapport 2026 de Reporters Sans Frontières (RSF) classe le Mali à la 121e place sur 180 pays, confirmant ainsi l’inquiétant déclin du paysage médiatique national.

Privés de l’aide publique à la presse depuis six ans, les médias maliens ne survivent désormais que par pur sacrifice.


Dans le classement mondial 2026 de la liberté de la presse publié par l’ONG Reporters Sans Frontières (RSF), le Mali est classé 121e sur 180 pays, enregistrant un recul de deux rangs. Ce document publié chaque année retrace l’état de la liberté de la presse dans le monde.

On enregistre une dégradation continue de la situation de la liberté de la presse qui n’a jamais été aussi alarmante dans le monde depuis 25 ans. Les journalistes travaillent dans un environnement de plus en plus difficile où il n’est plus bon de soutenir la vérité. Le classement est établi selon cinq indicateurs clés (politique, légal, sécuritaire, économique, social) qui évaluent la dégradation des conditions de travail des journalistes.

Pour ce qui concerne le Mali, le pays reste toujours dans la zone rouge et perd même deux places en une année passant de la 119e place en 2025 à la 121e place en 2026. Selon RSF, les journalistes et les médias sont libres de couvrir l’administration, et les médias privés sont relativement indépendants. « Cependant, les journalistes sont particulièrement fragilisés par la situation politique et le durcissement du pouvoir en place », note le rapport de l’ONG.

Sur le plan économique, les journalistes et médias maliens travaillent dans un environnement très difficile. Ils vivent dans une grande précarité, ce qui les rend vulnérables aux influences et à la corruption. Ces difficultés ont été accrues par la baisse des recettes publicitaires due à la crise sanitaire et l’arrêt total, ces dernières années, de l’aide publique à la presse, souligne le rapport. Il confirme une vérité immuable et admise dans les pays au monde : l’indépendance du journaliste est liée à son indépendance financière.


Concernant l’aide publique à la presse, il faut à ce niveau rappeler que les médias n’ont reçu un kopeck depuis plus de six ans. La dernière distribution de l’aide à la presse remonte à l’année 2019. Pourtant, l’aide publique à la presse n’est pas de l’aumône, c’est un dû. Elle a été instaurée pour soutenir des médias qui non seulement exercent une mission de service public, mais vendent également une marchandise atypique : l’information.

Le non-versement de cette aide, en plus d’accroître la précarité des entreprises de presse, contribue à "clochardiser" les journalistes. À cela s'ajoute le problème des abonnements via des tiers : de nombreux services publics préfèrent passer par des intermédiaires plutôt que de s'abonner directement auprès des médias.

Cela constitue un manque à gagner considérable pour ces derniers, qui continuent de crouler sous la misère. En d'autres termes, des acteurs extérieurs captent des revenus destinés aux médias, accentuant ainsi leur vulnérabilité ou leur marginalisation sociale.

Malgré les démarches entreprises par le bureau de l’Association des Éditeurs de la Presse Privée (ASSEP), rien n’y fait. Pendant ce temps, les directeurs de publication, en tant que chefs d’entreprise, doivent faire face à des charges fixes lourdes : frais d’impression, salaires, loyers, impôts et taxes (ces dernières ayant même augmenté par endroits). Comme si tout cela ne suffisait pas, les entreprises de presse subissent une concurrence déloyale des réseaux sociaux, qui captent de plus en plus le peu de ressources disponibles.


Face à de telles difficultés, exercer le métier de journaliste dans notre pays est un véritable sacerdoce. Dans un monde en pleine mutation, une vérité demeure pourtant : le Mali n’aura une presse de qualité que le jour où l’État malien décidera de mettre des moyens adéquats à sa disposition.

Abdrahamane SISSOKO

Commentaires