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Hommage du général Alou Boï Diarra au général Sadio Camara, au nom de la 24e promotion de l’Emia : "Pourquoi Allah a décidé de prendre le meilleur d’entre nous ? Sadio avait une vision sans égale"
Publié le samedi 9 mai 2026  |  Aujourd`hui
Funérailles
© Autre presse par DR
Funérailles nationales du Général d’Armée Sadio CAMARA ministre d’État, ministre de la Défense et des Anciens Combattants
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"Sadio était un homme pieux qui confiait tout à Allah"

"C'est à nous de faire vivre les idéaux qui ont toujours habité l'Homme et qui l'ont poussé à donner sa vie"


"Devant cette dépouille, le silence qui nous étreint n'est pas celui du vide : il est l'écho puissant d'une voix qui a porté si haut les aspirations de tout un peuple", a affirmé le général de brigade Alou Boï Diarra, chef d'état-major de l'Armée de l'air, chargé de prononcer l'oraison funèbre au nom de ses camarades de la 24e promotion de l'Emia dont faisait partie le général d'armée Sadio Camara. Dans ce discours mémorable, le porte-parole du jour a énuméré les qualités du général Sadio Camara "dont la parole rare était une boussole, dont chaque mot pesait le poids d'un engagement, dont chaque silence mesurait avec gravité la profondeur d'une réflexion". Après avoir insisté sur la rigueur, l'intégrité morale et la foi religieuse inébranlable du musulman qu'était le général Sadio Camara, le général Alou Boï Diarra a déclaré : "Sadio appartenait à toutes les corporations, à tous les corps de métiers… à tout le Mali, à toute l'Afrique, à l'humanité entière". Nous vous proposons, dans son intégralité, cet illustre témoignage posthume.

Nous voici réunis en ce jour du jeudi 30 avril 2026, non pas pour célébrer une fin, mais pour rendre grâce et témoigner d'une vie qui a marqué à jamais notre histoire, notre présent, et continuera de marquer notre futur. Devant cette dépouille, le silence qui nous étreint n'est pas celui du vide : il est l'écho puissant d'une voix qui a porté si haut les aspirations de tout un peuple.

Lorsque la promotion m'a confié la redoutable mission de prendre la parole en son nom pour transmettre nos condoléances à la nation et partager les sentiments des camarades sur la perte du Général d'Armée Sadio Camara, je me suis senti comme dans un piège, un triple piège.


D'abord, qui suis-je pour prétendre cerner ce grand homme au point de m'exprimer en cette si terrible occasion ? Quelle légitimité ai-je de parler de Sadio ? Qui suis-je pour faire en public les louanges de celui qui a toujours vécu dans la discrétion et l'humilité, fuyant les projecteurs de la gloire personnelle ? Et puis, comment vais-je dominer le sentiment de colère, d'impuissance, voire de honte, oui, de honte, alors que depuis le samedi 25 avril 2026, je n'arrive pas à expliquer à ma propre conscience pourquoi ce n'est pas moi qui suis parti à la place de Sadio ? Pourquoi Allah a décidé de prendre le meilleur d'entre nous, celui qui s'appliquait avec tant de ferveur à exécuter sur terre la volonté divine ? Je ne me sens aucun mérite de me trouver au podium ici et maintenant. Je devais être avec lui. L'ordre naturel des choses aurait voulu que ce soit lui, mon frère, mon ministre, mon chef, qui lise mon oraison funèbre.

Enfin, mon 3e défi, si j'acceptais malgré tout cette mission de la Promotion, c'était d'éviter le piège de l'accaparement. En effet, même si je ne devais témoigner que pour moi seul, en mon seul nom, une journée entière ne suffirait pas pour dire tout le bien que je pense de Sadio.

Comment puis-je alors m'empêcher d'en faire mon affaire personnelle, alors que chaque membre de la 24e Promotion espère rappeler le lien particulier qu'il ou elle avait avec Sadio ? Après avoir consulté plusieurs camarades et échangé avec d'autres personnes l'ayant côtoyé, et en voyant également les réactions du monde entier, j'ai compris qu'en fait je n'étais pas le seul à être désemparé. J'ai vite réalisé que Sadio appartenait à toutes les corporations, à tous les corps de métiers. Sadio appartient à tout le Mali, à toute l'Afrique. Sadio appartient à l'humanité entière.


Le Général d'Armée Sadio Camara, Ministre d'État, Ministre de la Défense et des Anciens Combattants, portait un titre et exerçait une fonction de la plus haute importance. Mais pour nous, il était une incarnation, depuis notre jeunesse partagée : celle de la dignité dans l'épreuve, celle de la vision dans la tempête et celle de la force tranquille face aux vents contraires de l'Histoire. Là où d'autres voyaient des murs, il a tracé des chemins. Là où d'autres voyaient des obstacles, il ne voyait qu'opportunités. Là où le bruit de la division menaçait, il a imposé, par sa seule stature, le diapason de l'unité et de la raison. Le monde entier se souvient de cet homme d'État... Nous, camarades de promotion, nous voyons encore Sadio, le frère jovial, taquin et sociable. Il appartenait à cette race de soldats qui ne travaillait pas pour la gloire éphémère de l'instant, mais pour le jugement serein des siècles. Son héritage n'est pas fait de marbre figé, mais de vision ambitieuse, de générosité, de piété absolue devant le destin, d'humilité, de bravoure et de bienfaisance.

Sadio avait une vision sans égale

Rempli de reconnaissance pour ce que notre pays a fait pour lui depuis son enfance, il voyait grand pour le Mali. Son ambition n'était pas seulement opérationnelle, elle était structurelle. Il a bâti et contribué à bâtir partout des infrastructures sociales, sanitaires, sans jamais chercher à en tirer une renommée ou un avantage personnel. À titre d'exemple, alors qu'il conduisait la transformation du visage de l'Armée malienne, en contribuant avec rigueur à la mise en œuvre de la vision du plus illustre officier de la 24e Promotion, en la personne de Son Excellence le Général d'Armée Assimi Goïta, Sadio a récemment entrepris un projet de transformation du siège du Ministère de la Défense en une infrastructure moderne. En regardant les plans de ces vastes bureaux qui offriront plus de confort à l'autorité, il a répété encore récemment à ses proches collaborateurs qu'il ne s'y installerait jamais.


Rétrospectivement, certains y ont vu une prémonition, parmi tant d'autres signes qui montraient qu'il était spirituellement préparé à rejoindre son Créateur. D'autres y ont vu une nouvelle manifestation de sa simplicité légendaire, qui le poussait à se contenter de ce qu'il avait. Cette vision grandiose reflétait son désir d'élever les FAMa au plus haut niveau de modernité, mais tout en restant humble et modeste à titre personnel.

Sadio était un homme pieux qui confiait tout à Allah

Face aux menaces et à l'adversité, sa réponse était celle d'un croyant sincère : il disait souvent que «rien n'empêche la mort quand ton jour arrive. C'est une décision divine». Il répétait «Alhamdoulillah», pour signifier sa gratitude et son acceptation de la volonté d'Allah à tout instant. Grand lecteur du Coran et adepte du zikr, il consacrait ses moments de repos et une partie de son temps à la spiritualité, surtout lorsqu'il était en déplacement. C'est d'ailleurs sur son tapis de prière, en pleine communion avec son créateur, qu'il a affronté l'ultime épreuve de sa vie, si pleine et si utile.

Sadio était aussi un homme humble

S'il considérait les FAMa comme sa propre famille et se présentait comme le 'grand frère' de tous pour détendre l'atmosphère, en présence des aînés, il n'a jamais laissé son titre de Ministre effacer son respect pour le droit d'aînesse. Je l'ai ainsi vu porter le sac de certains collègues ministres lors des voyages. Sociable et fin observateur, il mettait un point d'honneur à assister personnellement aux événements sociaux des camarades et au-delà de ses proches et de ses collaborateurs. L'image de Sadio marchant dans la foule, pour accompagner un défunt à sa dernière demeure, est devenue une banalité.


Une anecdote résume à la perfection la personnalité de Sadio. Quelques mois après sa nomination au Ministère de la Défense et des Anciens Combattants (MDAC), un opérateur économique qui lui portait une grande admiration a voulu lui offrir une forte somme d'argent, pensant l'aider.

L'illustre a gentiment refusé l'offre, réorientant le généreux donateur vers la rénovation de la maternité de la ville garnison de Kati qui l'a vu naître, et dont il ne supportait pas l'idée qu'elle ne réponde pas aux normes les plus modernes.

Enfin, Sadio était brave et bienfaisant

Des combats de Kidal en 2012, où il sauva des vies au péril de la sienne, aux évacuations sanitaires qu'il finançait en urgence pour ses frères d'armes et leurs familles, il incarnait toutes les vertus d'humanisme et d'altruisme. Sa générosité a touché le sacré, et on ne compte pas le nombre de Maliens, surtout modestes, qui ont pu accomplir le HAJJ grâce à Sadio.

Malgré son rôle historique à la tête du MDAC, il serait injuste de ne voir que la stature. Derrière la charge écrasante, il y avait l'homme. Un homme serein dont le simple regard, la capacité d'écoute, suffisaient à apaiser une situation conflictuelle, et dont la pudeur cachait mal une immense capacité d'affection.

À sa famille, notre famille, à sa mère, notre mère, à ses enfants, nos enfants, à ses compagnons d'armes, au Peuple fier du Mali, la 24e promotion de l'EMIA vous l'affirme aujourd'hui : votre chagrin est le nôtre, car en le perdant, c'est un digne fils, un grand homme, un militaire exceptionnel, un frère irremplaçable que la nation tout entière a perdu. Le baobab que nous pleurons aujourd'hui est tombé, c'est vrai.


Mais en tombant, il libère une immense clairière de lumière. C'est à nous, désormais, de ne pas habiter l'ombre de son absence, mais d'avancer dans la trace lumineuse de son exemple. C'est à nous de ne pas courber l'échine et de faire vivre les idéaux qui ont toujours habité l'Homme et qui l'ont poussé à donner sa vie.

Au moment où les honneurs militaires vont retentir, pour la dernière fois, que ce bruit ne soit pas un adieu, mais un appel. L'appel à garder vivant le meilleur de ce qu'il nous a offert : le sens du devoir, l'amour de la patrie et cette intime conviction que l'homme n'est grand que par le service rendu aux autres.

Alors, dans le recueillement et la gratitude du cœur, nous pouvons murmurer les mots de l'ultime hommage : Adieu Sadio, adieu, mon Général !

Adieu, Monsieur le Ministre d'État, Ministre de la Défense et des Anciens Combattants !

Adieu, cher compagnon d'armes ! Adieu, cher frère !

Que la terre te soit légère et que l'éternité t'accorde cette paix que tu n'as jamais marchandée à tes hommes et au Peuple fier du Mali. Dors en paix, Sadio !"

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