Des dizaines de maisons ont été démolies le samedi 9 mai 2026 dans la zone dite « zone aéroportuaire »,
Des dizaines de maisons ont été démolies le samedi 9 mai 2026 dans la zone dite « zone aéroportuaire », », aux alentours de la mosquée de Soufi Bilaly. Une opération menée au nom de la sécurisation de l’aéroport, mais qui relance une question sensible : pourquoi les autorités laissent-elles pendant des années des populations construire et investir avant d’intervenir brutalement avec des bulldozers ?
Le samedi 9 mai 2026, le bruit des bulldozers a une nouvelle fois résonné dans la zone aéroportuaire de Bamako. Plusieurs habitations ont été rasées lors d’une vaste opération de démolition menée par les autorités dans ce secteur considéré comme relevant du périmètre de sécurité de l’aéroport. Parmi les constructions touchées figure également la mosquée associée à Soufi Bilaly, devenue au fil des années un point de repère dans cette partie de la capitale.
Derrière les gravats et les murs effondrés, ce sont surtout des familles entières qui se retrouvent désormais sans abri. Femmes, enfants et personnes âgées ont assisté, impuissants, à la destruction de maisons parfois construites après des années d’économies et de sacrifices.
Officiellement, les autorités justifient cette opération par des impératifs de sécurité liés à la protection de la zone aéroportuaire. Un argument régulièrement avancé pour expliquer les déguerpissements opérés autour des infrastructures stratégiques. Mais sur le terrain, beaucoup dénoncent surtout une gestion tardive, incohérente et profondément injuste de l’occupation des espaces urbains.
Car une question revient avec insistance : comment des milliers de constructions ont-elles pu sortir de terre dans une zone supposée hautement sensible sans réaction immédiate des services compétents ?
Pendant des années, des familles se sont installées, ont bâti des maisons, développé des commerces et investi dans des constructions parfois imposantes sans être inquiétées. Les autorités administratives, municipales et sécuritaires chargées de surveiller et protéger cette zone semblaient alors absentes ou silencieuses.
Selon plusieurs habitants, la majorité des nouvelles installations sont apparues après la première vague de démolition intervenue sous la Transition. A cette époque, hormis la mosquée de Soufi Bilaly, la zone comptait encore peu d’habitations. Mais progressivement, des centaines puis des milliers de constructions ont émergé sans qu’aucune mesure dissuasive efficace ne soit réellement appliquée.
C’est là que réside toute la contradiction dénoncée aujourd’hui par de nombreux observateurs. Si ces habitations représentent effectivement une menace pour la sécurité aéroportuaire, pourquoi avoir attendu leur multiplication avant d’intervenir ? Pourquoi laisser les populations investir massivement dans des terrains litigieux avant de procéder à des destructions spectaculaires ?
Pour plusieurs citoyens, la responsabilité ne peut être imputée uniquement aux occupants. Les services de l’Etat, les collectivités et les structures chargées du contrôle foncier portent également une lourde responsabilité dans cette situation. Car lorsqu’un Etat laisse s’installer durablement une occupation illégale sans réaction ferme ni prévention efficace, il finit lui-même par créer les conditions du drame social qu’il prétend ensuite corriger.
Au Mali, les opérations de déguerpissement suivent souvent le même scénario : absence de prévention rigoureuse, tolérance prolongée, développement anarchique, puis intervention brutale des bulldozers. Entre-temps, des vies se construisent, des économies familiales sont englouties et des quartiers entiers prennent forme.
Au-delà de la question foncière, cette nouvelle démolition révèle surtout les limites d’une gouvernance urbaine marquée par l’improvisation, le manque d’anticipation et l’absence de politiques cohérentes d’aménagement du territoire.
Aujourd’hui, dans la poussière des maisons détruites, une interrogation demeure : comment éviter que les mêmes erreurs se répètent encore ailleurs dans la capitale ?