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Après le choc du 25 avril : Le Mali peut-il réellement se réconcilier avec lui-même ?
Publié le mardi 12 mai 2026  |  arc en ciel
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Depuis l’attaque terroriste du 25 avril 2026, qui a coûté la vie au ministre de la Défense, le général d’armée Sadio Camara, ainsi qu’à plusieurs civils et militaires

Depuis l’attaque terroriste du 25 avril 2026, qui a coûté la vie au ministre de la Défense, le général d’armée Sadio Camara, ainsi qu’à plusieurs civils et militaires, un même discours semble traverser toutes les rencontres publiques au Mali. Des salles de conférence aux cérémonies officielles, des forums citoyens aux séminaires thématiques, les appels à l’unité nationale se multiplient. Question : Le Mali peut-il réellement se réconcilier avec lui-même ?


« Oublions le passé », « donnons-nous la main », « le temps du rassemblement est venu », « l’heure n’est plus aux querelles inutiles », « pardonnons-nous » ? « Nous voulons la paix » … Ces mots reviennent désormais comme un refrain dans les interventions des responsables politiques, des leaders religieux, des acteurs culturels et de nombreux citoyens.

Le choc provoqué par cette attaque semble avoir réveillé, chez beaucoup de Maliens, la conscience d’une évidence : face au terrorisme, aucune communauté, aucune région, aucun courant politique ne peut prétendre s’en sortir seul. Le pays traverse une période où la survie collective impose, plus que jamais, un sursaut national.

Mais derrière les discours et les déclarations d’intention, une question demeure : les Maliens sont-ils réellement prêts à se pardonner, à tourner certaines pages douloureuses et à reconstruire ensemble ?

Un pays profondément marqué par les fractures

Depuis plus d’une décennie, le Mali vit au rythme des crises : rébellions, coups d’Etat, violences terroristes, tensions communautaires, méfiances politiques, campagnes de désinformation et divisions sociales. Ces événements ont laissé des blessures profondes dans les familles, les communautés et les institutions.

Les discours sur l’unité nationale ne sont pas nouveaux. A chaque grande crise, les appels au rassemblement réapparaissent. Pourtant, une fois l’émotion retombée, les clivages ressurgissent souvent avec encore plus de violence.


Aujourd’hui, beaucoup s’interrogent : le pays est-il arrivé à un point de bascule ? L’attaque du 25 avril peut-elle devenir ce choc capable de pousser les Maliens à dépasser les rancœurs accumulées ?

Des signaux encourageants, mais encore fragiles

Il faut reconnaître que certains gestes commencent à émerger dans le sens de l’apaisement.

Des leaders culturels, religieux et traditionnels plaident pour le dialogue plutôt que pour les affrontements verbaux. Dans les médias comme dans les cérémonies publiques, les appels à la retenue et à la cohésion deviennent plus fréquents.

Le monde culturel, notamment, tente de jouer un rôle de passerelle entre les différentes sensibilités nationales. Les artistes, les communicateurs et les leaders d’opinion rappellent de plus en plus que le terrorisme prospère précisément sur les divisions internes.

Mais ces initiatives restent encore fragiles face aux résistances nombreuses qui persistent dans l’ombre.

Les ennemis silencieux du rassemblement

Car pendant que certains tentent de construire des ponts, d’autres travaillent ouvertement ou discrètement à empêcher toute dynamique de réconciliation nationale.


Il existe aujourd’hui au Mali des acteurs politiques, idéologiques ou opportunistes, des videomans et des soi-disant influenceurs qui vivent des tensions, des polémiques et des divisions. Pour eux, la paix sociale et le dialogue national représentent une menace. Un Mali réconcilié réduirait leur espace de manipulation, leurs stratégies de spéculation politique ou leur capacité à entretenir les antagonismes.

Ces acteurs prospèrent dans le bruit, la suspicion et la confrontation permanente. Ils alimentent les rancœurs, encouragent les amalgames et attisent les frustrations sur les réseaux sociaux, dans certains débats publics ou à travers des discours volontairement provocateurs.

Parce qu’au fond, si les Maliens finissaient réellement par se parler, se comprendre et se pardonner, beaucoup perdraient leur principal fonds de commerce : la crise permanente.

Le défi du pardon et l’urgence d’un sursaut national

Mais peut-on réellement demander à tout un peuple d’oublier aussi facilement ? Peut-on tourner la page sans vérité, sans justice et sans reconnaissance des souffrances vécues ? C’est à cela que le ministère de la Réconciliation doit s’atteler.

Le pardon collectif ne peut être décrété dans les discours officiels ou les grandes cérémonies. Il suppose un travail profond de vérité, de dialogue et d’écoute mutuelle. Il exige aussi des actes concrets : lutte contre l’impunité, justice équitable, inclusion politique, réduction des injustices sociales et respect des différences.


L’unité nationale ne peut pas être seulement un slogan de circonstance. Elle doit devenir une volonté politique et sociale durable.

Le terrorisme n’attaque pas seulement des positions militaires ou des symboles de l’Etat. Il cherche avant tout à fracturer la société, opposer les communautés et installer durablement la peur et la méfiance.

C’est pourquoi l’enjeu dépasse aujourd’hui les simples questions sécuritaires. Le véritable combat est aussi psychologique, social et culturel. Le Mali doit décider s’il veut continuer à s’épuiser dans des querelles internes ou construire un minimum de consensus national pour faire face aux défis existentiels qui menacent son avenir.

Le moment semble venu pour les Maliens de choisir entre deux chemins : celui de la division permanente ou celui, plus difficile mais plus porteur, du dialogue et du rassemblement.

L’histoire jugera la capacité des fils du pays à dépasser leurs blessures pour sauver l’essentiel : le Mali lui-même.

B.S.

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