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Chronique : Les routes de l’asphyxie
Publié le lundi 18 mai 2026  |  L’aube
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Le voyageur qui emprunte aujourd'hui les axes routiers maliens ne s’engage plus seulement sur une voie de communication, mais sur un véritable théâtre d’opérations asymétriques ...

Le voyageur qui emprunte aujourd'hui les axes routiers maliens ne s’engage plus seulement sur une voie de communication, mais sur un véritable théâtre d’opérations asymétriques où se joue la résilience économique et humaine de la nation. Circuler à travers le pays est devenu une épreuve de courage, une traversée incertaine face à une criminalité transfrontalière d'un genre nouveau. Nos routes nationales, qui constituaient jadis les artères vitales du commerce et les symboles du brassage culturel sahélien, subissent les assauts répétés d'une faune hybride de bandits armés et de terroristes opportunistes. Ce phénomène, loin de se limiter à du simple brigandage de grand chemin, s'intègre désormais dans une stratégie délibérée d'asphyxie logistique visant à paralyser les flux, à isoler les centres urbains et à saboter les efforts de stabilisation portés par les autorités.


Le quotidien de cette insécurité routière se décline en scènes de terreur qui frappent indistinctement les opérateurs économiques et les populations civiles les plus modestes. Le modus operandi de ces bandes criminelles se caractérise par une violence spectaculaire et une volonté affirmée de marquer les esprits par l’effroi. Les compagnies de transport en commun, qui assurent la liaison indispensable entre la capitale et les régions, se retrouvent en première ligne de cette guerre d'usure. Des bus bondés sont interceptés en plein trajet par des individus lourdement armés qui n'hésitent pas à contraindre les chauffeurs à s'arrêter en ouvrant le feu sur les pneumatiques ou l'habitacle. Une fois le véhicule immobilisé, les passagers sont soumis à des séances d'intimidation brutale, menacés de mort sous le canon des fusils d'assaut, puis méthodiquement dépouillés de leurs économies, de leurs téléphones et de leurs marchandises. Pour couronner cette entreprise de destruction, les assaillants réduisent fréquemment bus, camions de transport de bétail ou de marchandises en cendres, laissant des carcasses calcinées au milieu du goudron comme autant de signatures de leur volonté de rompre définitivement les fils de la libre circulation.

Cette violence ouverte masque en réalité les intérêts très lucratifs d'une économie souterraine dont le contrôle des axes routiers constitue la clé de voûte. Les coupures de routes et le harcèlement des usagers servent de paravent au trafic à grande échelle de carburant, de gasoil de contrebande et de produits illicites. Pour ces réseaux de criminalité organisée, la fluidité de la légalité républicaine est un danger mortel. En installant une psychose permanente sur les axes officiels, ils contraignent les transporteurs légitimes à renoncer à leurs rotations, libérant ainsi des couloirs de circulation exclusifs pour leurs propres convois de fraude. Cette entreprise de spoliation ne prive pas seulement l’État de recettes fiscales indispensables en ces temps de crise, elle étrangle les commerçants locaux et renchérit le coût de la vie pour des populations déjà durement éprouvées par le contexte global.


Pourtant, la superbe de ces seigneurs de la brousse s’évanouit dès lors que s'annonce la réponse de l'outil de défense nationale. Face à la réactivité et à la montée en puissance des Forces Armées Maliennes (FAMa), l'audace de ces bandes armées révèle sa véritable nature, faite de lâcheté et de fuite éperdue. Informés par un réseau de guetteurs de l’imminence d'une patrouille ou d'une intervention héliportée de l'armée régulière, ces criminels refusent systématiquement le choc frontal. Ils abandonnent leurs positions de blocage pour s'enfoncer dans la nature ou, par un stratagème plus vil encore, choisissent de se fondre au sein des populations civiles qu'ils terrorisaient quelques instants plus tôt. C'est dans ce camouflage que l'asymétrie de la menace atteint son paroxysme, puisque ces combattants n'hésitent pas à se délester de leurs armes pour revêtir des atours féminins, usurpant l'identité et la dignité des femmes maliennes pour échapper aux mailles du filet militaire.

La bataille pour la sécurité routière au Mali dépasse donc largement le cadre d'un simple défi policier pour devenir un enjeu de souveraineté territoriale absolue. Face à cette guerre hybride qui utilise le déguisement, la propagande par le feu et le sabotage économique, la résilience nationale repose sur une synergie indéfectible entre les forces d'élite sur le terrain et la vigilance citoyenne à l'arrière. La reconquête complète des axes routiers et la sanctuarisation des corridors de ravitaillement demeurent les conditions non négociables de la survie de l'État et de la préservation de son intégrité. Le Mali forge sa liberté dans la résistance, et ses routes finiront par être purgées de ces imposteurs pour redevenir les chemins de la prospérité et de l'unité nationale. Le nouveau CEMGA, Général de Division Élisée Jean Daou, qui n'est pas en terrain inconnu, est d'office informé et il saura quoi faire.



M.K.L

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