Au Mali, Moussa Traoré a bâti son hégémonie sur les ruines du socialisme de Modibo Keïta, un basculement largement encouragé par les puissances occidentales en pleine Guerre froide. L'élimination systématique de ses compagnons de la première heure, Kissima Doukara et Tiécoro Bagayoko notamment répondait à une nécessité double: consolider son pouvoir personnel et rassurer ses soutiens extérieurs en purgeant le Comité militaire de libération nationale (CMLN) de ses éléments les plus imprévisibles. Dans ce contexte, les États-Unis et la France ont souvent fermé les yeux sur la brutalité du régime de Traoré tant que celui-ci restait un rempart contre l'influence soviétique ou libyenne dans la région. La paranoïa de Traoré était fonctionnelle pour l'impérialisme: un chef seul, isolé de son peuple et de ses pairs, est un chef d'autant plus facile à manipuler par les leviers de la dette et de la coopération militaire.