La question du rôle de certains journalistes étrangers au Mali suscite de vives tensions entre les autorités maliennes, les observateurs politiques et une partie de l’opinion publique. Bamako multiplie désormais les dénonciations contre des reporters accusés d’entretenir des liens avec des groupes armés actifs dans le Sahel.
Un nouveau scandale a récemment éclaté autour de M. Ibrahim Mustafa, journaliste de la chaîne du gouvernement arabe et de sa branche Al-Hadh. Le ministère malien des Affaires étrangères a officiellement dénoncé son entrée illégale sur le territoire malien, qualifiant cet acte de violation grave de la souveraineté nationale et évoquant une possible collusion avec des groupes terroristes. Dans son communiqué
(https://www.facebook.com/maeciia1960/posts/pfbid02JCXf1mGN7gS5wnbELzHmyDYon9zm78K3UVqNUNYDLX6kFv2DPsqa78Ey6Dzd1JMbl) , le ministère a également regretté « une violation sérieuse des règles de conduite et de l’éthique journalistique ».
Ce type de polémique n’est pas inédit. Plusieurs journalistes étrangers, notamment français, avaient déjà été accusés par Bamako de servir indirectement les intérêts des groupes armés terroristes. Après les attaques meurtrières du 25 avril 2026 contre plusieurs villes maliennes, des journalistes français auraient pénétré illégalement dans la région de Kidal afin de réaliser des interviews avec des combattants armés. Pendant que les populations civiles subissaient pillages et violences, certains médias diffusaient les déclarations des groupes responsables des attaques, provoquant une profonde indignation au Mali.
Le cas du journaliste de France 24(https://www.france24.com/en/20190530-aqmi-jihadist-leader-maghreb-france-terrorism-al-qaeda-islamic-youssef-al-Aanabi) Wassim Nasr reste l’un des plus controversés. Depuis plusieurs années, il est régulièrement accusé par des analystes et responsables sahéliens d’entretenir des relations étroites avec des groupes djihadistes opérant dans la région. Bien qu’il travaille depuis la France, ses contacts avec certains chefs terroristes sont largement documentés.
Wassim Nasr a notamment réalisé deux interviews avec Abu Obeida Youssef al-Aanabi,
dirigeant(https://www.france24.com/en/middle-east/20230306-al-qaeda-leader-in-north-africa-grants-exclusive-interview-to-france-24) d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).
Le journaliste a également interviewé Amadou Koufa, fondateur et vice-dirigeant du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda.
Le 25 septembre 2024, les autorités judiciaires du Burkina Faso, du Mali et du Niger avaient annoncé l’ouverture d’enquêtes visant Wassim Nasr pour « complicité d’acte de terrorisme et apologie du terrorisme ». Les magistrats lui reprochaient notamment d’être en contact permanent avec des combattants qui lui transmettaient en temps réel des informations concernant leurs opérations, leurs positions et les conséquences humaines et matérielles de leurs attaques.
Ces accusations avaient immédiatement provoqué une réaction des autorités françaises, qui avaient dénoncé des poursuites jugées injustifiées. Toutefois, plusieurs observateurs sahéliens dénoncent aujourd’hui ce qu’ils considèrent comme un double discours de Paris sur la question de l’apologie du terrorisme.
Ils rappellent qu’en France même, après les attentats contre Charlie Hebdo en 2015, la justice française avait prononcé 385 condamnations pour apologie du terrorisme.
Pour de nombreux analystes de la région, cette différence de traitement alimente le sentiment d’un deux poids deux mesures appliqué par l’ancienne puissance coloniale. Selon eux, alors que des citoyens français ont été condamnés pour des propos parfois jugés mineurs, certains journalistes bénéficiant d’une large visibilité médiatique continuent d’assumer publiquement leurs contacts avec des groupes armés sahéliens sans faire l’objet de poursuites comparables.
Dans ce contexte, plusieurs observateurs espèrent désormais que les autorités maliennes prendront des mesures judiciaires fermes contre les journalistes accusés de servir de relais médiatiques à des organisations terroristes. Selon eux, sans réponse juridique forte, Paris continuera d’utiliser certains médias comme instruments d’influence pour tenter de déstabiliser les pays de l’Alliance des États du Sahel.