Après 277 jours, soit 9 mois et 7 jours (en plus des 8 jours de garde à vue selon les calculs de ses plus proches) de détention pour présomption « d’atteinte aux biens publics, faux, usage de faux », Choguel est sorti de son mutisme, la semaine dernière. Pas pour dénoncer les conditions de sa détention et la lenteur de la procédure judiciaire, mais pour répondre aux affirmations du président français sur le Mali, le 12 Mai 2026, lors du sommet Africa Forward de Nairobi.
En effet, Emmanuel Macron, face à la trentaine de dirigeants africains, a estimé que les autorités maliennes n’avaient pas pris « la meilleure décision » en demandant le départ de la France en 2021. Intervenue au lendemain de la reconquête de Kidal par la rébellion touareg du Front de libération de l’Azawad (FLA) et ses alliés du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), suite à une offensive conjointe, la déclaration du président français n’a déclenché aucune réaction de voix autorisées. Là où le chef de la diplomatie n’a pas jugé opportun de répondre à l’Elysée, l’ancien PM de Transition a sauté sur une occasion peut-être rêvée de renouer avec l’aile militaire de la Transition. Ce faisant, il s’en est vigoureusement pris au président français dans de développements qu’il motive par un besoin de « rétablir la vérité » pour l’histoire et empêcher « l’oblitération des faits ».
Ainsi, Choguel Maïga persiste et signe : c’est bel et bien Paris qui a lâché le Mali «en plein vol» par sa décision unilatérale et «sans préavis » de se retirer et après avoir échoué à imposer ses choix institutionnels avant et après la rectification de la Transition. «Ce que le Vice-président en exercice de la Transition d’alors avait catégoriquement rejeté», a-t-il soutenu, en l’attribuant à une volonté des autorités de la Transition, dont il a assuré la fonction primatoriale, d’affirmer leur affranchissement «de la tutelle française» par la demande d’un départ sans délai à la fois des forces françaises et de la Minusma, après 10 ans de présence au Mali. Le PM déchu en a profité pour accuser Macron de «continuer à nourrir une rancœur contre Bamako». Et d’affirmer que le Mali, tout comme les pays de l’AES, poursuivra sa trajectoire souverainiste en dépit des difficultés actuelles.
Et si la réplique du PM de la rectification a retenu l’attention des observateurs, c’est parce qu’elle est perçue par beaucoup comme une offensive de charme qui ne dit pas nom en direction des autorités de la Transition. Et pour cause : même si cette prise de position de Choguel peut paraître un filon pour grossir les rangs de ses partisans dans la perspective d’une éventuelle candidature à la prochaine élection présidentielle, il faut quand même jouir de sa liberté pour prétendre remettre une machine électorale en ordre. Or depuis son arrestation, son dossier n’a pas échappé à la lenteur de la justice malienne. Après quelques va et vient à la Cour Suprême, Choguel ne sait toujours pas son sort. Malgré les cris du cœur de ses partisans et soutiens, son dossier est toujours au point mort.
Amidou Keita
Source : Le Témoin