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À la rencontre des artistes : Cœur ouvert avec… Madou Sidiki Diabaté, virtuose de la kora
Publié le lundi 22 juin 2026  |  L’aube
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Chaque génération d’artistes porte en elle une part de mémoire et une part de vision. ...

Cette nouvelle rubrique se veut un espace de dialogue et de découverte, où les voix du Mali et d’ailleurs viennent partager leur parcours, leurs inspirations et leurs rêves. Elle est conçue comme une porte ouverte sur l’univers des créateurs, un lieu où tradition et modernité se rencontrent, où l’héritage se conjugue avec l’innovation. Pour inaugurer cette série, nous avons choisi une figure emblématique de la musique malienne : Madou Sidiki Diabaté, affectueusement appelé «Momo», héritier de la dynastie des griots et virtuose de la kora, fils du légendaire Sidiki Diabaté, maître incontesté de la kora qui a marqué d’une empreinte indélébile la musique traditionnelle malienne et inspiré ses enfants par son art et ses enseignements.


Dans l’univers mandingue, la kora n’est pas un simple instrument : elle est une mémoire vivante, une carte d’identité culturelle, un langage universel transmis par les griots depuis des siècles. Au cœur de cette tradition, la famille Diabaté incarne une lignée prestigieuse. Toumani Diabaté (paix à son âme), maître reconnu dans le monde entier, a porté haut cette flamme. Mais son frère cadet, Madou Sidiki Diabaté, a su tracer une voie singulière, entre fidélité à l’héritage et audace créative.

Benjamin de son père, compagnon fidèle de sa mère, «Momo» a grandi dans une atmosphère où la musique était une seconde nature. Chauffeur et accordeur de Toumani, il fut longtemps l’ombre discrète qui préparait la lumière des grandes scènes. Mais il s’est aussi imposé comme soliste, acclamé dès son premier concert en France en 1992, et comme innovateur visionnaire, créant la première kora MIDI au monde. Aujourd’hui, il poursuit son rêve le plus cher : enregistrer un album qui rassemble toute l’expérience de sa carrière et témoigne de son parcours exceptionnel.

Débuts et concerts marquants de l’artiste

Madou S. Diabaté raconte ses premiers pas avec une émotion palpable. «C’est très difficile de choisir un concert qui m’a marqué plus que les autres. Sur toutes les scènes du monde, je joue pour ma famille, mon pays et par amour pour la kora, comme si c’était mon dernier concert. Mais deux souvenirs restent gravés : en 1992, au festival Africolar en France, mon père m’a laissé seul sur scène pour un solo. La salle s’est levée et a applaudi pendant plus de dix minutes. Et en 2024, j’ai joué devant 80 000 personnes avec Burna Boy, au stade de Londres».


Ces moments, il les décrit comme des instants de vérité, où la kora devient le pont entre les cultures, capable de faire vibrer des publics aussi différents que les amateurs de musique traditionnelle en Afrique ou les fans de musique urbaine en Europe.

La place de la kora dans la culture mandingue

Pour Madou Sidiki Diabaté, la kora est bien plus qu’un instrument. «La kora est la carte d’identité du peuple manding. Elle est l’instrument le plus écouté, le plus sollicité, et reste le plus puissant ambassadeur diplomatique de notre culture. Elle parle toutes les langues et demeure pour toujours le symbole vivant de notre héritage».

Il insiste sur cette dimension universelle : la kora, née dans les cours royales du Mandé, a traversé les siècles et les frontières. Elle est aujourd’hui jouée sur les plus grandes scènes du monde, mais conserve son rôle de mémoire et de transmission.

L’héritage familial et les conseils reçus

«Momo» évoque avec tendresse l’influence de sa famille. «Étant le benjamin, j’ai eu la chance d’être le fidèle compagnon de mon père et de ma mère. J’ai toujours reçu des conseils intimes et précieux qui m’ont guidé et donné de la force».

Ces conseils, il les considère comme des repères dans sa carrière : la patience, l’humilité, la fidélité à la tradition, mais aussi l’ouverture à l’innovation.


Toumani, frère et maître

La relation avec Toumani est au cœur de son parcours. «Beaucoup de moments de complicité et des souvenirs inoubliables. Pendant des années, j’ai été son chauffeur, l’accordeur de sa kora, celui qui faisait sa première partie avant son arrivée sur scène. Aujourd’hui, mes enfants - Sidiki et ses frères ont pris le relais et grandissent avec la kora».

Toumani est pour lui un maître, mais aussi un frère avec lequel il a partagé les joies et les difficultés de la vie musicale.

Les projets en cours

Madou S. Diabaté reste discret sur ses projets, fidèle à sa foi. «Je n’aime pas trop parler de projets, car l’homme propose et Dieu dispose. Mais je suis en train d’enregistrer mon album, le plus grand rêve de ma carrière. Il rassemblera toute l’expérience récoltée au fil des années».

Cet album, il le conçoit comme une synthèse de son parcours, une œuvre qui reflète à la fois la tradition et l’innovation.

Une révolution sur la kora

Reconnu comme un innovateur, «Momo» explique : «Depuis vingt ans, je suis défini comme un révolutionnaire sur la kora, au niveau de la sonorité et de l’accordage. J’ai été le premier joueur de kora au monde à créer une kora MIDI, capable de produire des sons de synthétiseur -piano, balafon, guitare, voix humaine. Mais malgré ces innovations, je me suis toujours battu pour que la kora, notre carte d’identité, reste et résonne avec pureté pour toujours».


Cette invention, il la voit comme une manière d’ouvrir la kora à de nouveaux horizons, sans jamais trahir son essence.

À travers ses concerts, ses innovations et ses collaborations, Madou Sidiki Diabaté dit «Momo» incarne la rencontre entre tradition et modernité. Héritier d’une dynastie, il est devenu un pionnier, ouvrant la kora à de nouveaux horizons tout en préservant sa pureté. Son parcours est celui d’un artiste qui, fidèle à ses racines, a su conquérir le monde.

«La kora est notre identité, et tant que je vivrai, je continuerai à la faire résonner avec force et pureté, pour ma famille, mon pays et pour l’humanité».

Reportage interview réalisé par

Khaly Moustapha LEYE
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