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Administration malienne: La paralysie
Publié le lundi 6 juillet 2026  |  L’aube
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© aBamako.com par Momo
Monument de la Paix (Bamako)
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Entre un absentéisme chronique érigé en norme, des abus d'autorité larvés, des rackets ordinaires et un manque criard de patriotisme professionnel, le diagnostic posé par les observateurs nationaux et internationaux impose un constat d'urgence.

Cet audit clinique, loin d'être un réquisitoire stérile, se veut une alerte mobilisant la sociologie des organisations de Michel Crozier.

Pour comprendre ce blocage systémique et éviter que la refondation nationale ne s'effondre de l'intérieur, il devient indispensable d’opérer une mutation historique vers un nouveau Code de la Fonction Publique et un Code du Travail réformé, grâce à des réglages d'experts capables de provoquer un sursaut national sans précédent.

Le reflet que renvoie le miroir de nos services publics est direct, douloureux et dénué de toute fioriture politicienne : l’administration malienne donne aujourd'hui l'infâme impression de n'avoir rien à faire en volume de travail, poussant ses agents à cesser tout simplement de travailler. Partout, dans les ministères, les directions nationales, les gouvernorats et les services de proximité, l'on assiste à une quasi-paralysie générale qui asphyxie l'économie et bloque le quotidien des citoyens.

Le premier symptôme de ce naufrage systémique reste l'absentéisme chronique, devenu une véritable norme managériale tacitement tolérée que la sociologie définit comme le déplacement des buts : l'agent ne cherche plus à remplir sa mission d'intérêt général, mais à sanctuariser son confort personnel. Les bureaux sont vides, les chaises désertées, et pour justifier ce vide sidéral, le fonctionnaire dispose d'un catalogue inépuisable de prétextes fallacieux où les cérémonies sociales-baptêmes interminables, mariages célébrés en plein milieu de la semaine, funérailles prolongées à l'envi-passent systématiquement avant le devoir d'État.

À cette culture de l'absence s'ajoutent des retards généralisés et des voyages imprévus qui réduisent le temps de travail effectif à une peau de chagrin, installant une coutume délétère où arriver en milieu de matinée et planifier sa descente dès la mi-journée est devenu la règle. Le paroxysme de cette démission est atteint le vendredi lorsque les fonctionnaires s'auto-octroient le droit de déserter les locaux dès la mi-journée, juste après la grande prière. Le service public s'arrête de fait à midi, propageant une pagaille institutionnelle identique du sommet des ministères jusqu'aux structures déconcentrées.

Stratégies d'acteurs et maîtrise des zones d'incertitudes

Pour obtenir la signature ou le traitement d'un simple document de routine, l'usager est soumis à une épreuve de force permanente, obligé soit de mettre la main à la poche pour acheter un droit pourtant gratuit, soit de se plier docilement aux caprices d'agents publics hautains et indifférents. Pour décrypter ce calvaire, la sociologie des organisations nous enseigne que le pouvoir réel dépend de la maîtrise d'une zone d'incertitude, c'est-à-dire l'instrumentalisation d'une faille technique ou procédurale pour conditionner le comportement d'autrui. L'agent administratif malien a parfaitement assimilé ce mécanisme, nourrissant un arbitraire fait de méfaits ordinaires mais profondément destructeurs pour la confiance publique.

D'une part, l'opacité planifiée s'installe lorsque la bureaucratie orchestre cyniquement l'attente en simulant des pannes d'électricité, en prétextant un manque de gazole pour le groupe électrogène ou en organisant l'absence injustifiée du directeur signataire afin de créer une incertitude artificielle, transformant le temps et la procédure en instruments de chantage. D'autre part, cette vulnérabilité tarifée heurte la conscience collective quand on voit des mères de famille, des vieillards fatigués ou des jeunes entrepreneurs attendre de longues heures dans des halls d'accueil étouffants, face à des guichets fermés sous de faux prétextes. Enfin, le racket de guichet s'illustre de manière plus mesquine encore à travers le stratagème de la monnaie manquante qui oblige les citoyens à abandonner leur reliquat sous un faux prétexte de contribution patriotique, une monétisation illicite que les agents défendent farouchement contre toute tentative de transparence.

Règles du jeu et enjeux de pouvoir : un arsenal juridique face à la violation du code de conduite

Cette inertie et ces abus d'autorité caractérisés ne résultent pourtant pas d'un vide législatif, car le cadre normatif malien dispose de tous les instruments nécessaires pour sévir, sanctionner et restaurer la discipline. La Loi n°02-053 portant statut général des fonctionnaires prévoit un régime disciplinaire strict, allant de la retenue immédiate sur salaire pour service non fait jusqu'à la révocabilité pure et simple pour abandon de poste ou négligence caractérisée. Sur le plan pénal, la Loi n°01-079 portant Code pénal du Mali, notamment en son article 105, incrimine sévèrement les délits de concussion, de corruption active ou passive, et d'abus d'autorité, punissant explicitement tout agent qui aura exigé ou reçu ce qu'il savait n'être pas dû. Si l'administration se meurt sous nos yeux, c'est uniquement par la faute d'une chaîne de commandement défaillante et paralysée par ce que Michel Crozier nomme «l'isolement des catégories hiérarchiques». Par complaisance, par copinage ou par compromission managériale, la hiérarchie refuse d'appliquer le bâton. Faute de sanction, l'impunité s'est installée en maîtresse absolue, privant les cadres du courage de trancher, de surveiller et de punir. Informations sur Mali

Face à cette démission, l'exigence de rigueur s'insère de façon organique dans la trajectoire historique de notre souveraineté nationale. Déjà, le premier Président du Mali, Modibo Kéïta, rappelait fermement les devoirs impératifs de la charge publique à travers cette formule intemporelle : «Le fonctionnaire doit cesser d’être un maître pour devenir le serviteur conscient, dévoué et intègre du peuple. L’efficacité d’une administration ne se mesure pas au volume de ses textes, mais à la rapidité et à la probité du service rendu au citoyen». Ce fil conducteur de la responsabilité historique trouve aujourd'hui son prolongement le plus direct au sommet de l'État. Rappelant la fin définitive de la récréation bureaucratique et fustigeant la culture de la paresse, le Chef de l'État a tracé la ligne de conduite inflexible désormais attendue des agents de la fonction publique : «Il leur appartient désormais de préserver les acquis de la formation militaire, qui est la discipline, la bonne qualité, la rigueur et surtout la loyauté. Ils doivent éviter de tomber dans la facilité», Général d'Armée Assimi Goïta, Président de la Transition.

Révolutionner nos pratiques…

Le réajustement de notre système public et la transformation profonde de nos méthodes de travail ne se feront pas uniquement par la contrainte juridique, mais par une révolution des mentalités adossée aux valeurs endogènes de civilité, de probité, d'accueil et de fraternité.

La refondation du Mali est un édifice collectif dont l'administration publique constitue les fondations exclusives. Si ces fondations restent rongées par la négligence, l'incompétence et le manque de probité, l'œuvre commune risquera de s'écrouler, emportant les espoirs de toute une jeunesse patriotique. Chaque fonctionnaire, du simple conseiller au cadre supérieur, doit mesurer la portée de sa mission quotidienne et ressentir la responsabilité morale qui pèse sur ses épaules face au miroir de l'histoire. Informations sur Mali


KML
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