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Mali-Algérie : Au-delà des retrouvailles…
Publié le lundi 20 juillet 2026  |  L’aube
Diplomatie
© Ministère par DR
Diplomatie / Alger et Bamako normalisent leurs relations : l’ambassadeur malien présente ses lettres de créance au président Tebboune
L`Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République du Mali auprès de la République de l’Algérie Démocratique et Populaire, SE Mohamed Amaga Dolo, a présenté ses lettres de créance au Président Abdelmadjid Tebboune, mardi 18 mars 2025.
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Le rétablissement des relations diplomatiques entre Bamako et Alger marque un tournant pragmatique pour le Sahel.

Entre impératifs énergétiques et lutte pour la souveraineté, cette normalisation, loin d’effacer les contentieux, instaure une coopération sous haute surveillance, dictée par la sécurisation des corridors transsahariens.

Le retour à une normalisation diplomatique entre Bamako et Alger, acté le 10 juillet 2026, ne saurait être réduit à une simple manœuvre politique de circonstance. Derrière la réouverture des espaces aériens et le ballet des ambassadeurs se dessine une réalité géopolitique bien plus vaste : la bataille pour le contrôle des corridors énergétiques. À l’épicentre de cette lutte se trouve le Gazoduc Transsaharien (TSGP), un projet titanesque de 4 m128 kilomètres destiné à relier le Nigeria à l’Europe via le Niger et l’Algérie, pour un investissement colossal oscillant entre 14 et 20 milliards de dollars. Ce pipeline n’est pas qu’un simple ouvrage technique ; il est la colonne vertébrale d’une nouvelle architecture de pouvoir au Sahel.

Le projet prend une dimension stratégique majeure alors que l'Europe, en quête de diversification de ses sources d’approvisionnement, regarde vers le sud. Pour Alger, le TSGP représente l’opportunité de cimenter son rôle de pivot incontournable. Cependant, ce projet se heurte à une concurrence directe : le Gazoduc Nigeria-Maroc, soutenu par Rabat, qui propose une voie atlantique alternative. Dans cette compétition entre le modèle saharien et le modèle côtier, le Mali ne joue plus les seconds rôles. Bien que le tracé principal traverse le Niger, la stabilité du corridor malien est une variable déterminante. Un Mali en guerre, poreux aux incursions terroristes, constitue une menace pour la viabilité des investissements énergétiques régionaux. Pour Alger, pacifier ses relations avec Bamako, c’est donc protéger ses arrières et garantir que les flux de demain ne seront pas interrompus par des foyers de tension transfrontaliers. Informations sur Mali

Le Mali, de son côté, n’est plus un spectateur passif. Après des années de crise sécuritaire, les autorités de la Transition ont compris que la souveraineté est intimement liée à la capacité de capter les dividendes du transit régional. Chaque kilomètre de pipeline et chaque axe routier qui traverse le Sahel est une source de droits de passage, de taxes et d’influence. En normalisant ses relations avec Bamako, Alger sécurise un partenariat économique indispensable pour financer ses ambitions de développement. Il ne s’agit plus de solliciter une aide internationale pour Bamako, mais de se positionner en tant qu’acteur pivot d’un espace de transit devenu indispensable à l’économie mondiale.

C’est ici que réside tout le paradoxe de la situation actuelle. On assiste à une «diplomatie du gaz» où la paix devient une condition nécessaire pour attirer les capitaux. Pourtant, les 40 milliards d’investissements projetés dans la région ne seront pas débloqués dans un climat d’incertitude. Les investisseurs internationaux exigent des garanties de sécurité qui ne peuvent être apportées que par une présence étatique forte dans le Nord du Mali. Ainsi, le dégel diplomatique entre Alger et Bamako agit comme un catalyseur : il permet de rassurer les bailleurs de fonds sur une relative accalmie frontalière, tout en fournissant au gouvernement malien les ressources financières nécessaires pour poursuivre sa contre-insurrection militaire. On finance la guerre contre l'insécurité par la diplomatie de la paix.

Cette dynamique transforme fondamentalement la nature des relations entre les deux nations. La rhétorique de la fraternité et de l’histoire commune est désormais reléguée au second plan derrière la logique implacable des corridors. La question des populations touareg et du conflit au nord, jadis perçue sous un angle sécuritaire pur, est aujourd'hui réévaluée à l'aune des intérêts économiques. Si le Sahel devient une autoroute énergétique, les groupes rebelles et terroristes qui occupent l'espace deviennent, par extension, des menaces directes contre les intérêts vitaux de l'Algérie et la survie économique du Mali. Cette convergence d'intérêts crée, pour la première fois, une base de coopération pragmatique et tangible. Informations sur Mali

Toutefois, cette normalisation reste fragile, car elle repose sur une méfiance structurelle. Les tensions passées-notamment l'incident du drone abattu et la saisine de la Cour internationale de Justice-ne s'effacent pas d'un trait de plume. Les deux pays pratiquent une «Détente par le bas», où le minimum vital est rétabli tandis que les dossiers de fond, comme la souveraineté sur le Sahara et les zones d'influence, sont maintenus sous haute surveillance. La guerre s'est déplacée du champ de bataille militaire vers un terrain cognitif et logistique, où chaque communication et chaque avancée dans les travaux du gazoduc servent d'armes de pression.

In fine, le 10 juillet 2026 ne marque pas le début d'une normalisation des relations, mais l'entrée du Mali et de l'Algérie dans une ère d'interdépendance forcée par le marché mondial de l'énergie. Lors d'un point de presse à Alger, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères a tenu à souligner cette nouvelle posture : «Notre décision de normaliser pleinement avec Bamako répond à une exigence de réalisme régional. L’Algérie demeure convaincue que le développement du Sahel et la sécurisation des infrastructures transsahariennes constituent le socle de notre stabilité commune. Nous agissons en partenaires responsables, tournés vers les intérêts stratégiques mutuels de nos peuples, dans un cadre de respect scrupuleux de la souveraineté».

Cette déclaration confirme que la durabilité de cette paix dépendra moins des effusions diplomatiques que de la capacité des deux États à maintenir le corridor ouvert, sécurisé et, surtout, rentable. Cette méfiance lucide, paradoxalement, est peut-être le gage le plus solide de la stabilité à venir dans une région qui ne peut plus se permettre le luxe du chaos.

KML
DOSSIER
EN SUSPENS

Si le dégel diplomatique entre Bamako et Alger est désormais acté, le poids du passif bilatéral reste un frein majeur. Ce socle de défiance repose sur quatre points de rupture qui n'ont fait l'objet d'aucun arbitrage.

L’hébergement d’acteurs déstabilisateurs : Bamako dénonce la présence sur le sol algérien de figures du JNIM et du FLA, dont Iyad Ag Ghali, ainsi que l'accueil prolongé de l’Imam Mahmoud Dicko. Ces présences sont perçues par les autorités maliennes non comme une neutralité, mais comme une volonté délibérée de maintenir des leviers de pression politique et sécuritaire sur les autorités maliennes. Informations sur Mali

La zone frontalière de Tinzaouatine : Ce secteur cristallise les accusations de protection accordée aux dissidents et aux groupes armés rebelles par les services algériens. Bamako y voit une stratégie de sanctuarisation entravant l’exercice effectif de sa souveraineté territoriale.

Le contentieux judiciaire : l’incident d’avril 2025, marqué par la destruction d’un drone malien, a été déplacé du champ militaire vers celui de la Cour internationale de Justice. Cette judiciarisation permanente transforme une crise sécuritaire en un dossier diplomatique verrouillé, rendant la confiance mutuelle complexe.

La contradiction cognitive : le Mali pointe une incohérence majeure dans la posture algérienne. Il s'agit de l’incompatibilité entre le discours officiel de lutte anti-terroriste et les ambiguïtés persistantes sur le traitement des réseaux djihadistes.

Ces points de friction, loin d'être résolus, transforment la normalisation en un armistice tactique. La méfiance structurelle qui en découle place la relation sous une surveillance constante.

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