Sous les lumières du MetLife Stadium, l’Espagne a décroché sa deuxième Coupe du monde en s’imposant 1-0 face à l’Argentine après prolongation, seize ans après son sacre de 2010.
Ce succès étriqué mais mérité consacre une Roja qui n’a encaissé qu’un seul but sur l’ensemble de la compétition, une performance défensive rare dans l’histoire du football mondial. Mais cette édition 2026, première à 48 équipes et coorganisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique, laisse un bilan contrasté : génie tactique espagnol, résistance africaine inédite, mais aussi polémiques sur le format, les visas et une américanisation du spectacle qui a divisé les puristes.
Sur le terrain, la démonstration espagnole ne souffre d’aucune contestation. Rodri, le métronome de Manchester City, a été logiquement élu meilleur joueur du tournoi, récompensant une maîtrise collective rare. Avec un seul but concédé en sept matchs, la Roja a rappelé les grandes heures du tiki-taka, mais dans une version modernisée : plus verticale, plus réaliste, et portée par un bloc défensif impérial.
Unai Simón, élu meilleur gardien, a multiplié les arrêts décisifs, tandis que le jeune Pau Cubarsí, sacré meilleur espoir à 19 ans, a confirmé son statut de patron de la défense centrale. Le parcours espagnol a été marqué par des victoires de prestige : en quart de finale face à la Belgique (2-1 après prolongation), puis en demi-finale contre la France (2-0), dans un choc maîtrisé de bout en bout. En finale, face à une Argentine émoussée, c’est un but de Ferran Torres à la 111e minute, sur une passe décisive de Nico Williams, qui a offert le titre.
Privée de Di Maria, retiré de la sélection depuis 2024, l’Albiceleste a manqué de créativité dans le dernier tiers du terrain. Pour sa dernière Coupe du monde, Lionel Messi - en demi-teinte - a tenté d’illuminer la finale, mais le rideau défensif espagnol, parfaitement huilé, a neutralisé ses rares accélérations. L’entrejeu argentin, dominé physiquement, n'a jamais trouvé la faille face à un bloc compact et discipliné qui jouait haut en gardant le monopole du cuir. Les 90 minutes réglementaires se sont achevées sur un score nul et vierge, avant que l’Espagne ne fasse la différence en prolongation.
La grande satisfaction de ce Mondial vient du continent africain : 9 des 10 sélections engagées ont franchi la phase de groupes, un record historique. Le Maroc a réédité son exploit de 2022 en atteignant les quarts de finale, éliminé par la France (2-0). Le Sénégal, le Ghana et l’Algérie ont également atteint les huitièmes, confirmant la densité croissante du football africain. Mais le plafond de verre a résisté : aucune équipe africaine n’a intégré le dernier carré d'as.
À l’inverse, certains favoris européens ont déçu. La France, meilleure attaque du tournoi avec 20 buts, a payé sa fébrilité défensive en demi-finale face à l’Espagne (2-0). Les Bleus, portés par un Kylian Mbappé étincelant mais trop isolé, ont manqué de rigueur. La Belgique, quart-de-finaliste, a également échoué face à la Roja (2-1), confirmant son statut d’éternel outsider.
Format à 48 équipes, visas et spectacle : les polémiques
Si le spectacle a été au rendez-vous sur le terrain, l’organisation a suscité de vives critiques. L’élargissement à 48 équipes a allongé le calendrier à cinq semaines et, selon plusieurs observateurs, dilué le niveau global. Les poules à trois (?) équipes ont favorisé les calculs tactiques, avec plusieurs 0-0 insipides en première semaine.
La polémique majeure reste politique : de nombreux supporters sud-américains, asiatiques et africains ont rencontré des difficultés d’accès au territoire américain, avec des refus de visas jugés «opaques et inéquitables». Files d’attente interminables, critères flous et délais trop longs ont privé le Mondial de sa ferveur populaire. À cela s’est ajoutée une américanisation du spectacle : cérémonies d’ouverture calquées sur le Super Bowl, publicités projetées sur les pelouses virtuelles, shows musicaux et divertissement durant de longues minutes pendant la mi-temps de la finale. Les puristes ont dénoncé une marchandisation excessive, tandis que les organisateurs ont défendu une approche spectaculaire pour séduire un nouveau public. C'est selon...
Bilan contrasté
Sur le plan athlétique, cette Coupe du monde 2026 restera comme celle du retour en force de l’Espagne, qui a su marier héritage et modernité. Mais elle aura aussi servi de test grandeur nature pour la formule à 48 équipes. Si la FIFA applaudit les recettes record et l’audience mondiale, les amoureux du jeu retiendront une compétition à deux vitesses : un football de très haut niveau en phase finale, mais une phase de groupes parfois soporifique, et une organisation trop marquée par le modèle américain.
Le football a gagné un champion, mais il a peut-être perdu un peu de sa magie. À moins que le génie de Rodri et la jeunesse de Cubarsí ne suffisent à nous rappeler pourquoi ce sport reste universel. Cette 34e (?) édition du Mondiale FIFA a quand même mis en valeur le rêve sportif d'un monde plus juste, des enjeux footballistiques plus clairs et plus exigeants, et des équipes africaines qui doivent revoir leur copie d'ici la prochaine édition qui aura lieu en ou au......