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L’AES à l’heure du choix monétaire face à l’échéance 2027 de l’ECO
Publié le vendredi 31 juillet 2026  |  Autre presse
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© aBamako.com par MS
Remise de Matériels Roulants aux forces armées
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Alors que les chefs d’État de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont réaffirmé, lors du 69e sommet ordinaire, leur engagement à lancer la monnaie unique ECO en 2027, une question centrale se pose pour les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Que deviendra le Mali, le Burkina Faso et le Niger si ce calendrier est respecté, alors qu’ils demeurent pour l’heure arrimés au franc CFA ? Loin d’être une simple échéance technique, ce projet ouvre un champ de vulnérabilités potentielles pour lesquelles les autorités de l’AES ne peuvent plus se permettre l’attentisme. Dans ce contexte, l’analyse du Dr Mamadou Camara, chargé de cours à la Faculté des Sciences Économiques et de Gestion (FSEG) et à l’Institut Universitaire de Développement Territorial (IUDT), offre un éclairage précieux sur les risques et les voies de sortie possibles pour une région en quête de souveraineté financière.
Selon l’expert, l’adoption de l’ECO dans l’ensemble de la zone CEDEAO constituerait un choc asymétrique pour les États de l’AES s’ils maintenaient leur ancrage dans le franc CFA. « L’introduction de l’ECO dans la zone CEDEAO créera pour les pays de l’AES, s’ils restent dans la zone franc CFA, des risques de perte de compétitivité et de déséquilibre monétaire », analyse le Dr Camara. 
De même, l’expert estime qu’à moyen terme, les pays de l’AES pourraient être confrontés à certaines difficultés et à des choix complexes. « À moyen terme, les pays de l’AES devront soit rejoindre l’ECO, soit négocier un accord spécial avec la CEDEAO », estime M. Camara. Cette seconde option, bien que complexe, apparaît comme une tentative de gagner du temps, mais elle ne résout pas le problème de fond : la dépendance à une monnaie extérieure au moment où le voisinage ouest-africain évolue vers une intégration monétaire renforcée. À long terme, l’expert prévient que « cela pourrait accroître les pressions sur l’AES pour l’adoption de l’ECO », transformant une option souveraine en une contrainte diplomatique et économique insoutenable, en particulier si l’ECO s’impose comme la monnaie de référence des échanges et des réserves dans la région.
Dès lors, la question devient existentielle : comment éviter l’alignement sur une monnaie que beaucoup perçoivent, au sein de l’AES, comme un simple rebranding du franc CFA, une « CFA 2.0 » perpétuant la tutelle de l’ancienne puissance coloniale ? Pour le Dr Camara, la fenêtre d’action est étroite, mais la marche à suivre est claire. « Les autorités des pays de l’AES doivent être réactives en élaborant à très court terme les mécanismes indispensables pour créer leur monnaie, tout en anticipant les externalités inhérentes à l’interaction avec la zone ECO », préconise-t-il. Cette sortie audacieuse implique non seulement une préparation technique rapide – banque centrale, politique de change, réserves – mais aussi une anticipation des effets de bord, notamment les flux commerciaux perturbés ou les ajustements douaniers avec les pays voisins qui auront adopté l’ECO.
Cette analyse experte ne repose pas sur une hypothèse isolée ; elle trouve un écho concret dans les déclarations récentes des plus hautes autorités de l’Alliance. Dans un entretien marquant, le capitaine Abdourahamane Tiani, chef de l’État nigérien, a rappelé la création du Banque de la Confédération pour l’Investissement et le Développement (BCID-AES), que de nombreux observateurs considèrent comme la pierre angulaire d’une future architecture monétaire commune. Par ailleurs, le même dirigeant a appelé à une plus grande indépendance financière, signe que le politique a déjà intégré l’urgence de rompre avec les mécanismes hérités de la Françafrique. La dynamique est donc enclenchée, mais elle doit désormais quitter le stade des intentions pour entrer dans celui des actes concrets.
En définitive, la régionalisation du projet ECO ne laisse plus aux pays de l’AES le luxe de la procrastination. La dynamique régionale, avec son calendrier désormais fixé à 2027, dicte des conditions impérieuses. Le lancement de l’ECO, loin d’être un événement lointain, apparaît comme un accélérateur historique qui contraindra l’Alliance des États du Sahel à sortir de l’ambiguïté. Plus que jamais, la réforme monétaire ne peut plus être reléguée au rang de projet lointain ; elle devient le pivot de la souveraineté économique et politique des trois pays. Comme le souligne implicitement l’expert, l’heure n’est plus aux hésitations, mais à la construction rapide et résiliente d’un outil monétaire qui soit le reflet des ambitions sahéliennes, sous peine de subir une intégration subie aux dépens de leur autonomie stratégique.
N’Golo DIARRA

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