Djigue et Mohamed Niangadou : Ces jeunes entrepreneurs qui ont tenu le Mali debout !
Quand le patriotisme économique devient un acte de courage
Alors que le Mali traversait l’une des plus graves crises d’approvisionnement en hydrocarbures de son histoire récente, certains chefs d’entreprise ont choisi de faire passer l’intérêt national avant leurs propres intérêts. Malgré les attaques, les pertes financières et les risques permanents, ils ont continué à ravitailler le pays. En les décorant du grade de chevalier de l’Ordre national du Mali, le président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, a rendu hommage à ces acteurs de l’ombre dont l’engagement a contribué à préserver la continuité économique et sociale du pays.
u plus fort de la crise des hydrocarbures qui a durement frappé le Mali en 2025, le pays a frôlé une paralysie économique et sociale. Les attaques répétées contre les convois de carburant, les menaces permanentes sur les principaux corridors d’approvisionnement et les conséquences directes sur la production d’électricité avaient plongé les populations dans une situation particulièrement éprouvante.
Face à cette épreuve nationale, plusieurs opérateurs économiques maliens ont choisi de ne pas céder à la peur. Au péril de leurs investissements, de leurs biens et, parfois, de leur vie, ils ont poursuivi l’approvisionnement du pays en carburant.
En les élevant au grade de chevalier de l’Ordre national du Mali, le président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, a voulu consacrer l’engagement d’hommes qui ont fait du patriotisme économique une véritable mission nationale.
Les héros de l’ombre
Pendant plusieurs semaines, les Maliens ont vécu au rythme des coupures d’électricité, des longues files d’attente devant les stations-service et des inquiétudes liées à l’approvisionnement en produits pétroliers. Cette crise, provoquée notamment par les attaques des groupes djihadistes contre les convois de camions-citernes et les difficultés d’accès aux principaux corridors, menaçait de désorganiser durablement l’économie nationale.
Dans ce contexte particulièrement difficile, l’Etat avait besoin d’alliés capables de maintenir ouverte la chaîne logistique des hydrocarbures. Ces alliés, il les a trouvés parmi les opérateurs pétroliers nationaux, les responsables des organisations professionnelles et les milliers de chauffeurs qui ont continué à emprunter des itinéraires devenus extrêmement dangereux.
Le 5 décembre 2025, au Palais de Koulouba, le président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, Grand maître des Ordres nationaux, a tenu à traduire la reconnaissance de la Nation envers ces femmes et ces hommes qui ont contribué à éviter une rupture totale de l’approvisionnement du pays.
Une cérémonie hautement symbolique au cours de laquelle plusieurs opérateurs pétroliers ont été élevés au grade de chevalier de l’Ordre national du Mali, tandis que des chauffeurs blessés recevaient la Médaille de l’Etoile d’argent du Mérite national avec effigie "Lion Debout" et que des distinctions posthumes étaient décernées à ceux qui ont perdu la vie dans l’accomplissement de leur mission.
Des entreprises qui ont refusé de céder
Parmi les personnalités distinguées figurent plusieurs figures majeures du secteur pétrolier malien, dont l’engagement aura marqué cette période critique.
Sadio Bathily, de Baraka Petroleum, fait partie de ces opérateurs qui ont maintenu leurs activités malgré les risques permanents pesant sur les convois d’approvisionnement. Son entreprise, comme beaucoup d’autres, a continué à acheminer les produits pétroliers indispensables au fonctionnement des centrales électriques, des services publics, des hôpitaux, des entreprises et des ménages. Même détermination chez Cheick Oumar Karagnara, dirigeant de Petro Bama, dont les efforts constants ont contribué à maintenir un minimum de disponibilité des hydrocarbures dans un contexte où chaque cargaison acheminée constituait une véritable opération à haut risque.
La société Yattassaye & Co Soyatt, dirigée par Mamadou Yattassaye dit Mama Djiby, s’est également distinguée par son implication dans la recherche permanente de solutions d’approvisionnement. A une période où les difficultés logistiques semblaient insurmontables, l’entreprise a poursuivi son engagement aux côtés des autorités.
Le même esprit de responsabilité a animé Mahamadou Lah, à la tête de Lah & Fils, qui figure parmi les opérateurs récompensés pour avoir accompagné l’Etat dans la gestion de cette crise exceptionnelle.
Autre personnalité saluée par les autorités : Mamadou Yaranangoré, responsable de Yara Oil et acteur reconnu de la profession pétrolière. Son rôle, à travers son engagement dans les structures professionnelles du secteur, a largement contribué à renforcer la coordination entre les opérateurs et les pouvoirs publics afin d’assurer la continuité de l’approvisionnement national.
Mohamed Niangadou, de Niangadou Distribution Company (NDC), complète cette liste de chefs d’entreprise qui ont fait le choix du devoir national. Malgré les incertitudes, les coûts supplémentaires et les menaces sécuritaires, son entreprise est restée mobilisée pour éviter une rupture totale du ravitaillement du pays. Sans oublier Ousmane Djigué dit Baylal de Corridor.
A travers ces distinctions, les autorités n’ont pas uniquement récompensé des performances économiques. Elles ont surtout voulu saluer un comportement citoyen exemplaire, celui d’entrepreneurs ayant placé l’intérêt supérieur de la Nation au-dessus des considérations commerciales.
Les héros de l’ombre
La cérémonie de Koulouba a également rappelé que cette bataille pour l’approvisionnement du pays ne s’est pas gagnée sans sacrifices. Des dizaines de chauffeurs de camions-citernes ont été blessés lors des opérations de transport, tandis que plusieurs autres ont perdu la vie dans des attaques terroristes. En leur attribuant la Médaille de l’Etoile d’argent du Mérite national avec effigie "Lion Debout" et des distinctions à titre posthume, l’État malien a voulu immortaliser leur courage et reconnaître qu’ils ont payé de leur personne pour permettre au pays de continuer à vivre.
Le Grand chancelier des Ordres nationaux a d’ailleurs rendu un hommage appuyé à ces "héros silencieux", dont le sacrifice restera gravé dans la mémoire collective.
Un partenariat Etat-secteur privé qui a porté ses fruits
Au-delà des décorations, cette reconnaissance est intervenue dans un contexte où le gouvernement avait également engagé plusieurs réformes destinées à fluidifier les importations de produits pétroliers.
Le protocole d’accord signé entre l’Etat et les principaux importateurs de carburant a permis de réduire considérablement les délais administratifs, d’améliorer les procédures douanières et de rétablir progressivement un approvisionnement normal des stations-service. Cette coopération entre les autorités et les opérateurs privés a largement contribué à faire disparaître les longues files d’attente qui étaient devenues le symbole de la crise.
Le patriotisme économique érigé en exemple
En choisissant d’honorer ces opérateurs économiques, le président Assimi Goïta a adressé un message fort : dans les périodes de crise, la défense de la Nation ne repose pas uniquement sur les forces armées. Elle mobilise également les entrepreneurs, les travailleurs, les transporteurs et tous ceux qui, dans l’ombre, assurent la continuité de la vie économique.
Les distinctions décernées à Sadio Bathily, Cheick Oumar Karagnara, Mamadou Yattassaye, Mahamadou Lah, Mamadou Yara, Mohamed Niangadou et à leurs compagnons consacrent une génération d’opérateurs économiques qui, face à l’adversité, ont démontré que l’entreprise privée peut aussi être un instrument de souveraineté nationale, de résilience collective et de service à la patrie.